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Bwa Assani, cordonnier sans atelier depuis 27 ans déjà

Publié le 15 fév 2010 dans Kisangani par Boyomais

Bwa Assani, cordonnier sans atelier depuis 27 ans déjà

Divorcé depuis trois ans, Bwa Assani vit seul.  Ce septuagénaire a une expérience de près de 30 ans dans la réparation des chaussures. « Je n’ai pas appris ce que je fais sur le banc de l’école. A peine âgé d’une dizaine d’années, je m’amusais déjà à réparer seul mes souliers. C’est à force de travail régulier que je suis devenu ce que je suis » confie-t-il avec un brin de fierté.

Au départ, Bwa Assani était dans les affaires mais celles-ci ne lui avaient pas trop réussi. Il a alors décidé d’exploiter son don, son talent d’enfance. « Après plusieurs hésitations, ce fut en 1983 que je pris la décision de faire ce métier en dépit de toutes les moqueries de mes copains et surtout de certains membres de ma famille. Ils me disaient que c’était un sot métier et je leur rétorquai qu’ils étaient de sottes gens. »  Aujourd’hui, Bwa Assani est convaincu qu’il n’a pas fait un mauvais choix. « Certains de ceux qui se moquaient de moi passent ici pour me demander de l’aide. Et puis, c’est vrai que je ne vis pas décemment, mais j’ai le minimum et je ne suis pas contraint à vivre comme la plupart des personnes de mon âge ».

Notre cordonnier fait, sans doute, allusion à tous ces vieilles personnes qui font la manche dans plusieurs coins de la ville. «Mon travail me permet ainsi d’être indépendant. Je viens ici tous les matins, j’installe mes affaires et attends les premiers clients. Je peux alors trouver de quoi acheter mon café le matin, mon déjeuner à midi et mon diner à la fin de la journée qui  se termine généralement à 17 heures.»

Et il a raison. Car, dans un pays où les personnes de troisième âge ne bénéficient d’aucune protection, celles d’entre elles qui s’efforcent à survivre avec la sueur de leur front ne peuvent qu’être félicitées.

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Les enfants sans droits de la république démocratique du Congo

Publié le 25 nov 2009 dans Kinshasa par Mwana Kin, leki ya Kinshasa

En marge de la célébration du 20e anniversaire de la convention relative aux droits des enfants, j’ai entrepris de regarder autour de moi ce qu’il en était. Neuf années après la ratification de ce document par notre pays, il y a de plus en plus d’enfants dans les rues. Certains enfants travaillent pour compléter le budget familial et d’autres sont purement et simplement enrôlés au sein des groupes armés.

Pour fêter à ma manière cet anniversaire, je suis allé à la rencontre de quelques uns de ces enfants travailleurs qui m’ont livré les secrets de leurs business.

« Droits de l’enfant ? J’en ai entendu parler, mais je dois vous avouer que je ne sais pas grand-chose de ce que cela implique », m’a répondu le premier enfant que j’ai rencontré. Le jeune garçon m’a confirmé qu’il n’allait plus à l’école depuis des années à cause du manque des moyens. « J’ai arrêté les études en 3e année des humanités. Mes parents ne pouvaient plus me prendre en charge. Maintenant pour survivre, je vends des cakes. Avec ce commerce, je peux réunir quotidiennement jusqu’à 5000 FC. Avec cet argent, je peux offrir à manger à mes petits frères et me vêtir », m’a-t-il confié.

« Je sais que les enfants ont droits à l’éducation, à être intelligent. Ils doivent aussi respecter leurs parents et les grandes personnes », m’a laissé entendre e deuxième gamin à qui j’ai posé la question de savoir ce qu’il entendait par « droits de l’enfant ».

Au-delà des discours et des célébrations, le tableau de la situation des enfants en RDC est sombre. Les droits les plus fondamentaux des plus jeunes sont purement et simplement foulés des pieds. Une fois par an, le 21 novembre, tout le monde sursaute et commémore en attendant l’année suivante. Entre temps, cette jeunesse qui est censée prendre la relève et piloter le Congo de demain patauge dans la misère et la débrouillardise.

Je veux bien être optimiste mais la réalité que je vis au quotidien me pousse plutôt à me poser des questions sur l’avenir de mon pays avec une jeunesse de moins en moins instruite et de plus en plus tournée vers l’article 15.

