Phénomène « Mabanga » ou débrouille dans la musique congolaise
Publié le 4 mai 2009 dans Dessins par

S’offrir le CD du dernier album sur le marché est un luxe que ne peuvent s’offrir la majorité des congolais, occupés à se débrouiller pour trouver de quoi se remplir le ventre au quotidien.
L’art et la musique ne sont pas épargnés par la crise multiforme qui sévit en RDC. Comme tous les congolais, les musiciens sont obligés de se débrouiller pour survivre. Parmi les astuces bien congolaises trouvées par les artistes pour survivre à la crise, les « Mabanga », traduction en lingala de cailloux qui sont en fait des dédicaces.
Le phénomène n’est pas récent mais prend de l’ampleur au fil des années. Dans les traditions africaines, il est d’usage de citer, entre les vers et es strophes, les noms de ses intimes, ou encore des femmes, sources d’inspiration pour l’artiste.
Au fil des années, les dédicaces se sont étendus aux mécènes, ces hommes riches hommes qui soutiennent les artistes en échange de publicité dans les chansons. A ce jour les « Mabanga » se sont démocratisés se sont ouverts à qui veut payer. Quelques billets de banque et en échange, son nom se retrouve dans une chanson à succès. Cerise sur le gâteau, une petite mention élogieuse est prévue pour ceux qui mettent le plus gros paquet. « Homme fort, Bill Gates congolais, patron des patrons… » L’imagination est à la taille même de ces artistes reconnus comme ambassadeurs de la culture congolaise au delà des frontières nationales.
A ce jour, il n’est pas surprenant de retrouver une centaine de noms cités dans une seule et même chanson. L’usage des dédicaces dans la musique ne semble déranger personne et même les politiciens congolais se prêtent au jeu. Ministres, parlementaires et autres personnalités politiques qui ont besoin d’un peu de publicité se tournent vers les musiciens et voient ainsi leurs noms, mêlés à ceux des nombreux messieurs tout le monde prêts à payer pour bénéficier de publicité.



Bravo pour les echanges. je suis impressionne’ par la qualite’ de vos reflexions!
C’est vraiment triste, à mon avis de voir que même ceux que nous considerons comme des « intellectuels » de docteurs à je ne sais quoi, de grandes universités du monde, se lasser dans ce fameux phénome de « mabanga » OU VONT NOUS, m’exclamant comme une vielle dame de mon village! Vraiment, je comprends que nous congolais, nous devons parfois éviter le lulendo et le kimuluvantars
Dans une même chanson: la pute, le mac, le voleur, le ministre sont glorifiés……. !!??
Il y a un par contre à qui on a retiré ces deux surnoms(devinez qui c’est)
Sisi
PS: De mémoire, je n’ai lu nul part qu’un griot chantait les exploits d’une pute ou d’un voleur donc il faut arrêter quelque part la comparaison
He les gars, arreattez l’auto flagellation. La musique congolaise se porte bien. Elle fait danser l’Afrique, elle participe a l’equilibre psychique des melomanes…Le libanga? Il ne date pas d’aujourd’hui. Quelqu’un l’a dit dans ces colonnes. Un Chef, on le chante. En Grande Bretagne, il y a l’Hymne a la Reine, God Save our gracious queen! Souvenez vous du Djalelo…Et puis, cela constitue la popular culture du Congo. Cedric, tu dis une chose et son contraine. Tu n’as jamais demande a etre « lance » et pourtant! Pourrait il en etre de meme pour la plupart des « beneficiaires » de cette publicite?
Salut.
