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Le viol, seules les femmes peuvent en témoigner

Publié le 24 oct 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Le viol, seules les femmes peuvent en témoigner

Rutshuru, un territoire de la province du Nord-Kivu à plus ou moins 70 kilomètres au Nord de la ville de Goma. Ici, il y a quelques mois, bruits de bottes et crépitements de balles faisaient la loi. Les traces sont encore visibles sur différentes battisses et même sur les habitants de cette partie de la République Démocratique du Congo.

« Il m’est difficile de cohabiter avec un homme en arme. Il m’arrive facilement de changer de direction lorsque je remarque un militaire sur mon chemin », me confie Georgette Kasoki. Veuve depuis quatre ans, elle est mère de deux filles dont l’ainée a 18 ans et la cadette 14 ans. « Je ne sais pas s’il m’arrivera de pardonner ce groupe de militaire que j’ai vu violer ma fille », poursuit-elle.

Lors des affrontements en octobre dernier entre les troupes du général déchu Laurent Nkunda et l’armée loyaliste, Maman Georgette a vécu c’est qu’elle qualifie d’enfer pendant plusieurs mois.

« C’était un certain mardi vers 11 heures du matin. Je me trouvais dans mon champ, lorsque du coup, un obus a explosé dans le champ de ma voisine. Je suis partie vers le Nord, dans le parc. Il était hors des questions de retourner à la maison. À ce moment-là, mes deux filles étaient à l’école. Nous nous sommes revus deux mois plus tard à Kanyabayonga. Nous avons vécu des moments très difficiles là-bas. Nous passions les nuits à la belle étoile. Une attaque pouvait surgir n’importe quand. Nous étions obligées de veiller par peur d’être surprises. »

Malgré les efforts de la petite famille de Maman Georgette, l’une de ses filles s’est fait violer par un groupe d’hommes armés. Maman Georgette retient difficilement ses larmes lorsqu’elle en parle : « Dieu seul jugera ces criminelles mais, moi je ne leur pardonnerais jamais », soupire-t-elle, avant de fondre en larme.

Toutes ces victimes de violences sexuelles se retrouvent seules, face à leur détresse. Vu que les auteurs de ces actes ignobles bénéficient d’une totale impunité, elles ne comptent plus que sur une justice invisible, celle du ciel. L’état dans tout ça ? Impuissant ou tout simplement insensible face aux cris de ces victimes de la barbarie humaine.

Je trouve bien dommage que la restauration de la justice et l’application stricte de la loi pour les auteurs de ces actes ignoble ne figurent pas dans la liste des 5 chantiers censés améliorer le quotidien des congolais.

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Plusieurs cas de choléra détectés dans la ville

Publié le 23 août 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Un enfant transportant de l'eau dans une rue de Goma

Ce n’est plus un secret pour personne. Plusieurs cas de choléra sont signalés dans des centres hospitaliers et hôpitaux de la ville de Goma. Au centre de santé Notre-Dame du Mont-Carmel par exemple, six cas par jour en moyenne sont transférés soit à l’Hôpital général de référence de Goma, soit au centre de santé Buhimba1, car ce sont les seuls habilités à traiter ces cas.

Une infirmière que j’ai rencontré et qui souhaite garder l’anonymat explique que cette situation est due au manque de traitement de l’eau puisée directement au lac : « La Regideso ne parvenant plus à approvisionner de l’eau potable à toute la population, elle est obligée de s’approvisionner elle-même au niveau du lac. D’où cette recrudescence de cas de choléras dans la ville ».

La baisse du niveau d’eau pendant la saison sèche, les pannes intempestives survenues au niveau des pompes sont les raisons qu’évoquent les responsables de la Regideso. Ce qui est drôle dans cette histoire, c’est qu’un calme étrange est observé dans le chef de l’autorité provinciale. Après plus de deux semaines, pas de déclaration officielle d’épidémie, ni aucune précaution n’est envisagée afin d’y palier.

Une chose est certaine, les habitants de Goma continueront à subir les conséquences de l’état lamentable de nombre d’entreprises publiques en République démocratique du Congo à l’instar de la Regideso qui peine à en finir avec la négligence, l’incompétence et la corruption dans ses couloirs.

