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Julien, policier pour 21 000 francs congolais par mois

Publié le 30 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Julien, policier à Goma
Julien Masumbuko a 27 ans et rêvait de porter une arme depuis son enfance. « Le métier de militaire me passionne depuis mon jeune âge. Je n’arrêtais pas de rêver devant des films de combats », déclare-t-il, un sourire timide au coin des lèvres. Aujourd’hui Julien a réussi son coup. Après un long parcours, il est devenu policier.

Un parcours qui débute très tôt, en 1998, lorsqu’il décide, sans l’aval des parents, de suivre des amis dans « le maquis ». Nous sommes en pleine rébellion à cette époque en République Démocratique du Congo. Après une brève formation en « techniques de combat », Julien est Kadogo (entendez, enfant soldat).

Très vite, il est déçu. Ses rêves ne correspondent pas à la réalité. Il se démobilise et après quelques années, il intègre cette fois-ci la police. Actuellement, il est commis à la garde d’une école primaire où sont logés temporairement les sinistrés des incendies à répétition dans la ville de Goma. « Je suis proche de ma famille ici, ce qui n’était pas le cas dans l’armée » se réjouit-il.

Beaucoup de charges, moins de ressources
Julien touche mensuellement 21 000 francs congolais (environ 26 dollars américains). Il est marié et père de trois enfants. Sa petite famille vit chez ses parents. Il est obligé par contre de subvenir aux besoins de toute la famille. Il reconnaît que le fait de ne pas avoir de loyer à payer est un avantage : « C’est un avantage pour moi de vivre chez mes parents. S’il fallait payer un loyer avec mon petit salaire, je ne vois pas comment j’aurais pu m’en sortir ».

Principales dépenses du mois :

  • Frais scolaires de ses deux fils, 12 000 francs congolais par mois chacun.
  • Rations alimentaires journalières de toute la famille (élargie), 2 400 francs congolais chaque jour.

Pour subvenir à toutes ces charges, Julien a souscrit à une tontine. Ils sont quatre avec ses collègues policiers qui réunissent 15 000 francs chacun et, tour à tour, au bout de quatre mois chacun d’eux touche 60 000 francs congolais.

Les à-côtés du métier ou les extras
Tous les moyens sont bons pour arrondir les fins de mois. L’agent de police débrouillard reconnaît qu’il ne vit pas seulement de son revenu officiel. « Mon épouse tient un petit commerce. Elle est vendeuse de braise. Elle a un capital d’environ 16 000 francs congolais. Elle parvient ainsi à dépanner durant les quatre mois de l’intermittence de la tontine. »

En examinant de très près les dépenses de Julien, on se rend compte qu’il dépense mensuellement bien au-delà de ce qu’il gagne. Pour boucler ses mois, il doit se tourner vers l’article 15 comme bon nombre de congolais. Dure réalité d’un pays où l’informel prend les dessus.

Julien, un policier de Goma

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Vive les vacances, vive le travail des enfants !

Publié le 28 juil 2009 dans Kisangani par Boyomais

Des enfants débrouillards de Kisangani profitant des vacances pour gagner un peu d'argent

Ce sont les vacances à Kisangani et sur toute l’étendue du pays. Les grandes vacances sont là et c’est le moment de se reposer pour les écoliers, après une longue année scolaire. Repos ai-je dit ? Bon nombre de jeunes Boyomais ne connaissent pas ce mot ! Le temps où les enfants allaient dans les colonies de vacances est loin derrière nous. Actuellement, les jeunes profitent des vacances scolaires pour se débrouiller, histoire de gagner un peu d’argent et de contribuer au budget familial.

Ils sont nombreux à ouvrir de petits commerces comme Eric et de Jules (sur la photo). L’un sillonne les rues pour vendre des œufs bouillis et l’autre propose ses services comme « cireur de chaussures ».

« C’est ma mère qui m’a donné mon capital : 5 000 francs congolais (environ 7 dollars américains). Cet argent m’a permis d’acheter une trentaine d’œufs que je fais bouillir avant de descendre en ville et les vendre », m’explique Eric qui n’a que 10 ans. Pour sa part, Jules, âgé de 11 ans, a toujours travaillé comme cireur même pendant l’année scolaire : « Moi, je me réjouis seulement de ces grandes vacances parce qu’elles me permettront de faire mon travail à temps plein et à me faire plus de sous pour préparer la rentrée scolaire. »

Aux âmes congolaises, la débrouillardise n’attend pas les nombre des années. Ces jeunes gens ont compris très tôt comment les choses fonctionnaient et appliquent déjà ce que recommande le fameux article 15 congolais : débrouillez-vous. Dès le plus jeune âge, ils apprennent les règles du jeu dont ils se serviront plus tard, à l’âge adulte.

