Bienvenue au pays de la débrouille !
Publié le 31 mai 2009 dans Dessins par

Plutôt que de subir la crise multiforme qui gangrène leur pays depuis des décennies, les congolais ont bien compris qu’il fallait se débrouiller et manœuvrer pour gagner son pain. Le non-paiement des salaires de misère des fonctionnaires et la rareté de structures formelles viables ont envoyé toute une population dans la rue et engendré une nouvelle espèce d’entrepreneurs. Enfants comme adultes, ici, tout le monde connaît et applique le fameux article 15 : « Débrouillez-vous ».
Les rues des principales villes congolaises voient défiler tous les jours des commerçants ambulants qui vous proposent toutes sortes de produits. Du poisson braisé aux petites culottes, en passant par les cigarettes vendues au détail, l’essentiel est d’écouler au maximum sa marchandise et réunir de quoi s’acheter sa pitance du jour. L’opération se renouvelle tous les jours, avec le même défi. L’âge ne compte que très peu, tout le monde doit mettre la main à la pâte.
N’allez pas demander à un congolais ordinaire ce qu’il compte faire dans l’année qui suit. Les projets se limitent au jour même. La confiance aux institutions étatiques s’estompe au fil des années. A chacun de trouver son créneau pour survivre.

D’où vient donc l’article 15 ?
Si certains l’attribuent au maréchal Mobutu, qui, dans un discours aurait incité la population zaïroise de l’époque à se débrouiller, d’autres allégations renvoient la naissance de ce concept à bien avant l’indépendance.
Albert Kalonji, nationaliste congolais, Co-fondateur, avec Patrice Lumumba, du MNC (Mouvement national congolais) et militant pour l’indépendance du Congo aurait conseillé en 1960 à ses administrés (lorsqu’il se proclame empereur des Lubas et chef d’État du Sud-Kasaï) d’appliquer l’article 15, c’est-à-dire de se débrouiller. Ce fut, semble-t-il le mot d’ordre de l’exploitation clandestine du diamant.
Qui qu’il en soit, la survie de la majorité des congolais repose à ce jour sur cette économie grise qui se développe et se diversifie encore et toujours. Face à des structures formelles de moins en moins fiables, l’économie informelle a encore de beaux jours en république démocratique du Congo…


