Débrouillard ou l’art de transformer le futile en richesse
Publié le 13 août 2009 dans Kisangani par Boyomais

Les Wagenia sont réputés pour être de grands et excellents pêcheurs. Ils vivent, pour la plupart, de la pêche sur les rapides des célèbres chutes Wagenia sur le fleuve Congo. Je me suis rendu il y a quelques jours près de ces chutes et j’y ai rencontré Monsieur Oscar Lowao, qui, bien que faisant partie de la tribu Genia, ne vit pas des poissons qui sortent du fleuve mais de ceux qu’il fabrique lui-même.
Installé à l’entrée du site des chutes Wagenia, Monsieur Oscar fabrique des objets d’art se rapportant à la vie des pêcheurs Genia. Une sorte de chronique illustrée du quotidien de ces pêcheurs qui ne reculent pas devant le danger que peuvent représenter les rapides du fleuve Congo et en sortent leur pitance.
« Je tiens mon art de mon père. De son vivant, il m’envoyait toujours chercher des jolis cailloux au bord du fleuve lorsque lui allait en brousse pour chercher d’autres matériaux de travail tels que le bois, la liane… Ensuite, je restais près de lui pour apprendre le métier. La plupart de mes clients sont principalement des personnes qui visitent les Chutes Wagenia ; des étrangers surtout qui veulent garder un souvenir de leur passage en ce lieu », me confie-t-il.
Oscar n’a pas eu besoin d’aller chercher des pierres précieuses sous terre. Il transforme en richesse du matériau à sa portée et très facile à trouver (cailloux, bouts de bois et lianes). Cet artiste débrouillard parvient ainsi à gagner son pain et à subvenir aux besoins de sa famille sans rien demander à qui que ce soir. Comme il le dit lui-même : « Si l’Etat ne vous donne pas d’emploi, créez en vous-même ! »




Le « futile » est justement ce qui fait l’art : pierre, bouts de bois, papier, crayon, etc. L’artiste français Marcel Duchamp a même lancé un courant artistique appelé « objet trouvé » : tout y passe, même un évier qu’on transforme légèrement à coups de marteau ou une légère couche de peinture. Oscar Lowao est un sculpteur talentueux et un artisan chevronné qui ferait des millions de dollars sous d’autres cieux !…
Les Eenya étaient aussi des grands guerriers : ils ont donné du fil à retordre à l’explorateur Henry Morton Stanley lors de son passage à travers ce qu’il nommera plus tard les Stanley Falls (aujourd’hui Chutes Maele). Les Eenya étaient aussi des grands athlètes : ils avaient développé le « kabobo », une discipline de lutte et de combat qui s’apparente au judo. C’est là une richesse culturelle qui se perd, contrairement aux pays de l’Afrique de l’Ouest où les athlètes de la lutte traditionnelle sont des stars adulées du public. Les Eenya avaient aussi un système d’éducation fort avancée qui se pratiquait sur une période de plusieurs mois (période réduite aux 2 mois des grandes vacances) par leur rite initiatique appelé « Tshoo » : circoncision, apprentissage de la pêche et du langage ésotérique, etc.
Au Collège du Sacré-Cœur (aujourd’hui appelé Institut Maele — encore une fois le nom eenya des Stanley Falls), j’ai connu quelques grands Eenya : notre feu « vieux » Augustin Tshakulomba, qui deviendra le bourgmestre de la Commune de Kisangani ; et le Professeur Benekabala, mon collègue de 3ème et 4ème secondaire (il me laissera en 4ème, car j’ai redoublé cette année-là). J’apprends aujourd’hui que Benekabala est devenu lui-aussi politicien.
Ah, j’oubliais : mon mémoire de licence, à caractère ethnopsychologique, portait justement sur le rite de passage du « Tshoo »… Grand merci, Petit Boyomais, pour ce billet et ces belles photos.
On lisant cet article, je me rappelle bien d’une chanson fétiche de mon jeune enfance à Boyoma singa mwambe:
« BA SEKA YA BA LOKELE KU OHONA KITU TU CHANGALA….MATOPE NDJO MA CHAUSSETI…MU TUMBU YABO NDJO MUTUKALI…LELELILEEE….LELELIEEAAAAA
@ Alex Engwete..
Je partage ton avis… Cette creativite de transformer les futiles en art (richesse) portera encore plus des fruits lorque le tourisme se developpera chez nous. Il y a, par exemple, une boutique ici a Manille consacree a vendre les oeuvres d’arts locales..parfois tu ne peux meme pas t’imaginer le prix..et malgre tout cela, les touristes et meme les locaux achetent ces oeuvres d’arts..cela fait partie de la fierte meme du pays.
suite…
imagine-toi si a un moment on collectionne ces oeuvres d’art de part et d’autres de notre Congo..imagine- toi ce qu’on aura a apprendre des autres tribus.. C’est tout un enrichissement culturel et mutuel.
@ Alex:
Tu es si loin comme ça, aux Philippines? Les Congolais sont partout ! Dis, garde-toi bien en cette saison de typhons violents. J’ai aussi récemment vu sur Al Jazeera qu’il y a des combats entre les militaires et les islamistes d’Abbou Sayeff… Encore une fois, garde-toi bien et sois toujours vigilant. Miso gaa !