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Julien, policier pour 21 000 francs congolais par mois

Publié le 30 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Julien, policier à Goma
Julien Masumbuko a 27 ans et rêvait de porter une arme depuis son enfance. « Le métier de militaire me passionne depuis mon jeune âge. Je n’arrêtais pas de rêver devant des films de combats », déclare-t-il, un sourire timide au coin des lèvres. Aujourd’hui Julien a réussi son coup. Après un long parcours, il est devenu policier.

Un parcours qui débute très tôt, en 1998, lorsqu’il décide, sans l’aval des parents, de suivre des amis dans « le maquis ». Nous sommes en pleine rébellion à cette époque en République Démocratique du Congo. Après une brève formation en « techniques de combat », Julien est Kadogo (entendez, enfant soldat).

Très vite, il est déçu. Ses rêves ne correspondent pas à la réalité. Il se démobilise et après quelques années, il intègre cette fois-ci la police. Actuellement, il est commis à la garde d’une école primaire où sont logés temporairement les sinistrés des incendies à répétition dans la ville de Goma. « Je suis proche de ma famille ici, ce qui n’était pas le cas dans l’armée » se réjouit-il.

Beaucoup de charges, moins de ressources
Julien touche mensuellement 21 000 francs congolais (environ 26 dollars américains). Il est marié et père de trois enfants. Sa petite famille vit chez ses parents. Il est obligé par contre de subvenir aux besoins de toute la famille. Il reconnaît que le fait de ne pas avoir de loyer à payer est un avantage : « C’est un avantage pour moi de vivre chez mes parents. S’il fallait payer un loyer avec mon petit salaire, je ne vois pas comment j’aurais pu m’en sortir ».

Principales dépenses du mois :

  • Frais scolaires de ses deux fils, 12 000 francs congolais par mois chacun.
  • Rations alimentaires journalières de toute la famille (élargie), 2 400 francs congolais chaque jour.

Pour subvenir à toutes ces charges, Julien a souscrit à une tontine. Ils sont quatre avec ses collègues policiers qui réunissent 15 000 francs chacun et, tour à tour, au bout de quatre mois chacun d’eux touche 60 000 francs congolais.

Les à-côtés du métier ou les extras
Tous les moyens sont bons pour arrondir les fins de mois. L’agent de police débrouillard reconnaît qu’il ne vit pas seulement de son revenu officiel. « Mon épouse tient un petit commerce. Elle est vendeuse de braise. Elle a un capital d’environ 16 000 francs congolais. Elle parvient ainsi à dépanner durant les quatre mois de l’intermittence de la tontine. »

En examinant de très près les dépenses de Julien, on se rend compte qu’il dépense mensuellement bien au-delà de ce qu’il gagne. Pour boucler ses mois, il doit se tourner vers l’article 15 comme bon nombre de congolais. Dure réalité d’un pays où l’informel prend les dessus.

Julien, un policier de Goma

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Incendies au quotidien dans la ville

Publié le 28 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Décombres d'habitations après un incendie à Goma

Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y n’ait un incendie à Goma. Le dernier en date, c’était celui de l’école primaire Mikeno dans la commune de Karisimbi. Le feu s’est déclaré aux environ de 9 heures du matin, dimanche 19 juillet. Au bout de quelques minutes, une grande partie de l’école était réduite en cendres. Une semaine plus tôt, c’étaient quelques 30 maisons dans le quartier Mabanga et 750 autres dans le quartier Birere qui se faisaient engloutir par les flammes.

L’origine des flammes ? Personne ne sait répondre exactement à la question. En cause, sûrement l’usage des planches pour la construction, le vent en cette saison sèche et surtout l’inexistante d’un service anti-incendie dans cette ville dont on estime à 700 000 le nombre d’habitants.

« Personne n’a fourni jusqu’à présent des explications quant aux causes réelles de ces incendies. Je me trouvais au boulot lorsque mon épouse m’a appelé en m’informant que notre maison avait brûlé », explique George Kambale, sinistré et père de six enfants. Il habitait le quartier Birere avant le drame. Actuellement il profite des vacances pour squatter une des salles de l’école primaire Keshoro.

