
A Lubumbashi, les jeunes perdent petit à petit leurs notions, déjà moindres, d’orthographe et de la grammaire Française, a force d’envoyer des « texto ». Ils coupent court des mots, font symbiose de lettres et chiffres pour en donner un sens. « jtm pr tt ntr vi. Gv etr fi2l pr tjr », pour dire : « Je t’aime pour toute notre vie. Je vais être fidèle pour toujours ».
L’écriture «texto » qui permet de gagner un peu plus d’espace lorsqu’on envoie les SMS, est devenue très courante autant chez les étudiants que chez les élèves. L’utilisation de ce style d’écriture fait que les usagers perdent l’habitude d’écrire normalement.
« Je me préfère envoyer des textos à mes potes. C’est moins cher, court et rapide. En plus, il n’y a pas besoin de tenir compte de l’orthographe », confie Lisette MASANGU. Consciente que son français s’appauvrit, cette jeune fille fait systématiquement appel au dictionnaire lorsqu’elle doit rédiger une correspondance normale. « J’ai de plus en plus de mal à écrire pleinement un mot quand on me demande de rédiger une lettre ou une dissertation à l’école », révèle-t-elle.
Cette montée en puissance de l’écriture « texto » n’arrange pas la situation des étudiants en quête d’emploi. Pour rédiger les lettres de motivation, ils sollicitent désormais leurs ainés qui ont gardé une bonne connaissance de l’orthographe et de la grammaire française. « C’est un exercice difficile pour moi de rédiger la lettre de demande sans fautes. L’orthographe de certains mots m’échappe », reconnaît Willy, étudiant en troisième année graduat à la faculté d’agronomie de l’université de Lubumbashi. « Je garde jalousement le modèle d’une lettre écrite par un ami pour éviter d’être disqualifié à cause des fautes éventuelles dans demande », complète-t-il.
Au-delà de l’influence des messages texte, c’est le niveau même de l’éducation qui prend un sérieux coup. Avec des pratiques comme l’achat des syllabus, la corruption ou encore les points sexuellement transmissibles, c’est la notion même de l’effort qui disparaît pour laisser la place au langage des billets de banque.
Désormais, qui paie reçoit un diplôme, un bout de papier sur lequel il est marque « gradué » ou encore « licencié ». Une question qui se pose cependant : Que vaut ce bout de papier imprimé si les compétences ne suivent pas ? Est-ce à coup de diplômes achetés que cette jeunesse reconstruira le Congo ?