Kisangani: Traditions autour du mariage coutumier
Publié le 30 mar 2009 dans Kisangani par Boyomais

Le mariage à Kisangani obéit encore à des diverses normes et procédures coutumières et traditionnelles. Je m’en suis rendu compte lors du versement d’une pré-dotte à la famille de ma fiancée il y a quelques semaines.
En république démocratique du Congo, chaque tribu ou ethnie ases spécificités et des exigences. Dans tous les cas, il est recommandé au futur fiancé de se présenter à sa belle famille accompagné de sa propre famille pour s’enquérir des biens exigés pour la dotte.
« Le futur époux ne peut convenablement verser la dot que s’il a reçu en amont la liste des biens exigés pour ladite dot lors du versement de la pré-dotte qui consacre les fiançailles » m’a expliqué Papa Alphonse, mon grand-père paternel qui m’a servi de coach à toutes les étapes.
La liste des biens exigés en échange de la future mariée est bien fournie : Panier de manioc, quelques régimes de bananes, l’huile de palme, quelques casiers de bière et de boissons sucrées, des poules ou une chèvre mais aussi une somme d’argent.
« Ce n’est qu’après la validation de la liste des biens par la fiancée que sa famille peut donner la liste des biens à la famille du futur époux. Le fait que la fiancée prenne l’enveloppe contenant la somme d’argent et la donne au représentant de sa famille signifie qu’elle a donné son accord » renchérit le grand-père.
Malheureusement, les effets de la publicité et de la modernité poussent actuellement certaines familles à inscrire sur la liste des biens qui n’ont rien à voir avec leurs traditions. Les mariages deviennent une occasion de faire du profit. La somme de la dotte qui était juste symbolique devient de plus en lus exorbitante, ce qui rend la tâche difficile pour les jeunes qui veulent convoler en justes noces.
Me concernant, les choses se sont bien déroulées et je m’en suis plutôt bien sorti. Prochaine étape après le coutumier : mariage officiel et religieux.



Bonjour Boyomais,
Ce serait passionnant de nous faire participer aux différentes étapes qui vont vous mener à votre mariage, sous forme de petit « feuilleton », si le coeur vous en dit bien sûr…. Nous pourrions ainsi vous adresser tous nos voeux de bonheur, au moment opportun, et vivre avec vous ce moment fort dans une vie. Car vous nous donnez beaucoup avec vos reportages.
Amicalement.
@ Petit Boyomais:
Correction rapide : Le mot, qui est un substantif féminin comme tu l’identifies correctement, s’écrit plutôt « dot » ; et le verbe s’écrit « doter ». Quand ce mot s’écrit au féminin pluriel dans la forme « dotes », il a une signification religieuse : privilèges corporels et spirituels que reçoit le bienheureux pour s’unir à Dieu… Je remarque que chez nous, à Boyoma, on a éliminé une étape, qui s’applique encore à Kindu : « Kifunga-mulango » (traduction littérale du Kiswahili : « ce qui ferme la porte »), que certains appellent la « pré-dot ». On donne à la famille de la fiancée une somme forfaitaire pour fermer la porte aux autres prétendants. Avec le désavantage suivant : en cas de rupture des fiançailles, on ne peut pas réclamer le remboursement du « kifunga-mulango »… Je conviens avec 195506 : « Ce serait passionnant de nous faire participer aux différentes étapes… » Fort heureusement, tu n’es pas à Kindu où, avant de prendre la nouvelle mariée du toit familial, tu serais forcé d’avoir des rapports sexuels avec elle sur un drap blanc devant ses tantes et ses grand-mères : pour prouver aux voisins que leur fille était vierge (on parade ensuite dans le quartier avec le drap taché du sang causé par la rupture de l’hymen)… Tu as aussi raison de dire le mariage devient un moyen « de faire du profit ». C’est pourquoi les anthropologues américains, en référence aux pratiques africaines, ne parlent plus de « dowry » (dot) mais de « bride price » (littéralement : prix de la mariée)… Bonne chance dans ton prochain mariage et que les esprits des ancêtres rendent cette union fructueuse : une douzaine d’enfants !….
