Kisangani : Congolais débrouillards, vendeuses de feuilles de manioc

Les feuilles de manioc, sombé en swahili et pondu en lingala constituent la denrée de base des Boyomais. Tout un parcours depuis les champs des villages avoisinants et les assiettes des habitants de Kisangani.
Comment marche le business de pondu à Kisangani ? Maman Machozi qui vit de ce commerce depuis plus de 12 ans explique : « J’ai un capital de 6000 francs congolais (environ 10 dollars américains). Je vais m’approvisionner à 24 kilomètres de la ville de Kisangani, à Alukutu. Là-bas, la botte de sombé coûte 30 francs congolais. A l’aller, je prends le Toleka mais au retour, avec ma marchandise, je suis obligée de prendre le camion. Je revends ensuite la botte de sombé à 130 ou 150 francs congolais en ville, ce qui me fait une marge qui me permet de subvenir aux besoins de ma famille. »
Pour le voyage retour, marchandises et commerçants sont entassés dans les bennes de vieux camions pourris. Chaque passager doit alors se débrouiller trouver sa place. Lorsque dame la pluie s’invite à la fête, c’est une bonne douche froide qui attend maman Machozi et ses congénères.
À l’arrivée au marché à Kisangani, juste après sa descente du camion à la manière d’un commando, Maman Machozi prend soin de réserver quelques bottes de sombé pour sa famille. Le reste est revendu et au bout de quelques minutes, toute la marchandise étant écoulée, maman Machozi peut rentre chez elle, fière d’apporter dans sa gibecière de quoi nourrir son chômeur de mari et ses enfants pendant au moins une semaine.
Comme bon nombre de femmes congolaises, en attendant qu’un ange tombe du ciel pour donner du travail à son mari, Maman Machozi endosse sans se plaindre toute la charge de sa famille. Que serions-nous sans ces mamans congolaises ?









C’est une situation difficile que vivent les habitants du Congo, mais cela me réjouit de voir des personnes acccepter de se « débrouiller » plutôt que de voler comme le font certaines personnes haut placées.
@ Boyomais :
Belle photo et brillante enquête d’anthropologie économique ou de sociologie. (Puisqu’on se connaît déjà assez et suivant le protocole des blogs, peut-on se tutoyer ? La même demande vaudra d’ailleurs pour tous les autres Ba-leki, y compris Bouboul à qui j’ai oublié d’adresser cette sollicitation). Je m’excuse d’avance pour la longue remarque qui te paraîtra si non pédante, mais peut-être tirée par les cheveux. Mais qu’importe, tu es mon petit de Boyoma, tu me pardonneras donc…
Il y a plusieurs années, avant ta naissance peut-être, une enquête américaine similaire a été faite à Kisangani, mais elle portait sur la commercialisation du riz. De cette enquête a résulté en 1991 une thèse de doctorat en anthropologie économique portant le titre « Food supply and the state : the history and social organization of the rice trade in Kisangani, Zaire » (Approvisionnement alimentaire et l’Etat : l’histoire et l’organisation du commerce du riz à Kisangani, Zaïre).
Sur la base de l’enquête que je viens de mentionner, je voudrais attirer ton attention les points suivants pour une description des faits dans tes futures enquêtes :
1) Le terme « lolema » (chauve-souris) désignait ces femmes qui s’accrochaient en grappes sur les carrosseries des camions. Y a-t-il un terme particulier qui désigne aujourd’hui la pratique sociale ou commerciale que tu décris ? Un exemple : à l’époque, on appelait « combattants » les creuseurs d’or…
2) Lorsque Maman Machozi arrive sur le « marché de Kisangani », écoule-t-elle sa marchandise sans payer une taxe au chef du marché ?
3) Je mets « marché de Kisangani » entre parenthèses parce que c’est vague à souhait : y a-t-il moyen de spécifier dans quel marché se fait cette vente ?
