Les leçons du professeur Sarkozy aux congolais
Publié le 29 mar 2009 dans Dessins par Cédric

Cinq heures de séjour à Kinshasa ont suffi au président français pour aborder ce qu’il appelle lui-même le « resserrement des relations de coopération entre Kinshasa et Paris ».
Même s’il a affirmé ne pas avoir de leçon à donner, Nicolas Sarkozy ne s’est empêché de faire des recommandations aux politiciens congolais.
La première est une leçon de bon voisinage :
« S’ils organisent leur bon voisinage, les peuples de la région vivront riches et en paix. Mais si c’est la loi du plus fort, alors ils resteront pauvres et malheureux… »
Le chef de l’Etat français a ensuite salué le rapprochement de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda qu’il a qualifié de « véritable signe de refondation de la région des Grands Lacs ».
Vanté par Sarkozy, le rapprochement avec Kigali a entraîné une crise
Pourtant, il n’a pas abordé le fait que les opérations militaires rwando-congolaises, qu’il présente comme salutaires, ont été à la base d’une crise institutionnelle.
Vital Kamerhe, le président du parlement congolais, a dû déposer sa démission à la veille de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à Kinshasa. Il avait subi des pressions de la famille politique de Joseph Kabila, le président congolais, qui lui reprochait d’avoir posé trop de questions sur la traque des rebelles hutus (FDLR). Vital Kamerhe dénonçait le fait qui ces opérations se soient déroulées sans que l’institution qu’il dirigeait n’en ait été informée.
Autre leçon donnée aux politiques congolais : la bonne gouvernance. « Nous sommes des élus du peuple, c’est notre devoir de rendre des comptes à ceux qui nous ont élus », a-t-il rappelé lors de son allocution devant les parlementaires congolais.
Il valait la peine de rappeler cette règle démocratique élémentaire à des dirigeants réputés pour leur mépris de leurs électeurs et leur attachement aux avantages liés à la profession de politicien africain : grosses voitures, villas luxueuses et comptes bancaires domiciliés dans des banques occidentales et remplis d’argent détourné provenant de leurs pays.
Le contrat décroché par Areva a-t-il joué un rôle ?
« Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre », dit-on. La population congolaise, subit les conséquences des affrontements entre géants qui se disputent les ressources naturelles de ce pays au sol immensément riche, mais compté parmi les plus pauvres de la planète.
La visite éclair du président français à Kinshasa soulève des interrogations sur le rôle de la France dans le retournement spectaculaire de la situation à l’est de la RDC.
Qu’est ce qui explique le rapprochement entre Kinshasa et Kigali, et surtout la disparition du jour au lendemain du rebelle Laurent Nkunda qui a pris des vacances au Rwanda, et dont le mouvement, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), s’est transformé en parti politique ?
La réponse se cache peut-être derrière le contrat que Nicolas Sarkozy a arraché au bénéfice d’Areva. Cette entreprise française a obtenu le permis de puiser de l’uranium où elle souhaitait, sur toute l’étendue de la RDC.
Les « cinq chantiers » lancés par Kabila peuvent toujours attendre
L’annulation de la dette africaine, le président français a promis d’en parler au prochain sommet du G20, à condition que les pays du continent noir ne se tournent pas vers d’autres créanciers.
C’est sans doute la Chine qui doit rougir en voyant Kinshasa se détourner progressivement des fameux accords « Mines contre infrastructures », et se rallier aux traditionnels partenaires européens pour des raisons de consolidation de son pouvoir.
Les cinq chantiers (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement et création d’emplois) promis au peuple congolais peuvent toujours attendre. En se ralliant à la France, Kabila a au moins une chance de vieillir au pouvoir, comme ses aînés Omar Bongo et Sassou N’guesso.
Quoiqu’il en soit, le jeune président congolais a tout intérêt à se tenir tranquille et surtout à respecter ses engagements.
Il doit garder en tête qu’à tout moment, Nkunda, ou un autre chef rebelle monté de toutes pièces peut toujours resurgir, armé jusqu’aux dents et bénéficiant d’une couverture médiatique de certains médias occidentaux faisant de lui un héros.
Les deux gouvernants vivent avec un canon sur la tempe
De l’autre côté de la frontière, Paul Kagame ne peut dormir sur ses deux oreilles. Le rapprochement avec Kinshasa, salué par la communauté internationale, a l’air de calmer ses bailleurs de fonds qui menaçaient de lui tourner le dos à cause de son soutien à la rébellion congolaise.
Cependant, le problème des FDLR reste entier. Les récentes opérations militaires rwando-congolaises auraient permis de rapatrier quelque 1 300 combattants et leurs familles sur un effectif qui a toujours été estimé à 6 000 hommes.
L’ONG catholique Caritas-Développement Congo a récemment tiré la sonnette d’alarme sur le nombre croissant de déplacés qui fuient l’insécurité causée par les opérations contre les rebelles hutu rwandais. Selon Caritas, près de 20 000 ménages déjà recensés sont concernés par ces déplacements massifs et sont sans assistance.
Les deux gouvernants vivent donc un canon sur la tempe, subissant des pressions de la part des grandes démocraties occidentales, leurs amis et bienfaiteurs, prêts à tout pour garder la main mise sur l’exploitation des richesses naturelles de la région, primordiales pour le fonctionnement de leurs industries.