@ Petit Boyomais:
Je me rends compte que tu appelles « pré-dot », la boisson et d’autres effets que tu viens de donner à la famille de ta fiancée. Pour ceux de ma génération, cela faisait bien partie de la dot ; alors que le « kifunga-mulonga » était toute autre chose.
COMMENTAIRES SUR LA PHOTO:
Sur la rue, à l’arrière-plan, on voit des maisons aux toits d’Eternit. Ces maisons ont été construites vers la fin des années 1950 dans le cadre du « Fonds du Roi d’avance sur les logements indigènes » par l’« Office des Cités Africaines » (OCA), créé en 1952. Il y eut donc un vaste chantier de construction des logements à loyers modestes menant à l’acquisition de ces parcelles et maisons par les occupants dans les grands centres urbains du Congo, du Rwanda et du Burundi (on n’oublie souvent que le Congo et le Ruanda-Urundi étaient une seule entité étatique sous les Belges). A Kisangani, les maisons du type qu’on voit sur la photo ont été construites à Mangobo : la Commune de la Tshopo faisait partie de Mangobo et s’appelait « Belge-I » (certaines de ces maisons sont des blocs à un étage). Une petite partie de ces maisons étaient plus spacieuses et étaient destinées aux « évolués » : on appelait ces maisons spacieuses simplement « Fonds d’avance ». Certaines de ces maisons spacieuses ont été construites dans les premières avenues de « Bruxelles » (aujourd’hui Commune de Kabondo). A voir ces maisons à l’arrière-plan de la photo, on peut dire sans risque de se tromper que cette rue ne peut se trouver que dans l’une de communes suivantes : Tshopo ou Mangobo… On a achevé la construction de ces maisons en 1958 et on y a relogé en priorité ceux dont les maisons en adobe avaient été rasées (contrastez avec les destructions anarchiques sans compensation qui se font aujourd’hui à Kinshasa). Et — ô escroquerie des escroqueries !— l’indépendance survient et l’OCA devient « Office National de Logement » (ONL) qui continue à rançonner jusqu’aujourd’hui les locataires de ces maisons alors que cet office n’a rien investi dans la construction de ces maisons… Les familles qui ont aménagé dans ces maisons depuis la fin des années 1950 sont les propriétaires de facto de ces maisons !
Cher Boyomais,
J’aimerais savoir si dans le cadre de ta pré-dot, ta fiancée a validé en transmettant symboliquement la somme au representant de la famille. C’est une approche intéressante. Dans les cérémonies que j’ai pu voir du côté du Congo Brazza, la femme n’est aucunement associée à la constitution de la liste ni dans la cérémonie où elle est spectatrice de son propre mariage. J’espère qu’un jour, l’officier d’état civil viendra prendre acte de la cérémonie coutumière et qu’on réduira le mariage à la dot et l’ajout pour les croyants d’une bénédiction nuptiale.
En effet, vous touchez là un autre problème qui touche notre société et qu’on essaie de passer sous silence et sous le compte de la tradition. La modernité est en train de tout changer de nos habitudes. Trop de cupidité et l’appat du gain facile enlève de la substance à notre être profond.
Il est bon que les jeunes apprenent ce qui se passait pour ne pas céder à ces abus de la part de certains.
Moi aussi, je fais état d’une situation qui tend à se généraliser dans un roman « L’envers du décor » http://www.edilivre.com/doc/4734 qui dénonce le fait de s’accaparer de l’héritage d’une personne après sa mort et de mettre dehors sa femme et ses enfants.
J’en parle dans les blogs suivants :
http://www.heclosions.over-blog.com
http://lenverdudecor.wordpress.com
Ensemble nous pouvons changer les choses dans nos pays. Bon courage à vous. J’aime et apprécie ce que vous faites.
HNM (lenversdudecor)