Vous parcourez les archives de Nord-Kivu

Goma : Congolais débrouillards, vendeurs de beignets

Publié le 31 mar 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Vendeur ambulant de beignets dans une rue de Goma

Pas besoin de suivre des cours de marketing dans des grandes écoles, pour se lancer dans la débrouille, activité vitale de la plupart des congolais. L’imagination suffit amplement. Les Gomatraciens l’ont prouvé. Papy, vendeur ambulant de beignets appelés localement «Ndazi», que j’ai croisé dans les rues de la ville, a accepté de me parler de son quotidien.

Ce jeune homme ne connaît pas son âge. Il n’a pas connus ses parents, décédés suite à un accident de circulation, juste quelque mois après sa naissance. « Mon oncle, chez qui j’ai pratiquement grandi ne m’a jamais dit quand est-ce que je suis né » me raconte-t-il. Tous les matins il récupère sa marchandise chez «sa boss», une dame qu’il qualifie d’exceptionnelle parce qu’elle lui verse régulièrement un salaire.

Depuis un bon moment à Goma, il s’est développé une méthode marketing permettant d’aller à la rencontre des clients pour mieux écouler sa marchandise. Les commerçants recourent de plus en plus à des vendeurs ambulants sous-traitants. La patronne de Papy emploie dix jeunes. « Très tôt le matin nous trouvons les Ndanzi déjà prêts et emballés dans des sachets. Chacun récupère vingt sachets par jour. Nous sommes obligés de vider tout le stock fourni, car la paie est proportionnelle à la vente, soit 30 % des ventes », explique Papy.

En ce qui concerne l’itinéraire du jour, ça se discute chaque matin. Tous les vendeurs se retrouvent avant de descendre en ville et discutent sur les axes à prendre. Papy gagne 2 400 francs par jour. « Avec mon argent, je m’achète la bouffe d’une valeur de 1000 francs, le reste je l’économise », confie le jeune, fier de lui.

Quant aux difficultés, elles ne manquent pas. Rencontrer des policiers est la chose la plus désagréable qui puisse arriver à Papy et à ses compères. Des ambitions et des projets, Papy en caresse aussi. Il envisage se marier. Il a une fiancée réservée d’avance au village par son oncle. « Je n’ai pas besoin de l’argent pour la dotte, mon oncle le fera pour moi. L’essentiel c’est de pouvoir construire un foyer », conclut-t-il.

Mots-clés : , , , ,
2 commentaires »

Goma : Les jeunes champions du billard de fabrication locale

Publié le 30 mar 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Billard made in Congo

Tous ceux qui sont passé à Goma l’ont constaté, les jeunes de cette ville sont des champions du billard. Dans les bars et dans les restaurants, avoir une table permet d’attirer un nombre plus élevé de clients. Au delà de la passion, le billard constitue désormais une source de revenus. Un business de fabrication se développe; pas besoin donc d’importer les tables, encore mois les queues. Le seul élément importé c’est la boule.

Roger, jeune Gomatracien de 17 ans tient une table de billard qu’il a lui-même fabriqué. 1 mètre sur 65 centimètres, fabriqué totalement avec du matériel de récupération, cette table est son gagne-pain.

Pour attirer la clientèle, Roger s’est installé à un lieu « stratégique », au croisement de la route Goma-Sake et la rue menant au bureau du gouverneur, dite rue présidentielle. « J’ai investi seulement 10 dollars au départ juste pour acheter des boules. Je gagne facilement 4000 francs congolais (environ cinq dollars américains) à la fin de la journée. Cela me permet de subvenir à mes besoins », me confie-t-il.

Comme bon nombre de jeunes congolais, Roger ne compte pas sur le pouvoir politique ou sur les cinq chantiers pour manger. Cette situation m’interpelle et me pousse à me poser des questions. Que nous réserve l’avenir, lorsque la jeunesse est classée dans les oubliettes ?

Le pire c’est que ces jeunes débrouillards qui ne demandent rien à qui que ce soit se retrouvent souvent piégés par des conflits armés qui ne les concernent pas, obligés de fuir ou de se cacher, laissant derrière eux ce pour quoi ils se sont battus pendant des années.

Mots-clés : , , ,
5 commentaires »

Goma : Les librairies en plein air

Publié le 9 mar 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Librairies en plein air à Goma

Le commerce de bouquins prospère dans la ville de Goma. Sous un soleil de plomb, des bouquinistes étalent à même le sol leurs marchandises. Dans l’enceinte de l’institut de Goma, face à l’Institut Supérieur de Commerce (ISC/Goma), non loin de l’Institut Supérieur d’Informatique et de Gestion (ISIG/Goma), l’emplacement est important pour se rapprocher de la clientèle essentiellement constituée d’étudiants.

« Nos fournisseurs sont souvent des religieux qui nous laissent leurs manuels lorsqu’ils voyagent. Des particuliers possédant des livres et qui veulent s’en débarrasser nous contactent aussi et discutons des prix. Sinon, il nous arrive de nous déplacer vers le Burundi, le Rwanda et même l’Ouganda pour chercher les livres », confie Donatien, bouquiniste depuis cinq ans.