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Quand le pain vient assurer le quotidien

Publié le 25 nov 2009 dans Lubumbashi par Le lushois, mdogo wa Katanga

Quand le pain vient assurer le quotidien

L’implantation récente de boulangeries industrielles à Lubumbashi offre de nouvelles possibilités de business aux Lushois. Ces établissements fournissent du pain à un prix abordable laissant une marge bénéficiaire conséquente pour les revendeurs.

Tous les jours, hommes et femmes débouchent de toutes les communes et se pressent vers les grandes boulangeries. Le matin comme le soir, des véhicules, remplis de pains sillonnent les artères de la ville à la recherche de clients. D’autres se garent sur les lieux de vente publique où les Lushois aux faibles revenus prennent rendez-vous. « Je fais toujours un effort pour acheter du pain tous les soirs, surtout lorsque je quitte tard le boulot et que je n’ai pas laissé à manger chez moi », fait savoir Jeannot que j’ai rencontré à l’entrée du marché central Mzée Laurent Désiré Kabila. Pour 800 Francs congolais (0.92 dollars), il se procure assez pour le dîner avec sa famille.

Les revendeuses au détail se réjouissent de l’implantation de ces nouvelles boulangeries dans la capitale cuprifère du Katanga. « A cause du prix compétitif, ces boulangeries nous permettent de gagner un peu plus », déclare Mme Florence Lwembwe, vendeuse et cliente de la boulangerie Pain de vie.

A Lubumbashi, le pain est vendu généralement en sachets de 8 à 13 pains. Les consommateurs font souvent fi de la qualité et privilégient la quantité pour parvenir à satisfaire leurs besoins.

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Une bijouterie made in Boyoma

Publié le 18 nov 2009 dans Kisangani par Boyomais

Un bijoutier de Kisangani à l'oeuvre

J’ai récemment fait une rencontre surprenante, alors que je cherchais une solution miracle pour la chaînette brisée de ma fiancée. Je me suis rendu chez celui que les Boyomais appellent « Maître ».

Les outils de travail de ce bijoutier made in Kisangani  sont rudimentaires. Du bois de chauffage, des allumettes, une lampe à pétrole et quelques pinceaux suffisent. « Tout ce que vous voyez me sert à transformer l’or et l’argent. Par exemple, pour votre cas, je vais mettre un peu de pétrole sur cette lampe, puis je vais faire fondre un peu d’étain et enfin coller la chaînette…» Aussitôt dit, aussitôt fait. Le boulot fini, nous avons payé 1500 francs congolais (environs 2 dollars américains).

Avant de se dire au revoir, le « Maître » a tenu à préciser que c’est par faute de matériel qu’il ne fabrique pas des bijoux et qu’il se contente de les réparer. « Il m’arrive d’en fabriquer de temps en temps avec des moyens du bord », m’a-t-il rassuré.

Une bijouterie made in Boyoma

Avec près de 10 000 francs par jour, ce congolais fait partie de ceux qui ne sont pas riches et pas pauvres non plus. Il connaît un métier qu’il pratique pour gagner sa vie. Ce Boyomais n’est pas spécialement différent des autres mais il respecté des siens pour son travail. Il n’attend pas de recevoir de l’’aide et encore moins que le Congo devienne un paradis pour travailler.

Dans un Congo en paix  et géré correctement, des artisans comme celui-ci peuvent être le moteur du développement. Mais dommage, il faut toujours qu’un pseudo défenseur des intérêts de la population, prêt à troquer quelques tonnes de minerais avec des armes vienne apporter la mort et la désolation. Pas besoin de faire un dessin des conséquences : le fabricant et vendeur d’armes débarque en pompier avec médicaments et aide humanitaire et fait tourner la machine à fabriquer des dépendants aux mains tendues.

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Débrouillard ou l’art de transformer le futile en richesse

Publié le 13 août 2009 dans Kisangani par Boyomais

Les oeuvres d'un artiste aux chutes de Wagenya, à Kisangani

Les Wagenia sont réputés pour être de grands et excellents pêcheurs. Ils vivent, pour la plupart, de la pêche sur les rapides des célèbres chutes Wagenia sur le fleuve Congo. Je me suis rendu il y a quelques jours près de ces chutes et j’y ai rencontré Monsieur Oscar Lowao, qui, bien que faisant partie de la tribu Genia, ne vit pas des poissons qui sortent du fleuve mais de ceux qu’il fabrique lui-même.

