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Kisangani: Journée ferriée pour accueillir président de la république

Publié le 27 fév 2009 dans Kisangani par Boyomais

Joseph Kabila, président de la république démocratique du Congo

En me réveillant ce matin, j’ai vu des écoliers rentrer chez eux beaucoup plus tôt que d’habitude. Qu’est-ce qui se passe ? La réponse est aux lèvres de tous les passants : Joseph Kabila, le Président de la République, arrive aujourd’hui à Kisangani. Un mot d’ordre aurait même était lancé pour que les magasins et autres boutiques au centre-ville n’ouvrent pas !

Kisangani est pratiquement paralysée, une ville morte. Des agents de police et des services de renseignement sont déployés sur les artères de la ville, prêts à « ramener à l’ordre » tout commerçant qui oserait travailler. Sur les ondes de la Radio Télévision Nationale Congolaise-Antenne de Kisangani, des appels à la mobilisation pour réserver au Chef un accueil chaleureux se succèdent.

Des camions sont mis à disposition pour assurer le transport des sympathisants des partis politiques proches du pouvoir, entre la ville et l’aéroport. Aubaine pour certains, il y aurait comme d’habitude le « mbongo ya transport » (entendez une certaine somme d’argent en guise de rétribution et de remerciement pour le déplacement). Le marché central traîne à s’ouvrir et les discussions et rumeurs de tous genres circulent. On annonce même que le Président Joseph Kabila sera accompagné par homologue américain.

A Kisangani comme ailleurs dans le pays, la majorité de la population congolaise vit de la débrouillardise. Demander à un Boyomais de ne pas travailler un jour, c’est pratiquement le contraindre à un jeûne. Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’opportunité de ce genre de démarches. Les choses se passent-elles de la même manière ailleurs dans le monde ?

Les présidents et les gouvernements se succèdent mais les pratiques restent visiblement les mêmes. Des journées chômées, il y en avait déjà à l’époque où Mobutu régnait encore sur le Zaïre.

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Kisangani : Congolais débrouillards, vendeuses de feuilles de manioc

Publié le 10 fév 2009 dans Kisangani par Boyomais

Vendeurs de feuilles de manioc à Kisangani

Les feuilles de manioc, sombé en swahili et pondu en lingala constituent la denrée de base des Boyomais. Tout un parcours depuis les champs des villages avoisinants et les assiettes des habitants de Kisangani.

Comment marche le business de pondu à Kisangani ? Maman Machozi qui vit de ce commerce depuis plus de 12 ans explique : « J’ai un capital de 6000 francs congolais (environ 10 dollars américains). Je vais m’approvisionner à 24 kilomètres de la ville de Kisangani, à Alukutu. Là-bas, la botte de sombé coûte 30 francs congolais. A l’aller, je prends le Toleka mais au retour, avec ma marchandise, je suis obligée de prendre le camion. Je revends ensuite la botte de sombé à 130 ou 150 francs congolais en ville, ce qui me fait une marge qui me permet de subvenir aux besoins de ma famille. »

Pour le voyage retour, marchandises et commerçants sont entassés dans les bennes de vieux camions pourris. Chaque passager doit alors se débrouiller trouver sa place. Lorsque dame la pluie s’invite à la fête, c’est une bonne douche froide qui attend maman Machozi et ses congénères.

À l’arrivée au marché à Kisangani, juste après sa descente du camion à la manière d’un commando, Maman Machozi prend soin de réserver quelques bottes de sombé pour sa famille. Le reste est revendu et au bout de quelques minutes, toute la marchandise étant écoulée, maman Machozi peut rentre chez elle, fière d’apporter dans sa gibecière de quoi nourrir son chômeur de mari et ses enfants pendant au moins une semaine.

Comme bon nombre de femmes congolaises, en attendant qu’un ange tombe du ciel pour donner du travail à son mari, Maman Machozi endosse sans se plaindre toute la charge de sa famille. Que serions-nous sans ces mamans congolaises ?

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Kisangani : Policiers corrompus et usagers de la route prêts à payer

Publié le 30 jan 2009 dans Kisangani par Boyomais

Un roulage se faisant corrompre à Kisangani

Deux nouveaux policiers de roulage œuvrent désormais près de chez moi. Ils ont bien choisi leur lieu de travail, cachés derrière un manguier. Ils surgissent par surprise à l’approche d’une voiture ou d’une moto et là ça ne rigole pas!