Pas de prix préétabli ici, l’humeur du jour et la capacité de négociation du client l’emporte. « Ça marche pas mal. Nous n’avons personne derrière nous pour réguler notre activité. Nous sommes maître de nous-mêmes », se réjouit Donatien, tout en reconnaissant que la vente en plein air n’est pas toujours facile. Les jours de pluie sont les plus durs et devoir tous les matins étaler sa marchandise et la remballer le soir est contraignant. L’idéal selon lui est de trouver un local pour abriter leurs ouvrages.

Les bouquinistes de Goma proposent des ouvrages dans des disciplines variées, des mathématiques aux langues, en passant par l’informatique ou la philosophie. Un titre m’a intéressé personnellement : « le pouvoir des médias ». Je l’ai eu à six dollars américains. Je ne sais pas combien il coûte réellement, mais je pense avoir bien négocié le prix. Ne dit-on pas d’ailleurs que le savoir n’a pas de prix ?

Mots-clés : , , , , ,
0 commentaire

Goma : Tchikudu, la trottinette made in Congo

Publié le 28 fév 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Un Tchikudu dans une rue de Goma

Si la trottinette est vue comme un outil de divertissement sous d’autres cieux, elle est un moyen de transport et une source de revenus des moins négligeables dans l’est de la république démocratique du Congo. Spécialité de la province du Nord-Kivu, le « Tchikudu » a ses quelques particularités qui font de lui un objet unique en son genre.

Au départ utilisé par les paysans de Kibumba, une localité située à une vingtaine de Kilomètres au Nord de Goma, afin d’acheminer les produits agricoles (pomme de terre, carotte, oignons, chou) sur la ville de Goma, le Tchikudu a séduit les Gomatraciens. Ses deux roues en bois à la circonférence large, couverte d’une couche de caoutchouc, lui donnent l’allure d’un 4×4.

Cette masse de bois fait entre 50 et 70 kilogrammes et peut transporter jusqu’à 300 kilogrammes. Dans les rues de Goma, le Tchikudu fond dans le paysage et côtoie sans complexe les motos et les camions.

Très sollicité pour le transport de marchandises et ne nécessitant que de la sueur humaine pour fonctionner, le Tchikudu a le mérite de respecter l’environnement.

En attendant le réajustement du code de la route pour prendre en compte la présence de la trottinette made in Nord-Kivu, les Tchikudistes arpentent les rues rocailleuses de Goma et s’imposent de plus en plus comme transporteurs, n’ayant rien à envier aux automobilistes et aux motocyclistes.

Mots-clés : , , , , , ,
3 commentaires »

L’armée rwandaise à nouveau au Congo, qu’en pensent les congolais ?

Publié le 26 jan 2009 dans Kinshasa par

Goma : Maleck, étudiant

Goma : Maleck, étudiant

« Je ne comprends pas à quoi joue le gouvernement. Il y a à peine quelques jours, le chef d’état major général des FARDC a affirmé ne pas être au courant de l’entrée des éléments Rwandais dans notre pays. Peu avant lui, c’était Vital Kamhere, président de l’assemblée nationale qui se disait surpris. Personnellement je garde un très mauvais souvenir des antérieures présences de troupes Rwandaises au Congo. En 2003, j’ai été sérieusement battu par un militaire rwandais, simplement parce que j’avais refusé de dégager des pierres placées en barricade sur la route après des manifestations de protestation par rapport à leur présence. Maintenant, nos dirigeants les laissent revenir, je ne comprends rien. »
—————————————————————————————————————————————————————

Kisangani : Samuel Atayaka, gardien dune ONG locale

Kisangani : Samuel Atayaka, gardien dune ONG locale

« Ça doit faire la quatrième fois que les troupes rwandaises entrent en RDC. Elles sont venues d’abord avec l’AFDL et elles sont arrivées jusqu’à Kinshasa en 1997 en laissant derrière elles les FDLR dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Ensuite, elles sont revenues avec le RCD en 1998 et ont occupé les provinces où se trouveraient les FDLR sans pour autant les neutraliser. Lors de la chute de Bukavu entre les mains de Laurent Nkunda et de Jules Mutebusi, elles étaient encore là. Récemment, elles ont été aux côtés du CNDP de Laurent Nkunda dans certains territoires du Nord-Kivu. Mais, les FDLR ne sont toujours pas neutralisées. Cela démontre clairement que l’armée rwandaise, chaque fois qu’elle entre au Congo, ce n’est pas pour traquer les FDLR mais bien pour une autre raison: exploiter nos richesses. »
—————————————————————————————————————————————————————

Bukavu : Chantal Sibazuri, étudiante

Bukavu : Chantal Sibazuri, étudiante

 