Installé à l’entrée du site des chutes Wagenia, Monsieur Oscar fabrique des objets d’art se rapportant à la vie des pêcheurs Genia. Une sorte de chronique illustrée du quotidien de ces pêcheurs qui ne reculent pas devant le danger que peuvent représenter les rapides du fleuve Congo et en sortent leur pitance.

« Je tiens mon art de mon père. De son vivant, il m’envoyait toujours chercher des jolis cailloux au bord du fleuve lorsque lui allait en brousse pour chercher d’autres matériaux de travail tels que le bois, la liane… Ensuite, je restais près de lui pour apprendre le métier. La plupart de mes clients sont principalement des personnes qui visitent les Chutes Wagenia ; des étrangers surtout qui veulent garder un souvenir de leur passage en ce lieu », me confie-t-il.

Oscar n’a pas eu besoin d’aller chercher des pierres précieuses sous terre. Il transforme en richesse du matériau à sa portée et très facile à trouver (cailloux, bouts de bois et lianes). Cet artiste débrouillard parvient ainsi à gagner son pain et à subvenir aux besoins de sa famille sans rien demander à qui que ce soir. Comme il le dit lui-même : « Si l’Etat ne vous donne pas d’emploi, créez en vous-même ! »

Un artiste au chutes de Wagenya à Kisangani

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Julien, policier pour 21 000 francs congolais par mois

Publié le 30 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Julien, policier à Goma
Julien Masumbuko a 27 ans et rêvait de porter une arme depuis son enfance. « Le métier de militaire me passionne depuis mon jeune âge. Je n’arrêtais pas de rêver devant des films de combats », déclare-t-il, un sourire timide au coin des lèvres. Aujourd’hui Julien a réussi son coup. Après un long parcours, il est devenu policier.

Un parcours qui débute très tôt, en 1998, lorsqu’il décide, sans l’aval des parents, de suivre des amis dans « le maquis ». Nous sommes en pleine rébellion à cette époque en République Démocratique du Congo. Après une brève formation en « techniques de combat », Julien est Kadogo (entendez, enfant soldat).

Très vite, il est déçu. Ses rêves ne correspondent pas à la réalité. Il se démobilise et après quelques années, il intègre cette fois-ci la police. Actuellement, il est commis à la garde d’une école primaire où sont logés temporairement les sinistrés des incendies à répétition dans la ville de Goma. « Je suis proche de ma famille ici, ce qui n’était pas le cas dans l’armée » se réjouit-il.

Beaucoup de charges, moins de ressources
Julien touche mensuellement 21 000 francs congolais (environ 26 dollars américains). Il est marié et père de trois enfants. Sa petite famille vit chez ses parents. Il est obligé par contre de subvenir aux besoins de toute la famille. Il reconnaît que le fait de ne pas avoir de loyer à payer est un avantage : « C’est un avantage pour moi de vivre chez mes parents. S’il fallait payer un loyer avec mon petit salaire, je ne vois pas comment j’aurais pu m’en sortir ».

Principales dépenses du mois :

  • Frais scolaires de ses deux fils, 12 000 francs congolais par mois chacun.
  • Rations alimentaires journalières de toute la famille (élargie), 2 400 francs congolais chaque jour.

Pour subvenir à toutes ces charges, Julien a souscrit à une tontine. Ils sont quatre avec ses collègues policiers qui réunissent 15 000 francs chacun et, tour à tour, au bout de quatre mois chacun d’eux touche 60 000 francs congolais.

Les à-côtés du métier ou les extras
Tous les moyens sont bons pour arrondir les fins de mois. L’agent de police débrouillard reconnaît qu’il ne vit pas seulement de son revenu officiel. « Mon épouse tient un petit commerce. Elle est vendeuse de braise. Elle a un capital d’environ 16 000 francs congolais. Elle parvient ainsi à dépanner durant les quatre mois de l’intermittence de la tontine. »

En examinant de très près les dépenses de Julien, on se rend compte qu’il dépense mensuellement bien au-delà de ce qu’il gagne. Pour boucler ses mois, il doit se tourner vers l’article 15 comme bon nombre de congolais. Dure réalité d’un pays où l’informel prend les dessus.

Julien, un policier de Goma

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Pendant que la SNEL coule, les kinois inventent !

