
Ce n’est un secret pour personne, chez nous en république démocratique du Congo, la politique et la gestion de la chose publique sont héréditaires. Pendant la glorieuse époque des « mouvanciers », Papa président, ministre ou dirigeant d’une entreprise publique s’arrangeaient pour envoyer fiston étudier dans les grandes écoles occidentales, conscient du fait que les écoles et universités du pays sont pourries parce que responsable. De retour au pays, le fils de son père est aguerri pour poursuivre l’œuvre de son géniteur.
Pour des raisons bien évidentes, je ne vais citer aucun nom. Je n’ai d’ailleurs pas besoin de le faire parce que les fils de leurs pères sont bien connus de tous les congolais.
Une coopération internationale au service des fils de leurs pères
L’accès aux grandes universités internationales est très réglementée. Au delà du niveau de culture générale occidentale requis, l’épaisseur du portemonnaie du candidat est un élément capital pour obtenir son inscription, et surtout le visa d’entrée dans le pays d’accueil. Pour la France par exemple, il faut prouver la capacité à débourser annuellement autour de 7000 euros (7.735.000 francs congolais).
Un peu de comptabilité :
Monsieur Kandolo, instituteur congolais touche irrégulièrement 50 dollars américains/mois (environ 45 000 francs congolais)
S’il veut offrir une éducation occidentale – garantie d’un meilleur avenir – à son fils, il doit donc débourser l’équivalent de 172 mois (14 ans) de salaire.
Il suffit pourtant de quelques tours de passe-passe dans les caisses publiques pour les « honorables » et « excellences » pour dégager la somme et ainsi assurer la relève héréditaire dans la gestion des affaires. Le plus cynique, c’est lorsque le Ministre de l’éducation nationale retire ses enfants des écoles de son pays pour les envoyer en Europe ou en Amérique…
Une élite qui ignore souvent tout des vrais problèmes du pays
Il est évident qu’il est beaucoup plus aisé de discuter avec quelqu’un qui parle la même langue et qui a les mêmes références culturelles. Les fils de leurs pères sont donc les mieux placés pour représenter leurs pays d’origine au niveau international. Ils ont le premier rôle dans la prise de décisions dans des enjeux qui touchent à la vie de ces congolais ordinaires qu’ils regardent souvent de haut, parce que moins occidentalisés.
Nouveaux rêves, nouveaux standards
L’apprentissage culturel fait également partie du cursus. De retour au pays après ses études à l’étranger, le fils de son père voit les choses différemment. Il préfère le champagne au vin de palme que buvaient ses ancêtres. Il veut désormais vivre comme l’homme blanc. Il veut une belle voiture, il veut sa propre villa. Il prend le meilleur de la tradition occidentale mais garde tout de même quelques traditions locales qui l’arrangent bien. La polygamie fait partie de ces coutumes auxquelles il ne faut surtout pas toucher. La loyauté, le partage et le reste, on peut toujours discuter.
En prenant la place de Papa, le fils de son père sait très bien ce qu’il lui reste à faire : se servir à son tour dans les caisses, en attendant de préparer sa progéniture.