Julien, policier pour 21 000 francs congolais par mois

Publié le 30 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Julien, policier à Goma
Julien Masumbuko a 27 ans et rêvait de porter une arme depuis son enfance. « Le métier de militaire me passionne depuis mon jeune âge. Je n’arrêtais pas de rêver devant des films de combats », déclare-t-il, un sourire timide au coin des lèvres. Aujourd’hui Julien a réussi son coup. Après un long parcours, il est devenu policier.

Un parcours qui débute très tôt, en 1998, lorsqu’il décide, sans l’aval des parents, de suivre des amis dans « le maquis ». Nous sommes en pleine rébellion à cette époque en République Démocratique du Congo. Après une brève formation en « techniques de combat », Julien est Kadogo (entendez, enfant soldat).

Très vite, il est déçu. Ses rêves ne correspondent pas à la réalité. Il se démobilise et après quelques années, il intègre cette fois-ci la police. Actuellement, il est commis à la garde d’une école primaire où sont logés temporairement les sinistrés des incendies à répétition dans la ville de Goma. « Je suis proche de ma famille ici, ce qui n’était pas le cas dans l’armée » se réjouit-il.

Beaucoup de charges, moins de ressources
Julien touche mensuellement 21 000 francs congolais (environ 26 dollars américains). Il est marié et père de trois enfants. Sa petite famille vit chez ses parents. Il est obligé par contre de subvenir aux besoins de toute la famille. Il reconnaît que le fait de ne pas avoir de loyer à payer est un avantage : « C’est un avantage pour moi de vivre chez mes parents. S’il fallait payer un loyer avec mon petit salaire, je ne vois pas comment j’aurais pu m’en sortir ».

Principales dépenses du mois :

  • Frais scolaires de ses deux fils, 12 000 francs congolais par mois chacun.
  • Rations alimentaires journalières de toute la famille (élargie), 2 400 francs congolais chaque jour.

Pour subvenir à toutes ces charges, Julien a souscrit à une tontine. Ils sont quatre avec ses collègues policiers qui réunissent 15 000 francs chacun et, tour à tour, au bout de quatre mois chacun d’eux touche 60 000 francs congolais.

Les à-côtés du métier ou les extras
Tous les moyens sont bons pour arrondir les fins de mois. L’agent de police débrouillard reconnaît qu’il ne vit pas seulement de son revenu officiel. « Mon épouse tient un petit commerce. Elle est vendeuse de braise. Elle a un capital d’environ 16 000 francs congolais. Elle parvient ainsi à dépanner durant les quatre mois de l’intermittence de la tontine. »

En examinant de très près les dépenses de Julien, on se rend compte qu’il dépense mensuellement bien au-delà de ce qu’il gagne. Pour boucler ses mois, il doit se tourner vers l’article 15 comme bon nombre de congolais. Dure réalité d’un pays où l’informel prend les dessus.

Julien, un policier de Goma

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