J’ai passé du temps à les observer à l’œuvre et j’ai bien compris comment le business marche. Dès qu’une moto ou un véhicule s’approche, ils prennent position, tel un pécheur qui voit un poisson s’approcher de sa ligne, et surgissent au moment M pour barrer la route. Un petit contrôle de papiers s’en suit, quelques billets de banque glissent ensuite et le conducteur peut repartir.

Nos policiers ont ensuite une petite pause, le temps de fumer quelques cigarettes en attendant le prochain poisson. C’est une scène plus que normale qui se répète encore et encore, au vu et au nez de tout le monde sans que cela ne choque qui que ce soit.

A la fin de la journée, ces deux hommes habillés en jaune et bleu auront bien récolté une belle somme d’argent pour le compte non pas du trésor public mais pour le compte de ce qu’ils appellent, dans leur jargon, le « sombe ya watoto » ou le « madesu ya bana » ou encore le « bana basumba » (Traduction :  »le pondu pour les enfants » ,  »les haricots pour enfants » ou encore  »de quoi envoyer les enfants aux toilettes »).

En vivant ce genre de scènes, je me rends bien compte que l’Etat congolais est un parent pauvre dont les enfants, agents de police et de l’administration se débrouillent pour manger. La mère patrie, personne ne s’en soucie et la même interrogation qui revient régulièrement : « Ngai moto nakobongisa mboka yango ? » traduisez : « Est-ce moi qui vais reconstruire ce pays en ruines ? »

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Kisangani: Un bureau administratif pas comme les autres !

Publié le 16 jan 2009 dans Kisangani par Boyomais

Bureau sous un manguier du quartier du stade à Kisangani

A quelques cinquante mètres du stade Lumumba dans la ville de Kisangani, s’est implanté, sous l’ombre d’un manguier, le bureau administratif du quartier du stade de la commune Tshopo. Ce bureau sans porte ni fenêtre, bref sans bâtiment, est bel et bien celui de l’Etat et le lieu de travail d’une autorité : le chef de quartier qui sert de pont entre les habitants de son quartier et le Bourgmestre de la commune. Retour aux pratiques ancestrales, les conflits de voisinage et autres dossiers sont traités à l’ancienne, sous un arbre.

Une pancarte placée sous le manguier indique qu’il s’agit bien d’un bureau administratif. En cherchant à m’entretenir avec les agents trouvés sur place sur l’état et le fonctionnement de ce bureau, c’est une fin de non recevoir qui m’accueille. « Allez poser des questions au bourgmestre. Notre installation en ce lieu est une mesure salutaire. Fallait-il que nous restions chez nous parce que le bureau n’a plus de bâtiment ? Qui allait nous payer ?», me lancent-ils.

Bien que j’entende souvent parler de la restauration de l’autorité de l’état dans les discours, je suis surpris de voir que dans la troisième ville de la République Démocratique du Congo, pays souvent qualifié de  scandale géologique, l’Etat n’est pas capable de bien installer ses agents.

A l’heure où nous cheminons vers la décentralisation, j’espère que des mesures seront prises pour éviter que certaines des entités décentralisées se retrouvent sans infrastructures, à l’image de ce bureau administratif à Kisangani.

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Kisangani : La débrouillardise n’attend pas le nombre des années

Publié le 9 jan 2009 dans Kisangani par Boyomais

Un vendeur de pétrole dans les rues de Kisangani

C’est devenu presque une tradition, un passage obligé pour bon nombre d’enfants Boyomais : vendre du pétrole, le soir, à travers les rues de Kisangani.

Fabrice a 11 ans. Il est vendeur ambulant de pétrole. Chaque soir, il prépare sa logistique pour aller bosser : une bouteille de Coca Cola bien remplie de pétrole, un entonnoir, une boîte de tomate vide pour servir de mesurage et une autre bouteille pleine de pétrole dans le dos. « J’habite la 16ème avenue dans la commune de la Tshopo. Pour mieux vendre, je cible plutôt les quartiers qui n’ont pas d’électricité ou qui ont été délestés par la SNEL », me confie-t-il innocemment.