Vive les vacances !

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Combattre la corruption, une nécessité en RDC. Mais comment faire ?

Publié le 27 juil 2009 dans Dessins par

Les magistrats congolaises introduisent un recours auprès du président de la république

Le président Joseph Kabila a signé le 15 juillet dernier une série d’ordonnances portant révocation et mise à la retraite des magistrats jugés médiocres et corrompus. La CENCO dénonçait dans le même temps une faiblesse de l’autorité de l’Etat et une confusion entre le bien public et personnel. « Des gouvernants, des gestionnaires de la chose publique et des hommes d’affaires malhonnêtes s’adonnent à un enrichissement éhonté, injustifiable par rapport à ce qu’ils gagneraient loyalement », dénonçait Mgr Nicolas Djomo, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Cette action pourrait donner l’illusion d’une lutte contre la corruption mais tout congolais averti est sans ignorer que la corruption, érigée en mode de fonctionnement depuis des années, atteint des proportions inquiétantes. Les magistrats sont visés cette fois-ci, mais quel sera donc le sort des autres fonctionnaires véreux ? Verrons-nous cette épée qui tranche la gorge aux magistrats agir sur les policiers, militaires, gestionnaires d’entreprises publiques, ministres et autres qui nagent dans la corruption et qui bloquent de ce fait le développement de la RDC ?

La CENCO dénonce la corruption en RDC

Tout un système corrompu
J’ai récemment demandé à ma famille d’accueillir une amie française qui aimerait visiter le Congo. Dans son dossier de demande de visa, elle doit entre autres fournir une attestation d’accueil (prise en charge). Ne voulant pas passer par les circuits parallèles, je leur ai exigé le respect de la procédure légale. Sans trop de surprise, trois semaines après le lancement de ladite procédure, toujours pas de prise en charge et déjà 65 dollars américains dépensés ! Je ne compte même pas les kilomètres et les heures passées à circuler entre les différents bureaux pour des légalisations qui n’en finissent pas.

Le périple pour obtenir l’attestation d’accueil :

Première étape : Le bureau de commune.
Somme à payer : 20 dollars américains
Un document est établi alors, certifiant que vous résidez bien dans la commune et que vous vous engagez à recevoir un hôte venu de l’étranger.

Deuxième étape : le bureau des services d’immigration sur le boulevard du 30 juin, dans la commune de la Gombe.
Somme à payer : 25 dollars américains
Les services d’immigration apposent un sceau certifiant qu’ils sont au courant de l’entrée prochaine d’un ressortissant étranger sur le sol congolais et qu’ils savent où cette personne va habiter.

Troisième étape : Un autre bureau de l’immigration, cette fois-ci derrière les bâtiments de l’Ex Kin Mazière.
Somme à payer : 20 dollars américains
On ne sait pas vraiment pourquoi, mais il faut payer et attendre que l’on vous appelle pour retirer le document. Et là, un fonctionnaire vous propose de payer le double de la somme pour voir la procédure accélérée. En cas de refus de s’acquitter de ce bakchich, votre dossier est enterré. Il faut attendre plusieurs semaines pour le recevoir. Il est même possible qu’il disparaisse et que vous ayez dépensé tout votre argent et votre temps pour rien.

Le plus irritant dans ce genre d’affaires c’est que, plutôt que de suivre cette longue et pénible procédure, vous pouvez tout simplement vous rendre à la dernière étape, payer le total de la somme engagée à un seul fonctionnaire et recevoir votre document le jour même.

Des mesures draconiennes s’imposent pour nettoyer cette société corrompue mais la tâche est loin d’être facile. En visitant la Géorgie il y a quelques mois, j’ai découvert un pays qui était presqu’aussi corrompu que le mien et qui a lutté contre ce mal. Les choses ne sont pas parfaites, mais le président Saakashvili n’a pas hésité à virer toute la police et à la remplacer par du sang neuf. Il y autant un besoin de nettoyage de fond en RDC. Il faut beaucoup de courage pour le faire, mais c’est un passage obligé avant d’espérer un redressement de la situation.

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Pendant que la SNEL coule, les kinois inventent !

Publié le 25 juil 2009 dans Kinshasa par Mira, Leki ya Kinshasa

Un brasero made in Kinshasa

Action rapide, c’est comme cela que vendeurs et consommateurs nomment ce brasero qui connaît un succès fulgurant dans les ménages. Les coupures intempestives d’électricité, conséquence d’une descente aux enfers de la société nationale d’électricité poussent les kinois à trouver des moyens alternatifs pour s’éclairer ou tout simplement pour cuire leur pitance au quotidien. Les inventeurs de la capitale congolaise ont trouvé la solution, peu coûteuse mais très efficace.

Le matériel est rudimentaire :

  • Un brasero fait maison
  • 4 piles
  • Une poignée de charbon de bois
  • Une tige d’allumette, et le tour est joué !

Cette invention fait l’affaire de tout le monde, les vendeurs de charbon de bois en premier. Ces derniers qui voient leurs chiffres d’affaires exploser n’hésitent pas à surenchérir. Les Kinois dont les appareils électroménagers ne servent plus qu’à embellir les maisons sautent sur ce nouveau gadget qui leur facilite la vie.

Qui est l’inventeur de ce jouet ? Difficile de le dire. Presque tous les forgerons de la capitale le fabriquent. Pas écologique comme solution me direz-vous ? Je vous l’accorde mais quel congolais irait se soucier du bien de la nature et du monde pendant que ses propres problèmes de ventre ne sont pas résolus ? Ne dit-on pas que ventre affamé n’a pas d’oreilles ?

Avec la SNEL qui tend à se privatiser et à vendre l’énergie au prix fort, la population de Kinshasa semble bien déterminée à se tourner vers des moyens alternatifs. Toujours fidèle à l’application du fameux article 15 : débrouillez-vous, elle semble toujours trouver les moyens de contourner les difficultés du quotidien. Jusque-là, cette devise fait ses preuves. La question est de savoir jusqu’à quand ou jusqu’où la débrouille nous mènera.

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Internet fait ses premiers pas dans le commerce en RDC

Publié le 23 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Argentine, une jeune couturière handicapée de Goma

Qui aurait cru que le E-commerce pourrait se pratiquer à Goma, ville dont le monde entier entend parler à cause des conflits armés qui durent depuis des années dans la région ? Pionnières du commerce électronique dans le coin, Argentine et Mapendo sont deux jeunes filles couturières. Toutes deux handicapées, elles sont colocataires et tiennent un atelier de couture avec d’autres amis.

Mapendo (entendez, Amour en swahili) a 18 ans. Sa famille vit à Bulengo, un camp de déplacés parmi ceux qui environnent la ville de Goma. Suite à un accident, elle a eu la jambe droite fracturée à l’âge de 12 ans. Après trois ans de rééducation, elle parvient à retrouver la marche avec des béquilles.

Si Mapendo est la cadette de sa famille, Argentine, elle, est l’aînée de la sienne. Elle a 22 ans. Elle attrape la polio à quatre ans. Difficile pour elle de fréquenter l’école. De Kitchanga (une cité dans le Masisi), elle débarque à Goma à l’âge de 15 ans. Ici, elle rencontre Mapendo au Centre pour Handicapés, où elles apprennent à coudre.

Plus tard, elles trouvent l’idée de mettre en place un atelier de couture. Encadrées par une expatriée, leur atelier sort du commun à Goma. Leurs produits sont vendus via Internet, la majorité de leurs clients résident à l’étranger. « La plupart de nos produits sont destinés à l’étranger. Nous avons une forte visibilité aux Etats-Unis où la clientèle ne cesse de croître d’un jour à l’autre », explique Dawn Hurley, leur encadreur.

Un seul souci pour ses deux jeunes couturières, les conditions dans lesquelles vivent leurs familles, qu’elles sont obligées de soutenir financièrement. Mapendo compte bientôt sortir sa famille du camp de Bulengo. Elle vient de finir la construction d’une maison pour les accueillir. « J’ai beaucoup bossé afin d’offrir ma famille un toit. Je ne supportais plus les voir sous des bâches », dit-elle. En ce qui concerne Argentine, elle supporte tous les frais scolaires de ses frères et sœurs.

