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L’ère du savoir qui se monnaie

15 juin 2009 par Le lushois, mdogo wa Katanga Lu 3 177 fois 8 commentaires Envoyer par E-mail

Faculté de médecine de l'université de Lubumbashi

A l’approche de la fin de l’année académique, la température monte chez les étudiants de l’Université de Lubumbashi (UNILU) et chez ceux des autres institutions d’enseignement supérieur. La réussite étant désormais conditionnée par l’achat du syllabus (supports de cours), les étudiants qui ne savent plus à quel saint se vouer. Plutôt que de réviser ses cours, mieux vaut payer. Mais avec quel argent ?

Pour compléter leurs salaires miséreux et irrégulièrement versés, les enseignants des institutions d’enseignement supérieur ont trouvé dans les syllabus une solution miracle. Le principe est simple : le savoir ne se transmet pas mais se monnaie. Les enseignants rédigent et impriment des supports de cours qu’ils revendent ensuite aux étudiants. Le prix d’un syllabus varie entre 10 et 30 dollars américains. Le paiement se fait en nature ou en espèces. Les étudiantes qui ne peuvent pas payer cash ont la possibilité de bénéficier de ce qu’on appelle ici les points sexuellement transmissibles.

Comme le révèle Romain Kalombo, étudiant à la faculté de Droit à l’UNILU : « Pour les professeurs, l’étudiant qui achète son syllabus est sérieux, régulier et a d’office droit à une note positive pour le cours concerné. Les insolvables se voient tout simplement coller une mauvaise note et n’ont pas le droit de réclamer quoi que ce soit. »

« Nulle part dans le vade-mecum du gestionnaire des institutions d’enseignement supérieur et universitaire n’est mentionnée la vente des syllabus », dénonce pour sa part Mr Nyembo Aozi Phocas, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Lubumbashi. Malgré les langues qui sont de plus en plus nombreuses à se délier pour dénoncer cette pratique, le commerce du savoir poursuit son bonhomme de chemin et les étudiants savent désormais que travailler assidument ne suffit plus. Pire encore, il vaut mieux payer que réviser ses cours.

La plupart des enseignants qui ont instauré la vente des syllabus n’ont jamais été obligé d’en acheter eux-mêmes pendant leurs études. On les entend souvent vanter leurs nombreux voyages et des diplômes qu’ils ramènent des grandes universités de par le monde mais il est tout de même surprenant de voir qu’ils n’ont pas honte de ne pas pouvoir léguer ce savoir à leur progéniture.

8 commentaires »

  • Musengeshi Katata dit :

    Il n´y a pas au monde de connaissance gratuite, les africains doivent s´enlever cette idée de la tête. Celui qui se donne la peine de s´instruire et de vivre de la connaissance ou de sa propagation, doit nécessairement en vivre sinon c´est la fin de l´instruction et de la connaissance comme telle. Ici je crois que l´accusé, c´est le pouvoir public et sa médiocre organisation sociale qui emploie ses moyens de paiement pour des bagatelles plutôt que pour garantir et financer l´instruction de ses propres enfants.
    Bien sûr ce système de syllabus payants est corrompu et corrompant, surtout si les étudiants ont à peine les moyens de ses payer; mais à qui la faute si les lives et les manuels universitaires font défaut ? Et à propos, ces étudiant, comment veulent-ils s´instruire et se qualifier sans syllabus ou livres spécifiques ? Je comprend très bien la situation qui est assez cocue, j´en conviens, et cependant, il faut bien accuser celui qui est réellement responsable de tout ce désastre, pas uniquement les professeurs qui, eux, doivent aussi vivre sous le sous paiement qu´on leur impose en pays désordonné et indigent !