Pour information, le délestage est un mode de distribution de courant électrique inventé par la Société nationale d’électricité. Le principe de ce système révolutionnaire est simple : différents quartiers reçoivent à tour de rôle l’électricité. Ainsi, certains coins ne sont alimentés qu’une fois par semaine. Le reste du temps, les habitants doivent trouver des moyens alternatifs pour s’éclairer et cuisiner.

Cherchant à savoir ce qu’il tire comme bénéfice de ce business, Fabrice m’explique : « J’achète une bouteille de pétrole à 540 francs congolais et je le revends en détail. Ca me rapporte 1000 francs congolais au bout de deux nuits. Une partie de mon bénéfice de 460 francs congolais me sert à acheter, le lendemain, quelques morceaux de molé (manioc cuit) à l’école pendant la récréation et je conserve un peu d’argent dans ma caisse (tirelire). »

Tant que dure l’agonie de la SNEL, le commerce de Fabrice marchera. Je m’interroge cependant sur l’avenir de mon pays avec une jeunesse poussée dès le bas âge vers l’informel.

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Kisangani : Toleka, une source de revenus pour les jeunes de Kisangani

Publié le 8 déc 2008 dans Kisangani par Boyomais

Un Tolekiste dans une rue de Kisangani

Comme ailleurs dans le pays, le chômage touche bon nombre de jeunes Boyomais (habitants de Kisangani). Certains se tournent vers le Toleka (taxi-vélo) comme activité génératrice de revenus. Depuis plus d’une décennie, le « Toleka » (entendez « Passons », en lingala) s’est imposé comme le principal moyen de transport à Kisangani. Il y en a environ 2000 dans toute la ville.

Il ne faut pas grand chose pour transformer des vélos ordinaires en taxis-vélos. Des lanières, une petite mousse tapissée et bien serrée servant de siège pour les passagers sur le porte-bagage et le tour est joué. Le mot d’ordre est clair : avoir le plus beau vélo et attirer le plus grand nombre de clients. Des slogans, on peut en lire de tous les types sur ces vélos « Dieu voit tout, vélo 4×4 tout terrain, l’Eternel garde mon vélo, Yes we can,…».

Âgé de 17 ans, Junior Kenge est en 4ème année des humanités pédagogiques. Depuis près de trois années, il exerce comme Tolekiste les après-midis après ses cours. « Après la mort de mon père, mes oncles sont venus prendre tout ce qui revenait à leur frère. Ma mère s’est ainsi retrouvée dans l’incapacité de scolariser mes deux jeunes sœurs et moi. Pour ne pas rester à la maison, j’ai décidé de faire le Toleka », confie-t-il. Ne possédant pas de vélo, Junior a conclu un arrangement avec un voisin. Les clauses de leur contrat sont claires : Junior s’engage à verser chaque soir la somme de 1200 francs congolais (2 dollars américains) au propriétaire. Tous les jours, il se lance dans une course contre la montre, dans le but de faire plus que le minimum exigé et garder le surplus.

Généralement, Junior parvient à réunir entre 4500 et 5000 francs congolais (8 dollars américains) par jour. Il parvient ainsi à contribuer aux charges familiales. « Une partie de mes revenus journaliers sert à acheter la nourriture et l’autre est toujours mise de côté pour couvrir mes frais d’études » révèle-t-il.

Les tracasseries policières et les guet-apens de la brigade spéciale des recettes viennent comme pour gâcher l’enthousiasme de ce jeune homme. Pour protéger ses recettes contre les extorsions policières, Junior a trouvé une astuce. « En temps de soleil comme en temps de pluie, je porte toujours mon képi car, en dessous, je glisse mes recettes. Si les policiers m’arrêtent pour une quelconque raison, leurs mains vont immédiatement dans mes poches. Désormais, ils ne trouvent plus rien, sinon une modique somme. »

Malgré les obstacles, Junior reste confiant et garde espoir. Son plus grand souhait est de devenir autonome. « Comme tout tolekiste, je voudrais acquérir mon propre vélo. Je gagnerais alors assez pour payer les études pour mes deux sœurs qui chôment encore aujourd’hui ».

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