4) La même remarque s’applique pour la destination d’achat de Maman Machozi. Quand tu écris qu’elle va à Alukutu à 20 km de Kisangani, nous ne sommes pas vraiment informés sur la géographie de cette localité (même moi, natif de Kisangani) : est-ce sur la route de Bengamisa ? de Yangambi ? de Yatolema ? de Biaro ? de Madula ?
De petits détails de cette sorte renforceront la narration, ainsi que la qualité et la quantité de données de ton enquête ou de ton rapport — que ce soit en journalisme, dans le travail de police ou de la gestion. Je voulais finalement en venir au dernier point portant sur la méthode et, de grâce, que ce commentaire n’étouffe pas ta spontanéité. Les Anglo-Saxons ont mis au point un système simple de collecte de données dans les enquêtes sociales appelé les « 5 W + H » avec des chartes pour la collecte des données, dont l’une est la suivante :
Titre du sujet : Les activités commerciales de Maman Machozi
1) Who :….; 2) When :… ; 3) Where : …; 4) What :….; 5) Why:… 6) How:…..
L’adaptation française de ces 6 questions est plus compliquée et demande un procédé mnémotechnique pour en retenir les lettres ; procédé qui nécessite un renversement de l’ordre des lettres. On obtient 7 lettres au lieu de 6 : QQOQCCP : 1) Q (de qui, avec qui) ; 2) Q (quoi ou avec quoi) ; 3) O (où) ; 4) Q (quand) ; 5) C (comment) ; 6) C (combien) ; 7) P (pourquoi). Procédé de mémorisation (en changeant la place des lettres) : « C’est cucul, c’est occupé » (je te renvoie au Wipidedia sur le sujet : « QQOQCCP »). Alors, je te conseillerais de t’en tenir au tableau anglo-saxon. Dans ta belle enquête, en nous en tenant au tableau anglo-saxon, tu as répondu à toutes les questions sauf à la question 3 (Where) à laquelle tu as partiellement répondu, sans nous indiquer précisément les lieux d’achat et de vente de Maman Machozi. Tout ceci peut paraître trivial, mais lis certains articles de nos journaux et tu verras que bon nombre d’entre eux ne répondent pas correctement à ces questions fondamentales. Vous tous, nos « Ba-leki », êtes nos informateurs sur le grand Congo vibrant. Alors, courage, grand Boyomais !
Les provinces doivent maintenant commencer à bouger, càd, les populations sont condamnées à sécouer les autorités provinciales.
Comment comprendre, le grand Congo continue à accepter que ses fils et filles voyagent avec des marchandises.
En observant bien cette belle photo de notre leki le boyomais, personne est en sécurité.
Anormal
une fois de plus envoyant ce type de photo, et aussi pour l’avoir trop vu lors de mon séjour à Kin, je dis « RESPECT » à toutes ces Congolaises qui travaillent dur, « RESPECT » à tous ces hommes qui doivent se déplacer dans des conditions inhumaines, quotidiennement..lorsque je « rechigne » inutilement sur mon quotidien,en France, où je suis, je repense à ces transports insalubres, surchargés de personnes, et très vite je réalise que je n’ai pas le droit de me plaindre, qu’il y a des personnes qui endurent beaucoup plus, et cela me redonne du courage, de la confiance en moi.Si les Français connaissaient la réalité que vivent les Congolais, je crois qu’ils auraient un regard plus respectueux envers les peuples d’Afrique.
Bonjour, mon nom est Bienvenu originaire de la ville de Kisangani RDC, présentement aux études en Brésil. Monsieur, c’est avec plaisir que j’ai lu le message sur notre aimable ville d’espoir. En mon avis, la situation semble s’améliorer là bas. Que nostalgie de voir d’où je suis venu! Félicitation pour ton travail et ton courage.
Suite a la magie de l’internet je suis tombe sur votre site avec une grande nolstargie. Je vis au Canada depuis 5 ans. Je suis ne a Kabondo. J’aurai voulu entrer en contact avec le responsable de site. Courage de nous garde notre belle ville de kisangani. Que dieu vous benisse.
Laissez votre message !
Publicité
Sondage
Commentaires récents
Congo
Etranger
Mots-clefs