Salut a tous,
Des remarques pertinentes, certes concernant notre musique. Mais, je differe avec la plupart des intervenants dans ce sens que je pense que notre musique a evolue avec le monde. Elle est devenue commerciale et les lois du marche dictent son evolution. Prenez le dernier album de Koffi par exemple. A mon avis sur le plan musical, est un chef d’oeuvre hors du commun. L’homme chante, avec tres peu d’instruments, parfais juste un accordeon et un bruit de cuillere sur une bouteille, accompagnet cette voix extraordinaire qu’a Koffi Olomide. Le Karmapa emboite le pas a Antoine, avec une eloge de l’amour qu’aucun musicien avant eux n’a pu exprimer. Certains pensent que les Kalle Jeff, Franco ou Rochereau faisaient mieux. Peut etre, mais la c’est une question de gout et les gouts et les couleurs ne se discutent pas.
pour ce qui est des dedicaces, il faut savoir que chanter un chef est une tradition universelle. En Afrique, on engage les griots pour vanter les hauts fait d’un guerrier ou d’un chasseur, ou meme d’un sorcier. En Angleterre, l’Hymne national est a la gloire de la Reine. Au Zaire du Marechal, le Djalelo etait devenu une quasi hymne nationale! Pour moi donc, qu’on cite des noms dans une chanson fait partie de notre culture populaire. En Occident, un chef, on se moque de lui, on le caricature, on dit des blagues sur lui (Reagan en sait quelque chose). En Angleterre, des tabloids comme The Sun ne vivent que des commerages, parfais mechantes sur la famille royale, les parlementaires et les membres du gouvernement. Penser que les hommes politiques congolais doivent etre « serieux » et ne pas se faire de la pub dans les chansons…c’est les pousser a se prendre pour des surhommes. En plus, Cedric apporte la reponse a une preoccupation. La plupart du temps, les politiciens ne demandent pas a etre chantes; les artistes eux memes le font.
Pour terminer, je rends un hommage a la musique congolaise qui rend d’enormes services a notre population en lui permettant de se defouler et d’oublier pendant un moment, les problemes du quotidien en s’evadant dans la vie du grand saoudien, d@Yves Ngoulondouele, de Laurent Lorenzo et meme de Vital Kamerhe, le pacificateur jusqu’au bout.
A bientot.
Felix
Salut Cedric,
Une petite histoire pour toi et tes internautes! Je suis un grand melomane de la rumba congolaise.
Pour mon 45eme anniversaire, j’ai organise une fete avec les amis avec qui j’ai grandi en ecoutant Viva la Musica, Zaiko, Afrisa, OK Jazz, Bella Bella et les autres. Ma femme et moi avons decide de faire une fete avec comme theme, les annees 70. On s’est fait coudre des vetements de l’epoque. Qu’est ce que j’etais beau avec mon beret, mon pantalon taille haute, mes chaussures good year et ma chemise ceintree. Le look village molokai. Nous avons ouvert la piste avec Mere Superieure. Pendant 30 a 40 minutes tout allait bien. Elo, Zaiko wawawa, Ngounda, Cherie Mondo…ont mis de l’ambience. Mais, au bout d’une heure, les filles etaient les premieres a commencer a s’ennuyer. Elles se sont mises a bailler et a reclamer du Koffi, sinon, finie la fete. On leur a servi du Koffi a gogo, du Fally, du Werra, du JB Mpiana, Et la piste ne desemplissait pas. Puis, je me suis mis a protester et rappeler tout le monde a l’ordre. Mais, rien a faire. Personne, alors personne ne voulait revenir aux annees 70. La suite, vous pouvez la deviner. Tous les quadragenaires presents sont des fanatiques, alors des fanatiques de Koffi et de la musique congolaise moderne.
Moralite, arrettez de dire n’importe quoi sur notre musique!Toute oeuvre est perfectible. Elle n’est certainement pas parfaite mais je constate qu’elle fait danser toute l’Afrique te toute la dispora noire a travers le monde.
Bonne journee.
Felix
Bonjour,
Dans la chanson congolaise, les dédicaces ne devraient pas constituer en soi un problème. Au contraire, elles constituent une source importante de revenus supplémentaires aux musiciens et chanteurs dont les droits d’auteurs sont violés au quotidien. Depuis la nuit des temps, les dédicaces y ont toujours été de mise. C’est lorsque la chanson et/ou la musique manque de profondeur thématique et de mélodies attrayantes et qu’elle s’offre à poils aux mélomanes qu’elle devient un étrange chapelet des noms de célébrités à la moralité douteuse. Elle devient ainsi un vulgaire tas de « mabanga ».
Faustin Muliri
Bukavu, le 18 novembre 2009
Ecrivain de profession