Journalisme au Congo = mépris ou noblesse?

Cette année, cela fait treize ans que je suis journaliste. La vie de journaliste n’est pas de tout repos dans mon pays . Jongler entre les horaires de travail élastiques qui sont le quotidien des journalistes, la vie animée quand on habite la capitale, les difficultés pour se déplacer ou avoir accès aux informations, les salaires de misère, et l’actualité toujours riche en font un cocktail détonnant.

Bref, c’est un métier passionnant, mais ingrat. Pour espérer pouvoir nouer les deux bouts , il faut  soit avoir un autre emploi rémunérateur et faire du journalisme à temps partiel et en indépendant, soit travailler pour un média international, ce qui n’est pas non plus facile. Du coup, on se retrouve obligé de serrer la ceinture et vivre de son maigre salaire, ou alors, recourir au « coupage », cette pratique qui consiste  pour les professionnels de média, à recevoir des sources d’information ou des organisateurs des manifestations dont ils assurent la couverture, des présents en espèces ou en nature.

Je sais que c’est la pratique la plus répandue dans le métier. Dans le jargon à Kinshasa (et qui sait, dans d’autres provinces aussi), on désigne celui qui reçoit le coupage comme le « coupé », et celui qui le donne comme le « coupeur ».

Mea culpa, j’ai été dans les deux rôles à un moment donné. Je m’en repends, mais d’un autre côté, je me dis que j’ai su ne pas laisser le coupage influer sur ma manière de traiter l’information. De même, en « coupant » des confrères à une époque, je n’ai jamais considéré cela comme une pression pour qu’ils traitent l’information d’une manière ou d’une autre.

Malheureusement, beaucoup de journalistes se laissent manipuler par le coupage, au point de donner des informations contraires à la réalité, ou d’émettre des jugements qui n’ont pas leur place au lieu d’informer. C’est une pratique qui ressemble aux fameux « cocas », ou « madesu ya bana » tant décriés dans d’autres domaines. Mais dans notre métier, c’est presque normal. Certains se battent même lors de manifestations pour ce coupage. On en est réduit à la mendicité. Et tout le monde, ou presque, semble trouver cela normal.

Comment en sortir, et bien c’est la grande question, on a toujours le choix n’est-ce-pas ?

La Kretcheuse

 

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