Sans le savoir, ces deux jeunes mettent les pieds dans une forme de commerce déjà avancée sous d’autres cieux. Même si elles ont une mobilité réduite, elles parviennent à franchir les frontières traditionnelles pour commercialiser le fruit de leur travail. Une initiative à encourager et un exemple à suivre.

Les liens à suivre :

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Une nouvelle invention congolaise : le programme « parole de Dieu contre nourriture »

Publié le 21 juil 2009 dans Dessins par

Une nouvelle invention congolaise : le programme parole de Dieu contre nourriture

S’il y a un peuple qui devrait avoir priorité quand il s’agira d’entrer au paradis, c’est bien le congolais. Optant pour la débrouille et renonçant à l’électricité, l’eau courante, la santé et l’éducation sur terre, le congolais s’accroche à la vie dans l’au-delà.

Je me souviens encore de ces prédicateurs ou marchands miracles que l’on croise tous les jours dans les rues de Kinshasa. Mira parlait il y a quelques mois des prêcheurs dans les transports en commun kinois et Boyomais racontait plus tard dans un de ses articles l’histoire d’un militaire qui était en même temps pasteur pigiste.

Ce que je trouve drôle c’est le discours de ces « hommes de Dieu » se termine par « salisa mosali ya nzambe » traduction : « Soutenez l’homme de Dieu ». Si je dois traduire cette phrase en langage kinois en français ce sera : « Donnez-moi de l’argent pour que je ramène à bouffer chez moi ce soir ». On aurait pu parler de mendicité mais comme le prédicateur donne la parole de Dieu en échange, on peut dire qu’il s’agit d’un échange de bons procédés. Comme pour le célèbre programme pétrole contre nourriture, les évangélistes congolais ont inventé le concept de parole de Dieu contre nourriture.

Il y a quelques mois, en sortant de mon travail à Kinshasa, j’ai croisé un cousin que j’avais perdu de vue pendant des années. Ça devait faire près de 6 ans que je ne l’avais pas vu. Après de belles accolades et quelques minutes de discussions, le cousin a vu, pendu sur mon cou, mon badge de service, preuve que je travaillais pour la MONUC. Comme par reflexe, il s’est mis à me parler de Dieu. A la fin de son sermon, il m’a demandé de lui payer son transport.

Ce cher cousin était devenu évangéliste et il essayait de me convaincre que comme je travaillais à la MONUC, c’était une bénédiction divine que je devais partager « avec mes frères » et avec les serviteurs de Dieu. « Dieu t’a donné, il faut partager avec les autres. Tu sais, dans une famille, l’éternel bénit quelques personnes qui sont supposées aider les autres », me disait-il. Surpris par ce discours ma réponse était bien simple : « Je ne pense pas que le Dieu dont tu me parles m’ait envoyé sur terre avec une mission d’esclave qui se réveille tous les matins pour travailler en ensuite partager le fruit de son travail avec ses frères qui ont fait la grasse matinée et qui, plutôt que d’aller travailler, préfèrent passer la journée devant la télé ou à l’église. »

Simple coïncidence ou problème social ? Plus la situation se dégrade au Congo, plus des églisettes poussent comme des champignons. Réalité bien évidente, la bible est devenue une autre voie de débrouille pour ceux qui ont une bonne mémoire pour en mémoriser quelques versets et qui ont une voix assez forte pour crier et se faire entendre dans un marché ou un bus bondé.

Autant je vois des souvent des musiciens demander des pièces dans le métro parisien en échange de quelques airs de musique, autant à Kinshasa les « pasteurs » réclament de l’aumône en échange de la lecture de quelques versets bibliques. A chacun ses habitudes…

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Les femmes à mille bras

Publié le 8 juil 2009 dans Bukavu par Joy, Leki ya Bukavu

Une femme travailleuse « à mille bras » à Bukavu

Dans la province du Sud Kivu comme dans plusieurs coins de la RDC la femme porte sur elle tout le poids de sa famille. La situation sociopolitique difficile a plongé  les fonctionnaires et agents de l’Etat dans une misère terrible. Face aux difficultés du quotidien et à la démission manifeste de l’Etat, la femme congolaise prend la relève et fait vivre le foyer. Elle cumule désormais son rôle de procréatrice, ménagère et débrouillarde.