Une victime d'un incendie à Goma

Dans sa nouvelle « maison », il fait sombre. Les fenêtres sont voilées par des pagnes. Des pupitres sont rangés au fond de la salle. Des traces à la craie sur le pavement délimitent « les chambres ». « Je vis ici avec mon petit foyer. J’ai tout perdu. Je remercie Dieu parce que la vie de mes enfants est pour le moment sans danger. Les autorités nous ont promis de l’aide mais rien n’est fait jusque-là », se plaint-il.

De leur côté, les autorités locales disent travailler sur un comité de crise mis en place par le gouvernement provincial du Nord-Kivu avec ses partenaires pour évaluer l’ampleur des dégâts et identifier les besoins. Comme d’habitude, on attend les drames pour chercher des solutions d’urgence. À croire qu’on ignore ici l’existence du mot prévention.

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Internet fait ses premiers pas dans le commerce en RDC

Publié le 23 juil 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Argentine, une jeune couturière handicapée de Goma

Qui aurait cru que le E-commerce pourrait se pratiquer à Goma, ville dont le monde entier entend parler à cause des conflits armés qui durent depuis des années dans la région ? Pionnières du commerce électronique dans le coin, Argentine et Mapendo sont deux jeunes filles couturières. Toutes deux handicapées, elles sont colocataires et tiennent un atelier de couture avec d’autres amis.

Mapendo (entendez, Amour en swahili) a 18 ans. Sa famille vit à Bulengo, un camp de déplacés parmi ceux qui environnent la ville de Goma. Suite à un accident, elle a eu la jambe droite fracturée à l’âge de 12 ans. Après trois ans de rééducation, elle parvient à retrouver la marche avec des béquilles.

Si Mapendo est la cadette de sa famille, Argentine, elle, est l’aînée de la sienne. Elle a 22 ans. Elle attrape la polio à quatre ans. Difficile pour elle de fréquenter l’école. De Kitchanga (une cité dans le Masisi), elle débarque à Goma à l’âge de 15 ans. Ici, elle rencontre Mapendo au Centre pour Handicapés, où elles apprennent à coudre.

Plus tard, elles trouvent l’idée de mettre en place un atelier de couture. Encadrées par une expatriée, leur atelier sort du commun à Goma. Leurs produits sont vendus via Internet, la majorité de leurs clients résident à l’étranger. « La plupart de nos produits sont destinés à l’étranger. Nous avons une forte visibilité aux Etats-Unis où la clientèle ne cesse de croître d’un jour à l’autre », explique Dawn Hurley, leur encadreur.

Un seul souci pour ses deux jeunes couturières, les conditions dans lesquelles vivent leurs familles, qu’elles sont obligées de soutenir financièrement. Mapendo compte bientôt sortir sa famille du camp de Bulengo. Elle vient de finir la construction d’une maison pour les accueillir. « J’ai beaucoup bossé afin d’offrir ma famille un toit. Je ne supportais plus les voir sous des bâches », dit-elle. En ce qui concerne Argentine, elle supporte tous les frais scolaires de ses frères et sœurs.

Sans le savoir, ces deux jeunes mettent les pieds dans une forme de commerce déjà avancée sous d’autres cieux. Même si elles ont une mobilité réduite, elles parviennent à franchir les frontières traditionnelles pour commercialiser le fruit de leur travail. Une initiative à encourager et un exemple à suivre.

Les liens à suivre :

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30 juin 2009 : Goma s’apprête à mettre sa plus belle robe

Publié le 29 juin 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Boullevard Kaynamuhanga à Goma

Après Kisangani, la ville de Goma s’apprête à accueillir le chef de l’Etat, pas pour une conférence des gouverneurs mais, bien pour les festivités du 30 juin, fête de l’indépendance. La République Démocratique du Congo soufflera ses 49 bougies ici. En prévision de cet évènement, des travaux sont exécutés à plusieurs endroits dans la ville. Les principales artères sont refectionnées, l’éclairage public réhabilité et il se construit même un site qui abritera une foire internationale agricole… Toutes les dispositions sont prises afin que la ville rayonne comme jamais auparavant.

