
Et de deux ! Après les magistrats, le balai contre les corrompus vient de frapper des agents de la fonction publique. Au total, ce sont 1212 agents de l’Etat qui sont soit révoqués, soit mis en retraite. Ce coup de balai au sein de la fonction publique se fait apparemment avec l’accord du conseil de discipline du ministère de la Fonction publique. Les personnes révoquées sont accusées d’avoir commis des fautes constitutives de manquement grave ou d’avoir écopé, au moins une fois, d’une peine de servitude pénale supérieure à 3 mois.
Cette affaire me met un peu dans l’embarras. Je suis comme on dit chez moi « un peu content » de voir que le président de la république voit et s’attaque enfin à cette corruption et cette confusion qui a toujours existé au Congo entre le bien privé et le bien public. Cette gestion honteuse et catastrophique de la chose publique, on en parle enfin en de termes clairs.
D’autre part, je dois admettre que ce n’est pas la première fois que des fonctionnaires se font éjecter. En fouillant dans mes souvenirs, il me revient que lorsqu’il était au pouvoir, Mobutu avait assez souvent nettoyé autour de lui. Laurent-désiré Kabila avait lui aussi frappé peu après sa prise de pouvoir, allant jusqu’à faire coffrer Bemba Saolona, le géniteur de Jean-Pierre Bemba, leader du MLC, actuellement en séjour dans les geôles de la Cour pénale internationale. A l’époque, monsieur Saolona est ministre de l’économie. Je me souviens qu’il était question d’une affaire d’argent public déplacé. Jusqu’à sa mort – paix à son âme – il était sénateur.
Cette fois-ci, pas de procès, ni d’emprisonnement. Les fonctionnaires incriminés, s’il est vrai qu’ils ont dérobé l’argent de l’état, il est autant vrai que pendant ce break, ils ont la possibilité de dépenser l’argent qu’ils se sont amassés, en attendant une autre restructuration qui leur permettra de se recycler et de revenir aux affaires dans un autre secteur, mais toujours avec le même employé : l’état congolais. Ce n’est qu’une question de temps. Au Congo, dans ce genre d’affaires, l’histoire a plutôt tendance à se répéter.
Question : qui remplacera ceux qui se font mettre dehors aujourd’hui et quelles garanties qu’ils feront la différence ?
Corruption à tous les niveaux
Je tiens à rappeler que la corruption n’est pas la chasse gardée des fonctionnaires de l’état. Bon nombre de congolais corrompent ou se font corrompre. Involontairement ou de notre plein gré, nous y passons tous, en partant de l’élève à l’école primaire qui apprend très jeune que plutôt que de réviser ses notes, il est préférable d’apporter des cadeaux à son enseignant pour avoir de bonnes notes. On peut évoquer également les institutions d’enseignement supérieur où, plutôt que d’avoir un cerveau plein, il vaut mieux avoir un sac plein d’argent – volé ou gagné – pour ses enseignants (Les filles ont toujours la possibilité de payer en nature…). Cette boucle n’exclut pas le citoyen lambda qui préfère donner un bakchich à un agent de police, plutôt que de se doter de documents de bord en règle pour sa voiture et respecter la loi.
Comment faire pour éradiquer ce démon de la corruption qui traine dans les rues de toutes les villes de la RDC ? Une équation difficile à résoudre. Depuis des lustres, des corrompus en remplacent d’autres aux commandes. Cette-fois est la bonne ? Cette lutte contre la corruption dont on parle aujourd’hui ira-t-elle au-delà des discours et entrainera-t-elle un changement structurel des mentalités ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre aujourd’hui. L’avenir nous en dira plus…
Petite leçon de Lingala
Dans la langue que je parle depuis mon enfance, on désigne un corrompu, un voleur ou toute personne peu honnête par le mot « Moyibi ». Actuellement, ce mot qui sonne mal n’est plus trop utilisé. Pour corrompu ou voleur on dit : Débrouillard, coopérant, courageux, Shekouleur, Libangiste…