Femme à mille bras ou à mille rôles c’est le nom qui convient. Le portrait de Safi Nabintu reflète cette triste réalité. Elle a 35 ans. Mère de sept enfants, Safi se réveille chaque jour à cinq heures du matin pour aller acheter sa marchandise à cinq kilomètres de la ville de Bukavu. Bananes, carottes, et feuilles de manioc dits sombé en kiswahili sont ses spécialités.

La tâche ne lui est pas facile d’autant plus qu’elle a un bébé ? « C’est trop pénible quand le nourrisson ne se nourrit que du lait maternel. Je ne peux pas le laisser à la maison. Je dois la trainer partout », explique-t-elle. En plus de sa marchandise déjà pesante, elle porte son bébé qui la suivra toute la journée.

Le mari de Safi est un agent de la division de l’intérieur qui ne touche pas son salaire depuis une décennie.  Il reçoit de temps en temps une prime de 21.650 francs congolais (environ 25 dollars américains). Bien que ne suffisant déjà pas à subvenir aux besoins de sa famille, cet argent ne tombe que de manière sporadique.

Ici, les hommes sont appelés « Zuk’olye », ce qui veut dire en langue locale Shi : « réveille toi et viens manger ». « Ils sont devenus des bons à rien qui dépendent totalement de leurs femmes quel que soit le moyen par lequel ces dernières trouvent de l’argent. »

Quant à l’avenir, Safi espère que les choses s’amélioreront un jour. « J’espère qu’un jour ce pays marchera. Mais tout dépend de la volonté des autorités et de tous les congolais. Si nous abandonnons la corruption et l’égoïsme, les choses peuvent aller mieux. »

Trêve de bavardage ! Le temps est précieux pour cette travailleuse acharnée, qui, après m’avoir accordé quelques minutes, rattache son bébé au coup. Je l’aide à remettre son sac au dos et la voilà qui se presse au marché.

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Indépendance Tchatcha, 49 ans après

Publié le 7 juil 2009 dans Dessins par

Indépendance Tchatcha, 49 ans après

Les congolais ont commémoré les 49 ans de l’indépendance de leur pays le 30 juin dernier. Dans les principales villes, diverses manifestations ont été organisées avec différentes ambiances. Quel bilan tirer 49 ans après le retrait du colon blanc et l’entrée en scène des colons noirs en république démocratique du Congo ?

Les résultats sont bien visibles et pas besoin d’être particulièrement doué pour voir que le Congo est à ce jour l’ombre de lui-même. Si le colon blanc était connu pour la chicote, les colons noirs se distinguent par leur capacité à se remplir les poches et le ventre pendant que leurs administrés crèvent de faim.

Indépendance Tchatcha, 49 ans après

Les congolaise ont su s’adapter aux nouvelles règles du jeu et assimilent parfaitement la notion du fameux et très célèbre « débrouillez-vous ». Après la fête, la vie reprend son cours avec nos problèmes habituels : Débrouille, FDLR, corruption, manque d’eau et d’électricité avec lesquels nous allons vivre jusqu’à la prochaine fête. Rendez-vous dans un an…

Indépendance Tcha Tcha, un incident chez Congo Blog
A Bukavu, c’est notre consœur et correspondante dans la ville qui a perdu son appareil photo alors qu’elle couvrait un match de football au stade de la concorde en commune de Kadutu.

Récit de l’incident :

Les choses ont tourné au vinaigre dans les heures d’après midi. Un match de foot bal entre l’omnisport club Bukavu Dawa et Muungano, deux grandes équipes du Sud Kivu organisé pour commémorer l’anniversaire de l’indépendance n’est pas arrivé à sa fin.

Les fanatiques de Muungano qui menait déjà par un but à zéro, n’ont pas digéré l’égalisation de ce but par Bukavu Dawa à la 10ème minute du jeu. Jet de projectiles au moment où la délégation du gouvernement provincial faisait son entrée au stade pour remettre les prix aux deux équipes. La police a été obligée de tirer en l’air et d’utiliser le gaz lacrymogène pour frayer un passage dans la foule afin d’extraire les officiels et les journalistes du stade. Bilan humain : dix personnes grièvement blessées.