    Mais je vais donner ici, ce que je fais rarement, un exemple personnel. J´ai fait mes études en Allemagne en travaillant, même le dimanche. Et je suis un lecteur puissant; cela coûte énormément quand on a une famille et qu´on doit financer soi-même ses études. Aujourd´hui ma premiére fille va à l´Unif. et elle lit moins que moi, mais je suis toujours entrain d´acheter des livres et de lire plus que mes propres enfants qui semblent aimer les solutions faciles et simplistes. Ma femme me reproche de dépenser plus d´argent dans les livres qu´à lui offrir des cadeaux ou à faire des vacances…tout cela me fait dire qu´il y a qu´en Afrique qu´on croit que l´instruction ou la connaissance doit être gratuite ou qu´on ne doit pas en vivre décemment. Erreur. Toute culture qui n´a pas encore compris que c´est une fonction parmi les plus importante d´une société aspirant au progrès va, hélas, stagner et se contorsionner amèrement dans la pauvreté.
    Le défaut africain ne vient pas tellement de la déconsidération du savoir ou du manque d´organisation économique de l´éducation et de l´instruction, mais bien aussi à mon avis que le livre comme tel est bien méprisé de sa véritable valeur incessible pour la culture et l´épanouissement imaginaire de toute société consciente et responsable admettant le savoir comme instrument premier de véritable développement. Particulièrement pour une société sous développée venant d´une tradition socihistorique plus orale qu´écrite comme l´est pratiquement toute l´afrique.
    Il faut sortir de ce cercle vicieux de la déconsidération de l´écrit, de la connaissance ou de l´instruction comme telle et cela veut dire publier ses propres écrivains et auteurs, ses livres spécialisés et didactiques…et bien sûr honorer à juste titre ceux qui impriment, publient, cherchent et participent à l´élévation du niveau de connaissance et de technicité dans la société. Sans cela, prétendre se développer est une bien belle illusion. Sans chérir et épanouir l´imaginaire d´une société, on ne peut ni la propulser dans l´avenir, ni attendre des merveilles de la part de ses membres qualifiés ou spécialisés, car à eux aussi il manquera de moyens de recyclage et d´information permanente. Il suffit de voir l´Afrique aujourd´hui pour le constater amèrement. Rien ne tombe su ciel, hélas; tout se paie. il faut donc apprendre à honotrer ces efforts et ces paiements…inévitables pour un meilleur avenir. Et ici avouons-le: tout cela n´est possible que si l´économie et l´économisme de la société africaine est prise en considération. Curieusement en Afrique du Sud, ce problème n´existe pas, ainsi qu´au Nigeria et bien d´autres pays encore…alors ferme-t-on encore les yeux ?

    Musengeshi Katata
    « Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »
    Forum Réalisance

  • bony dit :

    Il ne faut pas encourager le mal. Je ne veux pas encourager le mal. Mai il faut accepter qu’un professeur vende son cours que l’on est pas du tout en droit d’acheter d’ailleurs puisqu’il suffit de copier son cours magistral. Quand les universités congolaises ressemblaient à leurs homologues européennes les syllabus se vendaient déjà. Les étudiants congolais étaient boursiers évidemment. Je le repète un étudiants qui a payé régulièrement son inscription n’est pas obligé d’acheter les polycopiés de son professeur.
    Quand j’étais jeune à Paris les polycopiés on les fabriquaient nous même puis les associations d’étudiants le faisaient. Il m’est arrivé de copier les bouquins à la bibliothèque. Si l’on veut faire des économies tout est possible. Les documents on les récolte souvent gratuitement. J’ai plutôt l’impression qu’à Lubumbashi vous êtes moins fûtés.
    Il faut exiger des copies anonymes comme en France pour vos examens et une double et même une triple correction. Personne ne vous volera votre examen sur une copie anonyme. En france l’anonymat est levé devant un jury parce que les bandes qui portent vos noms se trouvent en sécurité dans un coffre. On découvre les notes et sur chaque note on met un nom dessus.
    La vente en somme n’est pa condamnable mais inacceptable dans la forme.

  • Cédric Kalonji dit :

    @ Bony,
    Pour avoir étudié en partie au Congo, je peux te dire que les professeurs ont trouvé le moyen de faire pression et de contrôler les étudiants. Le prof vend ses syllabus et note les noms de ceux qui les ont achetés. A la correction, ce sont ceux qui ont payé qui réussissent. Interrogez les étudiants de l’UNIKIN qui vous raconteront leurs histoires de notes perdues. Je me souviens même de ces étudiants qui ne pointaient jamais leur nez aux cours mais qui s’en sortaient très bien parce qu’à la place, ils allaient travailler pour gagner de quoi acheter les supports.

    Je pense que c’est une bonne idée d’exiger une correction anonyme mais qui l’exigera ? La plupart des camarades étudiants actuels ont trouvé ce système et pensent qu’il est normal. Ils n’ont pas tous voyagé pour pouvoir comparer avec ce qui se passe ailleurs. Leurs enseignants, ceux qui ont eu la chance d’explorer le monde savent pertinemment que faire payer les syllabus et monnayer les diplômes n’est pas une bonne chose mais ils s’en foutent et ne pensent qu’à leurs bénéfices. Avec toutes leurs « bureaux », il faut bien que quelqu’un paie pour les entretenir…

    Le même scenario se reproduira encore et toujours. Les enfants de ceux qui pillent actuellement le pays et qui sont au chaud dans les grandes universités à l’étranger reviendront pour prendre la place de leurs parents. Les autres congolais n’auront pas d’autre choix que de subir les conséquences de la prise en otage du pays et de ses richesses par un clan dit « d’élites ».

  • Musengeshi Katata dit :

    Bien parlé, Cédric. Il faut briser ce cercle vicieux qui condamne les pauvres à rester pauvres ou à subir injustement les vilcures d´un système d´organisation social pervers et pervertissant. Alors il faut bien changer de politique, or en Afrique on reconduit les idiots et ceux qui pillent et détruisent l´économie nationale au lieu de l´épanouir. Je crois que tous cela est le résultat de l´ignorance structurelle; je m´imagine mal quelqu´un se mettant lui-même la corde au cou en prétendant vouloir être heureux, ou se livrant à son bourreau le plus féroce en prétendant aimer la joie ! Et pourtant, en substance, c´est ce que font pratiquement tous les africains en sport commun…comment diable expliquer cela ?