« Je n’ai jamais vécu une telle situation à Goma, qui donne l’impression de se trouver dans une cité industrielle » s’exclame Mzee Paul, un sexagénaire, rencontré le long du boulevard Kanyamuhanga. Ce tronçon, sur lequel s’effectuera le défilé, revêt une nouvelle couche de bitume. C’est depuis la dernière éruption survenue en 2002 qu’il était dénué.

Nombreux sont le badauds qui passent leurs temps admirer les pylônes qui poussent depuis peu sur les routes de la capitale touristique. Au total, 600 réverbères éclaireront Goma d’ici le 30 juin, à en croire un des superviseurs des travaux: « La ville de Goma sera la ville la plus éclairée, après la ville de Kinshasa qui compte seulement 300 pylônes en bon état » a-t-il ajouté.

S’ils se réjouissent e voyant ces travaux, les habitants de Goma ne se font pas d’illusion. Il faut attendre de voir s’il s’agit bien d’un élan de reconstruction ou si ce n’est qu’un embelissement temporaire, le temps de la fête.

Réhabilitation de l'éclairage public à Goma

Réhabilitation de l'éclairage public à Goma

Un des stands de la foire agricole de Goma

Un des stands de la foire agricole de Goma

Un tronçon en-pleine réhabilitation à Goma

Un tronçon en-pleine réhabilitation à Goma

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Inventer, travailler et gagner sa vie

Publié le 19 juin 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Fabricants de malles à Goma

Près du Lycée Amani de Goma, se réunissent tous les jours des jeunes Gomatraciens qui ont bien compris qu’il ne fallait pas attendre le salut ou le redressement de la situation politique pour travailler et gagner leur pain. Le lieu suscite la curiosité des passants. Une vraie pépinière d’inventivité et de débrouillardise. Ils sont là tous les jours, tôt le matin et leur principale activité consiste à transformer des boîtes de conserve en malles. Ces coffres sont ensuite vendus aux habitants de Goma qui s’en servent pour ranger des aliments, vêtements et autres biens.

Comme l’explique Joseph, un jeune que j’ai croisé l’idée date de l’époque de l’opération turquoise. « Nous ramassions des boîtes que nous revendions par la suite. Un peu plus tard, un cousin a lancé l’idée de transformer les boîtes et les utiliser pour fabriquer des casseroles. Avec le temps, nous nous sommes tournés vers la fabrication des malles »

L’idée suit son cours et prend de l’ampleur. Joseph emploie actuellement une dizaine de personnes et les clients ne manquent pas « Les mois les moins rentables, je touche 50 dollars US, somme qui me permet de subvenir aux besoins de ma famille », confie Déogratias, employé de cette entreprise informelle.

Fonctionnaires corrompus, taxes et impôts virtuels, ces entrepreneurs en herbe doivent y faire face au quotidien. Loin de baisser les bras, ils cherchent et trouvent toujours le moyen d’esquiver les obstacles. Les fabricants de malles de Goma l’ignorent peut-être mais sans vraiment le vouloir, ils sont à la page, avec le débat actuel autour l’écologie. Charité bien ordonnée commence par soi-même dit-on, ce n’est pas la planète qu’ils veulent sauver mais bien leurs vies et celles de leurs familles. La planète on verra plus tard…

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Le recyclage s’impose en mode de survie

Publié le 30 mai 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Un électronicien dans son atelier à Goma

Offrir une seconde vie aux appareils électroniques, Charles Musambya s’y connait. Sa spécialité : la réparation des appareils photo et des caméras. Pour ce père de famille, il n’est pas question de recycler pour sauver la planète mais pour se sauver lui-même. Un bref passage à l’Institut Supérieur de Audio visuel à Bukavu (ISA) a suffi pour lui donner les bases nécessaires pour faire de l’électronique son gagne-pain.

« Je n’ai pas été à l’université. Ce métier me passionne depuis mon plus jeune âge. Mon père était électronicien. Enfant, je passais des heures à le regarder travailler. C’est ainsi que j’ai appris et retenu l’essentiel qui me sert et qui me fait vivre à ce jour », confie-t-il.