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Cinémas de fortune : entre les besoins du ventre et ceux de la tête

Publié le 24 juin 2009 dans Likasi par Le lushois, mdogo wa Katanga

Un cinéma de fortune à Likasi

Depuis quelques années, les habitants de Likasi ont trouvé une nouvelle manière de se divertir grâce aux cinés vidéo qui poussent comme des champignons dans la ville. La multiplication de ces petites maisons de projection pousse les écoliers à faire l’école buissonnière pour s’offrir une séance de ciné. En plus des élèves, les cinés de Likasi accueillent également ouvriers et chômeurs.

Le matériel est rudimentaire : Une cabane très souvent construite avec des matériaux de récupération, une petite télévision, un lecteur de cassettes vidéo et dans les meilleurs des cas un lecteur de DVD suffisent pour se lancer.

À 200 francs par client et avec près de 5 séances par jour, les cinés réalisent des recettes journaliers non négligeables, comme s’en réjouit George BAKU, gérant du ciné vidéo Enock dans la commune de Kikula : «C’est une bonne affaire et ce ne sont pas les clients qui manquent. Je n’ai pas d’emploi et pas d’autre source de revenus que mon petit ciné. Mes recettes me permettent de m’offrir de quoi manger et subvenir à mes autres besoins. »

Quant au choix des programmes proposés, il est large. Du film d’action au film pornographique, en passant par les derniers clips des grandes stars de la musique tant internationale que nationale, enfants et adultes ont l’embarras du choix. Pour les jeunes amoureux de la musique provenant de la capitale, les cinés offrent la possibilité de se tenir à la page par rapport aux nouveaux pas de danse. Aucun contrôle ne s’impose cependant. Les films pour adultes sont accessibles aux plus jeunes.

Au pays de la débrouille, il n’est pas toujours évident de placer la frontière entre les besoins du ventre et ceux de la tête. Ce qui constitue une source de revenus pour certains et un moyen de détente pour d’autres devient le cauchemar des parents de Likasi qui s’inquiètent pour l’éducation de leurs enfants.

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Le business des gardiens des prisons débrouillards

Publié le 24 juin 2009 dans Bukavu par Joy, Leki ya Bukavu

Les visites à la prison sont gratuites

Les conditions ne sont pas toujours faciles pour pouvoir rendre visite à une personne incarcérée à Bukavu. Pas d’illusion à se faire, les prisons ici ne sont pas des hôtels 5 étoiles. Les prisonniers passent la nuit à même le sol et sont confinés dans une petite cellule, âge et sexe confondus.

Les personnes incarcérées n’étant pas nourries par les institutions carcérales, les familles doivent se débrouiller pour apporter à manger à ceux qui ont eu la malchance de se retrouver derrière les barreaux. Autour de ces visites s’est développé tout un business pour les policiers et gardiens des lieux carcéraux qui monnaient le droit de visite.

Malgré les nombreuses dénonciations des ONGS de droits de l’homme, Lorsqu’on apporte à manger à un prisonnier, il faut en plus prévoir entre 1000 et 1500 francs congolais de taxe forfaitaire au bénéfice des agents de garde. Lorsqu’on n’a pas assez pour payer, les gardiens se contentent alors d’une partie de la bouffe du prisonnier. Pour les visites sans bouffe, le montant exigé est compris entre 300 et 500 francs congolais.

Comprenez donc pourquoi l’Union Européenne, la Coopération technique Belge et La Koninkrijk der Nederlanden s’impliquent dans le financement de l’impression d’affiches sur lesquelles ont lit clairement : « Hakuna Malipo Kwa Kuona Wafungwa », ce qui veut dire en français : « les visites à la prison sont gratuites ».

Je suis surprise de voir que nous devions attendre l’intervention de la communauté internationale pour faire valoir des notions élémentaires comme le respect de la dignité humaine. Si l’attitude des agents commis à la garde des prisons est déplorable, pas besoin d’être un génie pour comprendre que s’ils exigent des pots-de-vin, c’est parce qu’ils n’ont pas de vrai salaire. Ainsi, comme tous les autres congolais, ils ont trouvé leur filon.

Face à la démission et au fonctionnement au ralenti des institutions étatiques, les congolais se tournent vers des modes de fonctionnement parallèles, imparfaits mais salvatrices d’une certaine manière. Dans le cas des prisons, qu’adviendrait-il si les gardiens exigeaient leurs salaires pour garder les prisons ?

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