    Je suis d´accord avec Bony quand il propose des syllabus pirate que nous avons tous recopié en Europe et se le sont passé de main à main. Mais si le fieffé professeur tient liste…Oh là, là. Remarquable aussi que Bony relève qu´à une certaine époque les universités congolaises fonctionnaient ! Eh oui, c´est vrai et même bien vrai; mais pourquoi diable ne fonctionnent-elles plus ? Oui, pourquoi le financement de l´éducation a-t-il été si cruellement négligé alors qu´il représente le meilleur espoir de développer ce pays et de le doter d´infrastructures ouvrant sur un meilleur bien-être et le progrés économique et social ?

    La réponse, on la trouvera dans la stagnation de la productivité nationale ainsi que l´explosion des coûts de personnel de hauts fonctionnaires roulant en voitures étrangères et se faisant soigner à l´étranger eux et leurs familles sur le compte des pauvres auxquels ils privaient des investissements d´emploi et de production. Et ma foi, même au risque de se répéter indéfiniment, il faut bien se rendre compte que c´est la corruption et la malgestion de l´Etat qui occasionne ces défaillances et retombées sur le système éducatif et celui des universités et écoles techniques supérieures. Voir seulement la fumée du feu et vouloir s´en débarrasser sans combattre le feu lui-même et ses origines…ce serait s´exposer à la répétition de nouvelles incendies. Et celui qui le fait trop souvent malgré que la vérité se trouve devant lui, celui-là ne peut pas être considéré comme intelligent et conséquent.

    Car ne l´oublions pas, malgré tout: ces universités ont bien fonctionné à une certaine époque efficacement…entre temps on a bien dû faire des gaffes énormes pour que le financement de l´instruction soit à ce point délaissé au RDCongo. Or, l´avenir se fera-t-il sans medécins, techniciens, ingénieurs, chimistes, professeurs…chercheurs et inventeurs, etc ? Et on se demande encore pourquoi le RDCongo s´appauvrit à vue d´oeil d´année en année ? Moi cela ne m´étonne pas du tout. Et si nous voulons réellement changer les choses pour donner un meilleur avenir à tous, il faut d´abord accepter qu´on a fait des erreurs et les corriger rapidement. Si on persiste…il ne faut pas se plaindre des suites. Les élections, cela existe bien pour cela.

    Musengeshi Katata
    « Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »
    Forum Réalisance

  • simon kwete dit :

    Nous devons nous débarasser du système Mobutien. Certains me diront il y a longtemps Mobutu est mort mais ils oublient que trois quart des personnes ayant mis ce système en place sont toujours dans les rouages du pouvoir. Suivez mon regard.

    Certains commencent à écrire des livres aujourd’hui pour se donner une bonne coscience alors qu’ils ont participé à la déstruction de l’enseignement universitaire dans notre Pays.
    Ils se disent grand professeurs en crachant sur l’adage qui dit:  » science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

    C’est sans rancune

  • karindula dit :

    On doit commencer par réhabiliter l’enseignant et arrêter avec la gratuité de l’enseignement universitaire. Les études universitaires au Congo soint les moins chers au monde(pour former quelle élite?).

  • Louis Kabamba Lupapi dit :

    je suis dégouté et révolté de cette pratique érigée en système dans mon pays par ceux-là-même qui devraient être la crème de la société, les Professeurs,qui extorquent l’argent aux étudiants en imposant l’achat du syllabus comme critère réussite.

    Ce faisant, ils dévaluent leur institution et par conséquent se dévaluent eux-même.

    Un syllabus, on peut en avoir besoin, comme de toute autre documentation, mais jamais il ne doit être obligatoire!

    La situation risque de se généraliser, puisque je crois observer que certaines écoles secondaires et primaires commencent à emboîter le pas.

    Il y a donc péril dans la demeure et j’invite tous les compatriotes à dénoncer et décourager cette pratique, chacun suivant sa possibilité. Les étudiants et leurs parents doivent protester par les moyens légaux en direction du Ministère de tutelle.
    On doit, dans ce pays, apprendre à ne pas tout gober.

  • Louis Kabamba Lupapi dit :

    Addindum,

    Je peux être d’accord avec Karindula, qu’il faut arrêter la gratuité de l’enseignement, pour former une réelle élite, encore que cela reste discutable!

    Cependant, les Professeurs devraient avoir honte, ne fût-ce que par leur qualité-même de Professeur,de se tourner vers les étudiants et leurs parents pour obtenir ce qu’ils devraient exiger du pouvoir politique, les conditions dignes de leur rang.

    Mis à part la fonction de Président de la République, les Professeurs ont occupé et occupent encore de nos jours tous les postes où tout se décident. Que penser? que dire? Chacun peut se faire sa propre opinion.

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