Illustration : Nicolas Sarkozy en RDC (Luba)
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L’intervention rwandaise ne fait qu’exacerber l’effritement de la souveraineté de l’Etat congolais. Le CNDP, qui se transforme du jour au lendemain en parti politique a bénéficié, il y a seulement quelques mois, d’une longue perfusion parmi ses combattants d’un grand nombre de militaires rwandais. Que sont-ils devenus ; où sont-ils passés ? Seraient-ils disparus dans la nature ? Ensuite, l’intégration de ces éléments du CNDP dans l’armée congolaise ne se traduit nullement par une dissolution de leurs unités et une répartition de ces éléments sur tout le territoire congolais. Ces bandits internationaux restent donc, en tant que force compacte, sur le terrain même où ils ont combattu et où ils ont créé des réseaux mafieux d’exploitation des ressources naturelles. Il y a aussi la question de l’impunité des cadres du CNDP, dont Bosco Ntaganda alias Terminator qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI). Comme Nkundabatware avant eux, ces cadres du CNDP ont toujours refusé de se rendre à Kinshasa. De quelle souveraineté peut encore se targuer Kinshasa sur cette partie de son territoire ? C’est justement ce que dénonçait Vital Kamerhe en s’étonnant, sur les ondes de Radio Okapi, qu’il n’ait pas au moins été briefé, en tant que président de l’Assemblée Nationale, sur cette opération militaire conjointe rwando-congolaise aux implications aussi graves pour la nation congolaise. Ne l’oublions pas, Vital Kamerhe est originaire des Kivu.
Enquête en France sur les biens de trois présidents africains
05.05.09 | 22h40
Bonsoir,
Peut-être que la terre entière est déjà au courant, mais je viens de découvrir cet article paru dans Le Monde et je crois que c’est très important ce qui se passe. Ce n’est pas certain que cela aboutisse bien sûr, mais c’est peut-être le début d’un véritable changement… C’est un peu long à lire mais je n’ai pas su quoi retirer.
PARIS (Reuters) – Contre l’avis du parquet, un juge d’instruction de Paris a décidé mardi d’ouvrir une information judiciaire pour « recel de détournement de fonds publics » concernant le patrimoine détenu en France par trois présidents africains de pays producteurs de pétrole, a-t-on appris mardi auprès du bureau du procureur.
Procédure sans précédent, des poursuites sont donc susceptibles d’être déclenchées concernant les 39 propriétés et 70 comptes bancaires détenus en France par Omar Bongo, président du Gabon et ses proches, les 24 propriétés et 112 comptes bancaires du président du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso.
Le dossier concerne aussi les limousines achetées à Paris pour plus de 4 millions d’euros par le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang, et ses proches.
Cette décision, rendue par la doyenne des juges du pôle financier de Paris Françoise Desset après une plainte de l’association Transparency France, devrait cependant faire l’objet d’un appel du parquet. Ce dernier demandait un refus d’informer, jugeant irrecevables les plaintes déposées.
Dans ce cas, la chambre de l’instruction devra trancher et dans l’attente de son arrêt, il n’y aurait pas d’investigations. L’avocat des plaignants, Me William Bourdon, a cependant salué la décision.
« C’est une décision sans précédent parce que c’est la première fois qu’une enquête judiciaire est ouverte concernant le détournement d’argent public imputé à des chefs d’Etats en exercice. Est désormais possible l’identification et la poursuite de ceux qui, inlassablement et sournoisement, appauvrissent leurs pays », a-t-il dit à Reuters.
A ses yeux, la décision met en lumière l’inanité du projet de l’Elysée de supprimer le juge d’instruction. « Si le juge d’instruction était supprimé dans ce pays, une telle enquête n’aurait jamais eu une chance d’aboutir. L’appel est probable et le parquet devra alors assumer d’apparaître comme ce qu’il est, le bras armé de la raison d’Etat », a-t-il ajouté.
ENQUÊTE DE POLICE EN 2007
La juge a accepté la plainte déposée en décembre par l’association Transparency International France, qui a selon elle le droit juridiquement d’agir, mais non celle d’un citoyen gabonais, Grégory Gbwa Mintsa, qu’elle juge irrecevable.
Les biens ont déjà été minutieusement inventoriés par la police financière parisienne en 2007 dans une enquête préliminaire. Mais le procureur avait déjà classé sans suite cette première procédure, estimant alors que l’infraction n’était « pas suffisamment caractérisée ».
La procédure se déroule dans un climat tendu en Afrique, où deux Congolais qui voulaient porter plainte ont renoncé en expliquant avoir reçu des menaces. En janvier, Grégory Gbwa Mintsa a été emprisonné durant douze jours dans son pays.
Me William Bourdon assure qu’un avocat de Paris se disant mandaté par le Gabon est venu lui proposer d’ouvrir un compte bancaire en Suisse bien garni pour son association, Sherpa, associée à la procédure.
Les immeubles cossus du trésor africain sont devenus encombrants. Un hôtel particulier acheté près des Champs-Elysées pour 18,8 millions d’euros par l’épouse d’Omar Bongo, fille de Denis Sassou-Nguesso, a fait l’objet en 2007 d’un simulacre de « saisie » publique par des militants anticorruption.
Les fonds ne peuvent venir, pour les plaignants, des salaires des présidents, mais ont forcément, à leurs yeux, été acquis avec de l’argent public détourné. Ils soulignent que le procès Elf à Paris en 2003 a démontré que les revenus tirés de l’ »or noir » profitaient personnellement aux chefs d’Etats en question.
Ces derniers nient toute malversation. Mais Omar Bongo n’a pas engagé à ce jour les poursuites en diffamation qu’annonçait son avocat, Me Patrick Maisonneuve. Denis Sassou-Nguesso a assuré qu’il ne possédait en propre que deux logements en France. Le reste, détenu par ses enfants, ne le regarde pas, a-t-il au Figaro en mars.
Thierry Lévêque, édité par Gérard Bon et Jean-Loup Fiévet