Publié le 25 juil 2009 dans Kinshasa par Mira, Leki ya Kinshasa

Un brasero made in Kinshasa

Action rapide, c’est comme cela que vendeurs et consommateurs nomment ce brasero qui connaît un succès fulgurant dans les ménages. Les coupures intempestives d’électricité, conséquence d’une descente aux enfers de la société nationale d’électricité poussent les kinois à trouver des moyens alternatifs pour s’éclairer ou tout simplement pour cuire leur pitance au quotidien. Les inventeurs de la capitale congolaise ont trouvé la solution, peu coûteuse mais très efficace.

Le matériel est rudimentaire :

  • Un brasero fait maison
  • 4 piles
  • Une poignée de charbon de bois
  • Une tige d’allumette, et le tour est joué !

Cette invention fait l’affaire de tout le monde, les vendeurs de charbon de bois en premier. Ces derniers qui voient leurs chiffres d’affaires exploser n’hésitent pas à surenchérir. Les Kinois dont les appareils électroménagers ne servent plus qu’à embellir les maisons sautent sur ce nouveau gadget qui leur facilite la vie.

Qui est l’inventeur de ce jouet ? Difficile de le dire. Presque tous les forgerons de la capitale le fabriquent. Pas écologique comme solution me direz-vous ? Je vous l’accorde mais quel congolais irait se soucier du bien de la nature et du monde pendant que ses propres problèmes de ventre ne sont pas résolus ? Ne dit-on pas que ventre affamé n’a pas d’oreilles ?

Avec la SNEL qui tend à se privatiser et à vendre l’énergie au prix fort, la population de Kinshasa semble bien déterminée à se tourner vers des moyens alternatifs. Toujours fidèle à l’application du fameux article 15 : débrouillez-vous, elle semble toujours trouver les moyens de contourner les difficultés du quotidien. Jusque-là, cette devise fait ses preuves. La question est de savoir jusqu’à quand ou jusqu’où la débrouille nous mènera.

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Débrouillards aux multiples « bureaux »

Publié le 20 juil 2009 dans Kisangani par Boyomais

Un vendeur ambulant de poisson à Kisangani

Il n’y a pas de sots métiers mais qu’il n’y a que de sottes gens. Zeus l’a compris et s’aligne au rang de ces nombreux congolais débrouillards qui débordent d’énergie et qui parviennent à survivre dans un environnement loin d’être facile. Etudiant à la Faculté de Droit de l’Université de Kisangani, il est aussi dans les affaires. Tous les jours, il sillonne les rues de la ville et les bureaux des entreprises publiques et privées pour vendre du poisson.

« Je vais chercher ma marchandise le matin à Kikongo ou aux Chutes Wagenia. Puis, accompagné de mon jeune frère qui m’aide à transporter notre bassin de poissons sur sa tête, je descends revendre mes poissons au centre-ville », m’a-t-il confié. Contrairement aux autres vendeurs de poissons qui attendent des clients au marché, Zeus a choisi d’aller vers ses clients. A la fin de la journée, il se retrouve souvent avec un bénéfice d’environ 8 000 francs congolais (équivalent à 10 dollars américains).

Seulement voilà, son gain journalier ne lui permet plus de supporter trop de charges qui pèsent sur ses épaules. « J’ai deux femmes et cinq enfants. Mais, la conjoncture actuelle me frappe de plein fouet. Je suis inscrit en deuxième graduat à la Faculté de Droit mais je ne suis plus en mesure de poursuivre mes études car les frais académiques coûtent cher. »

L’histoire de ce jeune homme fait ressortir deux phénomènes de société en république démocratique du Congo : un système social dégringolant et bien sûr la polygamie. S’il est vrai que les conditions de vie sont de plus en plus difficiles, il est étonnant de voir que bon nombre de mes compatriotes n’hésitent pas à épouser plusieurs femmes et à faire plusieurs enfants, alors qu’ils n’ont pas les moyens de les entretenir. Ce jeune débrouillard ne s’en sortirait-il pas mieux s’il n’avait pas autant de bouches à nourrir ? Et on rejettera encore et toujours la faute à l’Etat…

À une autre échelle, certains responsables politiques se retrouvent dans la même situation. Personne ne peut nier qu’on reconnait souvent un homme fort « mobali ya solo » par le nombre de ses femmes et concubines. Avec un peloton de « bureaux » à prendre en charge et de nombreux bambins à nourrir et scolariser, comment s’étonner que les Bakonzi aillent puiser dans les caisses de l’état pour arrondir les fins de mois ?