« Le technicien », comme ses clients l’appellent, a implanté sa petite entreprise dans le quartier Birere à Goma depuis l’année 2000. Un choix stratégique parce que son atelier donne sur une rue populeuse. « Avant d’arriver à Goma, je travaillais à Bukavu. Ayant constaté que nous étions devenus très nombreux, j’ai choisi de bouger et chercher ailleurs. Heureusement que la ville de Goma n’avait aucun réparateur crédible. Je suis venu m’installer ici et je me suis imposé sans trop de difficultés. »

Où trouves-t-il les pièces de rechange ? Dans les pays limitrophes, tels le Burundi, le Rwanda et même la Tanzanie.

Parmi la liste des difficultés rencontrées dans l’exercice de son métier, le technicien déplore le lot de taxes qu’il doit payer aux différents services de l’Etat. Mairie, Division de Culture et des Arts… Difficile de distinguer les vraies taxes et celles inventées par les agents qui récoltent les fonds. « Tous les ans, je dépense plus de 150 dollars américains en taxes, alors que je ne reçois aucune aide ou subvention de l’Etat en retour. »

Charles Musambya est loin d’être le seul à se plaindre. Nombreux sont ceux qui se démerdent tant bien que mal pour leur survie mais qui rencontrent sur leur chemin des fonctionnaires qui exigent des taxes, ou plutôt des redevances forfaitaires qui vont tout droit dans leurs poches, et non pas dans le trésor public. Raison pour laquelle certains choisissent le mode ambulatoire pour éviter de partager leurs gains avec « les agents de l’état ».

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Le Nyiragongo employeur des jeunes

Publié le 25 mai 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Casseurs de blocs de larve à Goma

Un marteau, quelques bouts de ferraille faisant office de burins et un bon physique suffisent pour gagner son pain à Goma. Parmi les nombreux « petits boulots » vers lesquels se tournent de plus en plus les jeunes de Goma pour assurer leur survie, figure le « Bula matari », casseur de pierre, en langue Kikongo.

La lave volcanique solidifiée qui couvre le sol de Goma constitue à la fois un obstacle pour ceux qui veulent entreprendre des travaux de construction et un gagne-pain pour ceux qui se professionnalisent dans la taille de cette roche noire sortie du Nyiragongo lors de l’éruption de 2002. Les services des Bula matari sont sollicités tantôt creuser une fausse septique, tantôt briser la lave afin de dégager un passage.

J’en ai croisé deux près de chez moi. A l’invitation d’un de mes voisins, ces gaillards avaient pour mission d’affronter la roche et creuser un fossé de trois mètres de profondeur. Impossible de leur faire dire combien gagneront-ils après la tâche. « Secret professionnel » m’a tout simplement rétorqué Jérôme, 35 ans, père de trois enfants. « Je vis de ce métier depuis six ans. Plutôt que d’aller mendier ou voler, je préfère travailler. Ce n’est pas facile mais au moins je peux subvenir aux besoins primaires de ma famille s». A-t-il renchéri.

En attendant les bulldozers des 5 chantiers pour déblayer les rues de la ville et la partie de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Goma couverte de larve, la population se contente pour l’instant des services des Bula matari. Durant le sommeil du Nyiragongo, ses employés œuvrent sans relâche et tirent profit de l’absence d’une intervention des autorités compétentes pour couvrir les traces de la dernière éruption, 7 ans après la tragédie.

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A la sueur de ton front, ton pain tu gagneras

Publié le 6 mai 2009 dans Goma par Yves Zihindula

Un tchukudiste dans une rue de Goma

Il y n’a pas de sot métier mais des sottes gens. A l’aide d’un «tchukudu» – trottinette rustique en bois fait de deux roues avec un guidon, un système de freinage défiant toute imagination, pesant de 50 à 70 kilogrammes et capable de transporter jusqu’à 300 kilogrammes de bagages – plusieurs jeunes de Goma parviennent à joindre les deux bouts.

Sept heures du matin. Il fait encore froid. Un léger vent matinal souffle sur Karisimbi, commune populeuse de Goma. Les rayons du soleil percent timidement le voile matinal avant sa levée quotidienne. Encore engourdi par une nuit quelque peu mouvementée du fait d’une insomnie indésirable et tenace, Gustave peine à sortir chez lui. Pourtant, et à son corps défendant, il est contraint de se retrouver sur « terrain » afin de vaquer à son occupation quotidienne : transporter des marchandises de toutes natures sur son « tchukudu » et en retour trouver la pitance quotidienne, de quoi se mettre sous la dent le soir.