« Je suis étonnée comme tout le monde d’ailleurs que notre gouvernement a accepté ce retour des Rwandais chez nous. C’est vrai, tout le monde veut que les Interahamwe retournent dans leur pays, mais ce qui est grave et qui étonne c’est qu’aucune mesure n’ait été prise pour sécuriser la population. Les autorités devraient informer la population et la prévenir de cette entrée. Le gouvernement devait ensuite déplacer les populations qui vivent dans des coins occupés par les Interahamwe vers des territoires plus sécurisés. Comme toujours, là où deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. La population sera encore massacrée et les femmes violées. C’est sûr que les FDLR vont réagir et c’est sur la population qu’ils se vengeron. Les jeunes seront encore une fois recrutés de force et soumis à l’esclavage. Nous devons avoir une armée qui soit capable de défendre l’intégrité du territoire et pour cela il faut mettre les militaires dans des bonnes conditions de vie et de travail. Et enfin, il faut la communauté internationale qui a fait enter ces Hutus au Congo s’implique encore pour les faire retourner chez eux sans verser le sang des congolais. »
—————————————————————————————————————————————————————

Kisangani : Taorin, chômeur

Kisangani : Taorin, chômeur

 

« Je crois que cette nouvelle entrée des troupes rwandaises au Congo a été décidée très loin, en Occident, peut-être par OBAMA, le nouveau Président des Etats Unis d’Amérique. Tenez, 4 jours avant son investiture, les rebelles du CNDP déclarent la fin de la guerre. Le jour de sa prestation de serment, les troupes rwandaises entrent au Congo pour traquer aux côtés des FARDC les FDLR; c’est une nouvelle donne. Même certaines autorités congolaises comme le Président de l’Assemblée nationale, le Chef d’Etat major des FARDC ont avoué ne pas être informées de ce qui se passait. Je souhaite que pour cette fois-ci, l’opération conjointe aboutisse et que le Rwanda et la RDC, condamnés à vivre en voisinage, enterrent finalement la hache de guerre car le sang des Congolais innocents a trop coulé depuis 1996. »

Mots-clés : , , , ,
7 commentaires »

Kinshasa : Un match de foot pour aider les victimes de la guerre à l’Est de la RDC

Publié le 26 déc 2008 dans Kinshasa par Joy, Leki ya Bukavu

Le stade des martyrs de la pentecôte à Kinshasa

Cinquième journée à Kinshasa. En suivant la radio nationale Congolaise (RTNC) ce matin, je sursaute lorsque j’entends le journaliste annoncer à la fin de son journal que la Fondation Shabani Nonda en collaboration avec l’association des footballeurs congolais organisent un match de gala ce samedi 27 décembre 2008, au stade des martyrs de la pentecôte à Kinshasa. Ce match opposera l’équipe nationale locale et les joueurs congolais évoluant à l’étranger.

« Ce match est placé sous le signe de la paix et de l’unité nationale. Les recettes obtenues au cours de cette rencontre serviront à l’achat de vivres et non vivres à envoyer aux déplacés et autres victimes de la guerre au Nord et au Sud Kivu », disait le journaliste.

Je trouve que cette initiative est louable mais je me demande combien de temps nous, habitants des Kivu allons nous contenter de dons. Ce que nous voulons vraiment c’est la paix. Cultiver nos terres, vendre nos produits et arriver ainsi à subvenir aux besoins de nos familles.

Mots-clés : , , , , , ,
3 commentaires »

Goma : Dans les allées du marché Alanine

Publié le 20 déc 2008 dans Goma par Yves Zihindula

Essayage d'une veste

Le marché Alanine, entouré d’habitations se distingue dans Goma. Il se trouve précisément dans le quartier Katindo aux abords de la grand-route Goma-Sake dans la commune de Goma. Pommes de terre par ci, bisamunyu (bananes plantains) par là, différents parfums vous accueillent. Marchandises et services, il y en a une multitude. Couturiers, cordonniers, restaurateurs et coiffeurs se côtoient au quotidien.

En cette période de fêtes, les vendeurs d’habits usagés ont le vent en poupe. Me promenant dans les allées, je surprends un client négociant le prix d’un pantalon de seconde main. Les prix sont à la hausse.

  • « Je ne peux pas vendre ce pantalon à ce prix. je préfère plutôt le donner à l’un de mes fils » lui lance Jean-Pierre le vendeur.
  • « Je n’ai pas plus d’argent. En plus, ce pantalon n’a aucune «griffe» (entendez, une marque d’un couturier célèbre). Pire, il vient de l’Asie. Je comprendrais s’il provenait d’Europe », rétorque le client.

La sape, ce goût des grandes marques est bien au rendez-vous à Goma comme ailleurs dans le pays. « Les jeunes préfèrent les vêtements griffés. Cette saison, je n’en ai pas trouvé », se plaint Jean-Pierre. Pour contourner ce désavantage, il triche en recourant à son stock d’étiquettes Tommy Hilfiger, Caterpilar Jeans, Gianni Versace,… qu’il greffe ensuite sur sa marchandise, histoire de lui donner un peu plus de valeur.

A voir comment les choses se passent dans ce marché et ailleurs dans la ville, personne ne croirait qu’il s’agit de Goma, une ville assiégée et sous couvre-feu de 23 heures à 5 heures du matin.

Mots-clés : , , , , ,
3 commentaires »