Kisangani : mendicité, pauvreté et précarité, quotidien d’une femme handicapée…

Publié le 29 sept 2009 dans Kisangani par Boyomais

Avec sa famille, Maman Mariam, handicapée vivant à Kisangani

Maman Mariam Mapoyi habite dans la commune de Lubunga, sur la rive gauche du fleuve Congo à Kisangani. La quarantaine révolue, handicapée depuis son enfance, elle a trois enfants à sa charge. Elle a perdu son mari en 1996, alors que l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo ) de Laurent-Désiré Kabila menait une guerre pour renverser le régime Mobutu.

« Je fais tout ce que je peux …»

Abandonnée à elle-même, sans soutien familial, encore moins celui de l’Etat, Maman Mariam Mapoyi est confrontée aux diverses difficultés au jour le jour : la faim, l’absence du travail, l’éducation des enfants, …

« Je fais tout ce que je peux pour assurer le minimum pour mes enfants mais ce n’est pas évident, me dit-t-elle. Je me lève tous les matins vers 6 heures et je prends la pirogue pour traverser de ce côté (rive droite du fleuve) pour mendier auprès de commerçants, hommes d’affaires ou autres autorités politiques. Mes enfants m’accompagnent parce qu’ils doivent pousser mon vélo et manger avec moi ce qu’on me donne. »

Peu importe la pluie ou le soleil, chaque jour, cette femme déambule sur les rues de la ville. Aidée par ses trois enfants, tous mal vêtus, elle se pointe devant les bureaux administratifs, les comptoirs d’achat d’or ou de diamant et devant les boutiques des commerçants pour mendier. Question de trouver de quoi relier les deux bouts d’une journée !

Au Congo, tout enfant n’a pas droit à l’éducation

Ce que cette dame ne dit pas, c’est qu’aucun de ses trois enfants ne va à l’école. Ils ne savent ni lire ni écrire. Elle a bien conscience du fait qu’un avenir sombre les attend mais elle sait aussi qu’elle n’a aucune marge de manœuvre dans ce pays où les parents doivent payer les études de leurs enfants, l’Etat ayant démissionné de cette charge depuis des décennies.

Et pourtant, les textes de la Constitution de notre chère république stipulent que l’école primaire est gratuite et obligatoire. Cette gratuité de l’enseignement primaire reste malheureusement dans les écrits. En pratique, seuls les enfants dont les parents dispose de quelques ressources financières vont à l’école. L’accès aux cours est conditionné par le versement mensuel par les parents d’élèves d’une prime allouée aux enseignants. Conséquence : les enfants de parents pauvres n’ont pas droit à l’éducation.

Espoir d’une vie dans la dignité

Loin de baisser les bras, Maman Mariam essaie de se sortir d’affaire comme les Congolais savent si bien le faire. Admise, à titre gratuit, dans un centre de rééducation et d’auto-prise en charge des invalides à Kisangani, elle apprend la couture et espère : « Après ma formation, si je parviens à me procurer une bonne machine à coudre, je serais autonome. Je pourrais alors élever mes enfants dans la dignité et leur payer l’école. En attendant, je continue avec la mendicité. »

Si déjà la vie au Congo est dure pour les personnes valides, pas besoin de s’interroger longtemps sur le sort de ceux qui vivent avec un handicap. Et bien sûr, on ne peut, malheureusement, rien demander à l’Etat congolais, un Etat dépourvu de toute politique sociale en faveur de ses habitants.

Mots-clés : , ,
10 commentaires »