Quand on visite le musée Dapper on est émerveillé par le nombre d’œuvres congolaises qui y sont présentées. Un passage à la célèbre salle de vente Drouot m’a mis en présences de statues Luba qui étaient estimées à des millions de francs français.
L’art de ces Genia sera apprécié peut être un jour à sa juste valeur en Europe comme le sont les sculptures de nos ancêtres.
Le graffiti ou tag était considéré comme du vandalisme Keith Harring et le peintre noir Jean baptiste basquiat en on fait un art consommé.
Un tableau de Basqiuat est vendu récemment à plus 1600000 euros. Le peintre Congolais qui peignait à Kinshasa ce qui était qualifiée de peinture naïve expose dans les meilleures galeries européennes.
Une toile et de la peinture ce sont des matériaux qui présentent une valeur vénale dérisoire mais le talent de l’artiste les transforment en objet d’art de valeur inestimable.
A force de sous estimer ce que font les artistes africains qu’il existe aujourd’hui en chine des hangars entiers de statuettes sénégalais par exemple de fabrication chinoise. Les mourides du Sénégal qui vendaient des statuettes faites par des sculpteurs sénégalais s’approvisionnent maintenant en Chine.
Vous êtes jeunes, on partait de très loin pour venir voir les Wagenia. La pierre pour un Wagenia n’est pas du tout un matériau futile ni le bois ni les cordes. Les ouvrages des Wagenia sur les chutes du même nom en témoignent. Les sculptures restituent un des aspects de la vie des Wagenia. Comme pour Polos et Alex cet article a du raviver des souvenir de la part des kisanganiens expatriés.
Merci à vous de nous faire revivre tous les jours les aspects de notre société congolaise . Tout au long de ce blog on se retrouve un peu plus comme si on n’y était.C’est donc un vrai bonheur d’ouvrir chaque jour ce blog et de découvrir des nouveaux sujets. BRAVO! pour la qualité de votre travail salut!!!!!!!
Le peintre congolais dit » naïf »s’appelle Chéri samba que l’on peut trouver sur le net. les collectionneurs occidentaux s’arrachent ses oeuvres. Je ne pense pas que les congolais fassent de même. Nous avons sûrement une appréciation particulière de l’art.
@ Alex Engwete
(Je tiens d’abord à m’excuser auprès des autres lecteurs de sortir du sujet du jour; seulement 3 choses…)
1. Merci mon frère pour ce conseil. Ca vaut la peine de rester vigilant. Au delà des typhoons et des séparatistes musulmans qui dérangent (quoique ces derniers ont moins de chance de réussir leur plan), il y a ce problème du passeport biométrique qui commence à nous déranger ici du fait que nous n’avons pas d’ambassade dans ce pays.Ce qui nous oblige à nous préparer soit à rentrer au pays (ce qui est presque impossible à cause du coût de transport) soit aller à Beijing pour remplir les conditions avant l’obtention du dit passeport….Dieu seul sait si nous ne finiront d’être considérés comme des mauvais citoyens et des sans papiers.
2. @ Alex Engwete et aux autres… Il est vrai que nous nous connaissons seulement par les ‘nicknames’ que nous nous donnons (à commencer par moi-même). Nous pouvons nous connaître mieux bien qu’il arrive parfois qu’on ne partage pas les mêmes points de vue. Je suis au facebook (www.facebook.com); que celui qui veut m’ajouter sur sa liste se sente libre ; (a. entrer mon courriel ( alexnov6@yahoo.fr ) sur la fenêtre de recherche. B. ajouter moi sur votre liste. C. je vous ajouterai au retour). J’ai quelques photos qui intéresseraient ceux la qui veulent connaître la nourriture d’ici, par exemple (Album « my food »). Ceci me donnerait même plus de motivations de diversifier plus mes photos?. C’est une manière de remercier ceux-là qui mettent quelques photos de notre cher Congo sur ce site.
@ tous
3. J’encourage ceux la qui sont au pays et qui peuvent de prendre les photos de l’état actuel du pays, qu’ils prennent ces photos (même ces endroits sales) et les conserver… La vie passe vite et parfois les choses changent aussi vite. Ces photos la serviront de mémoire à nos enfants, car du moins, si les choses changent, ils verront d’où nous venons. Et qui sait que dans le futur ces photos la seront recherchées? Et peut-être nous seront encore obligé d’aller en Europe pour voir ces photos là.
Merci de votre patience !
Que des talents…que des talents…Arts,cultures,science,etc…QUE DES TALENTS.Je prendrais enfin une citation de Napoleon sur la Chine et je vais la replacer sur notre chere patrie ; Quant le Congo s’eveillera-le Monde tremblera.
Bonjour,
Premier post sous forme de requête sur ce blog que je lis depuis un certain moment déjà.
Je suis un jeune congolais de Paris et je suis tombé sous le charme de ces oeuvres originales.
Pourriez vous (l’auteur ou tout autre participants de ce blog) me dire comment je pourrais entrer en contact mr Oscar Lowao ?
Merci d’avance