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Les femmes à mille bras

Publié le 8 juil 2009 dans Bukavu par Joy, Leki ya Bukavu

Une femme travailleuse « à mille bras » à Bukavu

Dans la province du Sud Kivu comme dans plusieurs coins de la RDC la femme porte sur elle tout le poids de sa famille. La situation sociopolitique difficile a plongé  les fonctionnaires et agents de l’Etat dans une misère terrible. Face aux difficultés du quotidien et à la démission manifeste de l’Etat, la femme congolaise prend la relève et fait vivre le foyer. Elle cumule désormais son rôle de procréatrice, ménagère et débrouillarde.

Femme à mille bras ou à mille rôles c’est le nom qui convient. Le portrait de Safi Nabintu reflète cette triste réalité. Elle a 35 ans. Mère de sept enfants, Safi se réveille chaque jour à cinq heures du matin pour aller acheter sa marchandise à cinq kilomètres de la ville de Bukavu. Bananes, carottes, et feuilles de manioc dits sombé en kiswahili sont ses spécialités.

La tâche ne lui est pas facile d’autant plus qu’elle a un bébé ? « C’est trop pénible quand le nourrisson ne se nourrit que du lait maternel. Je ne peux pas le laisser à la maison. Je dois la trainer partout », explique-t-elle. En plus de sa marchandise déjà pesante, elle porte son bébé qui la suivra toute la journée.

Le mari de Safi est un agent de la division de l’intérieur qui ne touche pas son salaire depuis une décennie.  Il reçoit de temps en temps une prime de 21.650 francs congolais (environ 25 dollars américains). Bien que ne suffisant déjà pas à subvenir aux besoins de sa famille, cet argent ne tombe que de manière sporadique.

Ici, les hommes sont appelés « Zuk’olye », ce qui veut dire en langue locale Shi : « réveille toi et viens manger ». « Ils sont devenus des bons à rien qui dépendent totalement de leurs femmes quel que soit le moyen par lequel ces dernières trouvent de l’argent. »

Quant à l’avenir, Safi espère que les choses s’amélioreront un jour. « J’espère qu’un jour ce pays marchera. Mais tout dépend de la volonté des autorités et de tous les congolais. Si nous abandonnons la corruption et l’égoïsme, les choses peuvent aller mieux. »

Trêve de bavardage ! Le temps est précieux pour cette travailleuse acharnée, qui, après m’avoir accordé quelques minutes, rattache son bébé au coup. Je l’aide à remettre son sac au dos et la voilà qui se presse au marché.

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Cinémas de fortune : entre les besoins du ventre et ceux de la tête

Publié le 24 juin 2009 dans Likasi par Le lushois, mdogo wa Katanga

Un cinéma de fortune à Likasi

Depuis quelques années, les habitants de Likasi ont trouvé une nouvelle manière de se divertir grâce aux cinés vidéo qui poussent comme des champignons dans la ville. La multiplication de ces petites maisons de projection pousse les écoliers à faire l’école buissonnière pour s’offrir une séance de ciné. En plus des élèves, les cinés de Likasi accueillent également ouvriers et chômeurs.

Le matériel est rudimentaire : Une cabane très souvent construite avec des matériaux de récupération, une petite télévision, un lecteur de cassettes vidéo et dans les meilleurs des cas un lecteur de DVD suffisent pour se lancer.

À 200 francs par client et avec près de 5 séances par jour, les cinés réalisent des recettes journaliers non négligeables, comme s’en réjouit George BAKU, gérant du ciné vidéo Enock dans la commune de Kikula : «C’est une bonne affaire et ce ne sont pas les clients qui manquent. Je n’ai pas d’emploi et pas d’autre source de revenus que mon petit ciné. Mes recettes me permettent de m’offrir de quoi manger et subvenir à mes autres besoins. »

Quant au choix des programmes proposés, il est large. Du film d’action au film pornographique, en passant par les derniers clips des grandes stars de la musique tant internationale que nationale, enfants et adultes ont l’embarras du choix. Pour les jeunes amoureux de la musique provenant de la capitale, les cinés offrent la possibilité de se tenir à la page par rapport aux nouveaux pas de danse. Aucun contrôle ne s’impose cependant. Les films pour adultes sont accessibles aux plus jeunes.

Au pays de la débrouille, il n’est pas toujours évident de placer la frontière entre les besoins du ventre et ceux de la tête. Ce qui constitue une source de revenus pour certains et un moyen de détente pour d’autres devient le cauchemar des parents de Likasi qui s’inquiètent pour l’éducation de leurs enfants.

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