Gagner sa vie avec un chariot, un défi relevé par Bonanga Florent
Publié le 8 oct 2009 dans Kisangani par Boyomais

Charretier, c’est le métier de Bonanga Florent depuis l’âge de 16 ans. Il en a 34 à ce jour. Petit calcul fait, il a 18 ans dans le métier. Même dans une ville où les taxis-vélo s’imposent encore et malgré la résurrection des taxis-bus, Bonanga Florent ne s’avoue pas vaincu.
« Chaque moyen de transport garde sa spécificité et son utilité. Le toleka est là pour ceux qui veulent être amené jusqu’à la porte de leur résidence, ce que les taximen ordinaires ne font pas souvent et nous, les charretiers, nous sommes là pour transporter des marchandises qui, souvent, ne peuvent pas être bien transportés dans les autres moyens de transport », m’explique-t-il.
Avec son expérience, rien ne peut l’arrêter. Même dans le boulevard où il y a grand trafic routier, il passe sans complexe avec ses cargaisons empilées dans son chariot. « Il suffit d’avoir le tact et surtout un esprit éveillé pour faire ce métier dans la ville comme Kisangani. Sinon, on ne s’en sortira pas » révèle-t-il.
Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens, dit-on. Je l’admets mais je pense aussi qu’après 18 ans dans un métier si dur, Bonanga Florent, avec un peu d’esprit d’épargne, aurait été à mesure de quitter le statut de charretier pour, ne serait-ce que, celui de taximan moto, ou même entreprendre une autre activité lucrative. « Chacun a sa destinée. Moi, je suis fais pour être charretier et je gagne ma vie à la sueur de mon front grâce à ce métier. Je n’envie pas les autres transporteurs », me rétorque-t-il.
Je ne peux qu’ôter mon chapeau devant la témérité et la perspicacité des congolais comme Bonanga Florent, qui, loin d’attendre que « Mboka ebonga », se battent au quotidien pour gagner honnêtement leur pain.



Si mon calcul est exact, Bonanga Floribert est charretier depuis 1991. C’était donc avant la Catastrophe. De plus, il a quitté l’école à l’âge de 16 ans. Il serait donc absurde, pour lui, « d’attendre que ‘Mboka ebonga’ » pour se voir catapulté à je ne sais quel emploi dont le salaire améliorerait pas un coup de baguette magique son quotidien. Il pouvait tout aussi bien exceller dans ce métier de charretier. Je connais des charretiers qui se sont acheté des parcs de charrettes et engagé d’autres charretiers pour les pousser. Aujourd’hui Bonanga Floribert serait devenu un patron… Ceci étant dit, félicitations, Petit Boyomais, pour ton interview sur RFI. C’est Gangoueus qui a attiré mon attention sur cet élément sonore…
Oui Bonanga a choisi la débrouillardise mais cela pour combien de temps ?Si cela peut lui procurer de quoi à mager tant mieux.Mais il faut voir l’avenir de Bonanga et son assurance médicale s’il tombait malade .Il n’est ni couvert par aucune assurance médicale ni par aucune ‘supernuation’.A un certain age ,il sera fatigué. L’Etat Congolais doit promouvoir des emplis aux jeunes .En Australie,les jeunes de 16 à 18 ans sont permis de faire de petits jobs afin de les préparer à confronter les réalités de la vie.Que nos PP(députés) puissent faire la plaidoirie pour la promotion de petits emplois.
Alex peut-il me dire ce q’il appelle la catastophe? Merci.
Anneet:
Je suis situe la Catastrophe autour des dernières années de la déliquescence de Mobutu : 1994-jusqu’à la chute de la IIème République. Je parle ici des provinces de l’est, plus spécialement Kisangani. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, beaucoup de Boyomais ont tiré leur épingle du jeu durant les premières années de l’AFDL et sous l’occupation ougando-rwandaise ! J’ai bien honte de l’avouer ici, car je suis Boyomais. Mais sous l’occupation rwandaise, on a vu des élites de Kisangani s’entre-déchirer pour occuper le gouvernorat de Kisangani. Durant ce qu’on a appelé la Guerre de Six Jours entre les Rwandais et les Ougandais, ce sont des jeunes de Kisangani, constitués en milices pour les deux parties belligérantes, qui étaient aussi responsables de la destruction de leur propre ville !… Une exception: le groupe de guérilleros urbains appelés « Etats-Unis » de la Commune de Mangobo.
CORRECTION: « JE SITUE… »
anneet:
La plupart des politiciens boyomais que tu entends aujourd’hui vouer aux gémonies Laurent Nkundabatware étaient ses plus proches collaborateurs. Une bonne partie de ceux qui siègent à l’Assemblée, y compris certains gouverneurs et maires de la honte qu’on connaît. Et deux grandes ethnies de la ville qui se sont acharnées dans une guerre souterraine pour occuper le gouvernorat–avec empoisonnements par le « karuwa » et tout… Honte à ces gens, dont certains sont passés par le Collège du Sacré-Cœur et qui avaient effacé le mince vernis les leçons de la Résistance du très regretté Père Marcel Spoo… Vraiment, anneet, il ne fallait pas me poser cette question !!!
http://www.youtube.com/watch?v=w8nnnoOdauw
désolé mais je ne peux pas le garder pour moi
Merci pour cet article Boyomais. J’apprécie cette manière que tu as de faire parler le citoyen lambda. Je me demandais ce que tu appelais charretier, habitué par le terme de pousse-pousseur du côté de CFA.
Cela étant dit, tu ne parles pas de leur rapport avec les roulages. Sont-ils rançonnés également?
Cher Boyomais, j’ai été honoré de participer à cet atelier des médias avec toi. J’espère que vous allez continuer sur Congoblog, j’ai remarqué que vos articles sont plus rares ces derniers mois…