Internet réservé aux riches, le modèle congolais

Fatigué de copier aveuglement les autres, mon pays a trouvé la voie qui le mènera au développement. Après des années d’actions éclairées, mon gouvernement de technocrates surdoués a trouvé LA solution miracle : couper les ailes aux petits oiseaux connectés qui passent leurs journées sur les réseaux sociaux à critiquer et à remettre en question les bienfaits de la « révolution de la modernité », slogan cher au grand manitou et aux courtisans de sa cour.

Plutôt que de remercier le grand chef pour sa clairvoyance, ces petits ingrats ne trouvent rien de mieux à faire que d’organiser des activités subversives de nature à porter atteinte à la sûreté de l’État.

Déjà ils osent manifester devant l’hôtel du gouvernement pour dénoncer une hausse des coûts d’Internet. Mais manquer de créativité au point de copier la dénomination « nuit debout », cinquante-six ans après l’indépendance ? Inadmissible !

Et puis, quelle idée d’aller brailler pour de petites hausses plafonnées à 500 petits pourcents ? Ils n’ont vraiment rien compris ces gens. Cette hausse est portant incontournable. Non seulement elle soutiendra la croissance à deux chiffres, mais elle permettra également de libérer de la bande passante pour permettre à nos chefs bien aimés de partager plus facilement leurs vidéos coquines.

Tous ces bruits pour aller sur Twitter et Facebook, deux inventions impérialistes qui n’ont pour vocation que d’offrir une tribune aux ennemis de la nation, ceux-là même qui osent émettre des réserves sur l’action salvatrice de son excellentissime grand manitou. Et dire qu’ils pourraient utiliser ces outils pour acclamer l’artisan de la croissance à deux chiffres et de la stabilisation du cadre macroéconomique.

N’y a-t-il pas d’autres raisons de se mobiliser ? En démocratie, on a le droit de manifester pour fêter l’anniversaire du grand manitou. On peut à la limite descendre dans les rues pour demander au grand chef de nous accorder quelques années de plus de sa gouvernance éclairée, histoire de parachever son œuvre salutaire entamée 15 petites années plus tôt, mais encore inachevée.

Je proteste contre cette tendance à copier aveuglement habitudes et technologies impérialistes. Internet est la dernière des choses dont mon pays a besoin. La preuve c’est que mes ancêtres s’en sortaient très bien sans toutes ces histoires d’internet et de réseaux sociaux, en se contentant du tamtam et des griots pour rappeler au petit peuple la grandeur de ses chefs.

Et comme le dit ce proverbe bien de chez moi : « le peuple, est un enfant. Le dirigeant a la responsabilité d’en faire un adulte docile. »

Punir l’enfant qui s’écarte du droit chemin est un investissement sûr pour l’avenir. Quelques coups de matraque, un soupçon de gaz lacrymogène et quelques petits passages par les geôles de la république sont autant d’outils indispensables pour rappeler l’importance de cette vertu qu’est l’obéissance.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *