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A manger dans la prison centrale de Kisangani

Publié le 28 fév 2010 dans Kisangani par Boyomais

A manger dans la prison centrale de Kisangani

J’ai fait un tour il y a quelques jours à la prison centrale de Kisangani pour rendre visite à un ami qui y est incarcéré. Grande était ma surprise de voir les prisonniers en train de cuisiner eux-mêmes. Pas à leur goût certes, mais, du moins, à leur manière.

Aussi, j’étais surpris d’apprendre que c’est comme ça chaque jour depuis un certain temps. « Moi-même, j’ai trouvé ce rythme. Chaque jour, bien que ce soit toujours presque le même repas, nous avons à manger quand même », me confie mon ami détenu.

Sur place, l’on m’apprendra aussi qu’il y a désormais une cantine unique dans laquelle la mairie, le CICR et une organisation non gouvernementale catholique viennent chacun déposer des vivres (farines de manioc, haricots et huiles) pour les détenus. « Pour éviter tout détournement, la cantine unique ne peut être ouverte qu’en présence du directeur de la prison et de notre représentant », me certifie mon ami « le prisonnier ».

Cette prise en charge de l’alimentation des personnes incarcérées fait des heureux, mai également des jaloux. J’en connais qui voudraient bien aller en prison, juste pour trouver de quoi se mettre sous la dent tous les jours. Il suffirait d’ajouter quelques lits, et il faudra doubler la sécurité des prisons, non pas par crainte que les prisonniers ne s’en échappent, mais plus par crainte que les prisons se fassent prendre d’assaut par de personnes affamées, prêtes à troquer leur liberté contre une boule de foufou.

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Les enfants naissent et grandissent dans la prison centrale

Publié le 13 août 2009 dans Bukavu par Joy, Leki ya Bukavu

Des enfants dans une prison de Bukavu

Sur la photo, on distingue deux petits enfants. Le premier est âgé d’à peine un an et l’autre a deux ans. Les deux vivent à la prison centrale de Bukavu. Ils y sont parce que simplement leurs mères ont été incarcérées pour injures et vol. Et comme les enfants tétaient encore, ces mères ont préféré les amener avec elles en prison.

Dans la prison centrale de Bukavu, qui a une capacité d’accueil de 300 personnes selon son directeur, il y a environ 800 personnes qui s’entassent. A Bukavu, comme ailleurs en RDC, les conventions internationales relatives aux conditions de détention pourtant ratifiées par l’Etat congolais peinent à entrer effectivement en application.

« Je suis condamnée à trois ans de prison et je ne pouvais pas laisser mon petit enfant à la maison », me confie Marie-Jeanne, l’une des détenues. Dans cette prison, les détenus survivent grâce aux aides des églises et des organisations philanthropiques. « Il nous arrive de passer deux jours sans rien mettre sous la dent. À la maison, mon mari s’arrange toujours pour me trouver de la bouillie à donner à l’enfant », renchérit-elle.

Ces deux gamins ne sont pas les seuls à vivre dans cette prison, il y a deux mois, une femme détenue avait accouché dans sa cellule. Pourtant elle y est encore restée un mois pour purger sa peine malgré son état d’après accouchement. Se retrouver en prison en RDC équivaut à prendre un couloir de la mort. On n’a plus aucun droit et on se retrouve privé de dignité en plus de sa liberté. Pendant que les ONG crient dans le désert pour susciter l’attention des dirigeants sur cet état de choses qui ternit l’image du pays, ces derniers semblent occupés à autre chose.

Je suis bien tentée de reprendre les propos d’Hillary Clinton dans une interview accordée à la radio Okapi lors de son passage il y a quelques jours à Kinshasa : « La construction de routes est un objectif de développement très important pour ce pays. Mais la bonne gouvernance l’est aussi, tout comme la protection des droits de l’Homme ou l’édification d’un système judiciaire indépendant, une presse libre, des institutions démocratiques qui tiennent longtemps… Vous pouvez être un pays doté de routes, qui prive toujours sa population des Droits de l’Homme, qui n’a toujours pas de développement économique, de sorte qu’il n’y a ni biens ni services qui circulent sur ces routes… »

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Le business des gardiens des prisons débrouillards

Publié le 24 juin 2009 dans Bukavu par Joy, Leki ya Bukavu

Les visites à la prison sont gratuites

Les conditions ne sont pas toujours faciles pour pouvoir rendre visite à une personne incarcérée à Bukavu. Pas d’illusion à se faire, les prisons ici ne sont pas des hôtels 5 étoiles. Les prisonniers passent la nuit à même le sol et sont confinés dans une petite cellule, âge et sexe confondus.

Les personnes incarcérées n’étant pas nourries par les institutions carcérales, les familles doivent se débrouiller pour apporter à manger à ceux qui ont eu la malchance de se retrouver derrière les barreaux. Autour de ces visites s’est développé tout un business pour les policiers et gardiens des lieux carcéraux qui monnaient le droit de visite.

Malgré les nombreuses dénonciations des ONGS de droits de l’homme, Lorsqu’on apporte à manger à un prisonnier, il faut en plus prévoir entre 1000 et 1500 francs congolais de taxe forfaitaire au bénéfice des agents de garde. Lorsqu’on n’a pas assez pour payer, les gardiens se contentent alors d’une partie de la bouffe du prisonnier. Pour les visites sans bouffe, le montant exigé est compris entre 300 et 500 francs congolais.

Comprenez donc pourquoi l’Union Européenne, la Coopération technique Belge et La Koninkrijk der Nederlanden s’impliquent dans le financement de l’impression d’affiches sur lesquelles ont lit clairement : « Hakuna Malipo Kwa Kuona Wafungwa », ce qui veut dire en français : « les visites à la prison sont gratuites ».

Je suis surprise de voir que nous devions attendre l’intervention de la communauté internationale pour faire valoir des notions élémentaires comme le respect de la dignité humaine. Si l’attitude des agents commis à la garde des prisons est déplorable, pas besoin d’être un génie pour comprendre que s’ils exigent des pots-de-vin, c’est parce qu’ils n’ont pas de vrai salaire. Ainsi, comme tous les autres congolais, ils ont trouvé leur filon.

Face à la démission et au fonctionnement au ralenti des institutions étatiques, les congolais se tournent vers des modes de fonctionnement parallèles, imparfaits mais salvatrices d’une certaine manière. Dans le cas des prisons, qu’adviendrait-il si les gardiens exigeaient leurs salaires pour garder les prisons ?

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