A 21 ans, Gustave est un solide gaillard au teint sombre et en très bonne forme. « Je ne cesse de remercier Dieu de m’avoir accordé l’endurance et une santé de fer… » Une formation en menuiserie lui a permis de se fabriquer son outil de travail, le « tchukudu », fruit de l’ingéniosité de jeunes de Goma qui, las de tirer le diable par la queue, ont voulu se donner les moyens de gagner honnêtement, à la sueur du front, leur pain quotidien.

Quelques minutes pour implorer la bénédiction divine pour que la journée soit bonne, un petit sac jeté prestement sur le dos et voilà Gustave parti pour une nouvelle journée de dur labeur aux retombées incertaines. Direction, le marché Alanine ; le point de départ.

Un tchukudiste dans une rue de Goma

Avec sa trottinette, Gustave sillonne les coins et recoins de la ville de Goma par beau temps comme par mauvais temps. « Chaque matin, je me positionne juste à l’entrée du marché Alanine pour attendre d’éventuels clients. Des fois ça traîne, mais je finis quand même par en trouver ».

Sur place au marché, en bordure de l’axe Goma-Sake, il est neuf heures. Gustave trouve son premier client. Une jeune dame voulant déplacer un sac de braise. Commence alors pour Gustave un exercice habituel devenu à la limite un rituel incontournable : le marchandage. A sa cliente, il exige 500 francs congolais (moins de 1 dollar américain) pour un trajet avoisinant les 10 Kilomètres. S’engage alors, durant quelques minutes, une discussion sanctionnée par un compromis. La cliente paiera 300 francs congolais pour la course. Une somme jugée acceptable par Gustave. « Je me suis réveillé d’un bon pied aujourd’hui, avoue-t-il. Souvent, il est rare de débuter la journée avec une telle somme. Ceci augure d’une journée fructueuse ».

Et quand la chance est de son côté, il soutient qu’il peut lui arriver de totaliser certains jours 32 000 francs congolais, l’équivalent d’à peu près 38 dollars US. Une somme considérable dans une ville où du fait de conflits récurrents, les activités économiques tournent au ralenti avec d’énormes difficultés pour les jeunes d’avoir accès au marché de l’emploi.

Un tchukudiste dans une rue de Goma

Si Gustave gagne son pain quotidien et parvient à subvenir aux besoins de sa petite famille, cela ne se fait pas sans heurts. « Nous sommes obligés de payer certaines taxes à de multiples services dont nous ne voyons pas l’importance. Outre ceci, à chaque passage à un poste où se trouve un agent commis à la circulation routière, nous devons laisser quelques sous. Tout ceci entrave notre métier », nous confie-t-il avec beaucoup d’amertume. Autre difficulté que ne manque pas d’évoquer Gustave, le manque de courtoisie des autres usagers de la route. En particulier les automobilistes qui bien souvent les exposent à la mort en refusant de leur céder le passage ou de partager la voie avec eux.

Des entraves qui cependant sont loin de décourager Gustave qui a de l’ambition à revendre. Il projette d’initier la création d’un syndicat des conducteurs de « tchukudu » à Goma. « Jusqu’à présent le problème dans notre corporation est que nous sommes éparpillés, désorganisés. Il nous faut une sorte d’association au sein de laquelle nous pouvons revendiquer nos droits et nous faire entendre ».

Au moment où le soleil se hâte de quitter le ciel pour céder la place à la lune, nous ne pouvons prendre congé de Gustave sans lui demander ce qu’il pense du contexte sociopolitique actuel, en tant que jeune congolais. Tout patriote qu’il est, il ne peut s’empêcher d’affirmer qu’il reste optimiste en ce qui concerne l’avènement de la paix dans son pays. « Il suffit tout simplement que chacun y mette du sien », ajoute-t-il avant de lancer son « tchukudu » à vive allure pour rejoindre son domicile où l’attend sa femme et son enfant.

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