Vous avez dit braconnage au Congo ?

21h00, avenue du Flambeau, commune de Barumbu, Kinshasa. Je rentre chez moi à bord d’un taxi. Je suis littéralement anesthésié par la fatigue. A chaque fois que le Poro* freine pour esquiver un nid-de-poule, la spectaculaire palette de couleurs auquel j’assiste via la vitre depuis le début du trajet s’efface. Je vois plus clair. J’ai comme l’impression de me trouver dans une énorme braderie où tout se marchande : bières, morceaux de ntaba** et sexe. Bizarrement le quartier s’appelle « Bon marché ». Lol.

Je reviens d’une longue journée de travail, mon ventre est creux. Je dois manger avant de me coucher. Je décide de faire escale Chez Flore, un restaurant réputé pour la qualité, surtout pour la quantité des repas. Il s’agit d’un hangar encombré au milieu duquel sont plantés deux ou trois parasols. Ici, la clientèle est variée comme le menu. Des vieux au crâne dégarni, des enfants, même des jeunes branchés. Sur les bords, des paillotes dans lesquelles des écrans diffusent France 24 ou Trace TV.

Le rituel de l’arrivée est toujours le même. On entre. On cherche une table disponible. On s’y installe. Une serveuse vous repère et s’approche sans sourire ni carte en main. La première question c’est « qu’est-ce que vous allez boire ? ». Ici, c’est presque une contrainte de boire avant de manger. Puis arrive la carte. Les mets congolais sont la spécialité Chez Flore.

On y sert par exemple de la viande de crocodile, de tortue, de singe, etc. Personne ne trouve cela étrange. Y compris moi-même. Mais ce soir-là, pour la première fois, j’ai envie de savoir d’où provient cette rare variété de viande. Puis découle une série de questions existentielles : Ont-ils des autorisations spéciales pour servir la viande de brousse ? Ne suis-je pas en train d’encourager le braconnage ? Avons-nous le droit de massacrer les animaux ?

La serveuse pose un bol rempli du poisson frais. Je me réveille de mon égarement existentiel. Je découvre mon plat commandé une demi-heure plus tôt. Je mange rapidement, Il est presque 23h. Morphée a tant besoin de moi. Je dois partir. A très bientôt.

Hurricane

*Chauffeur de taxi/Bus
** Viande de chèvre

This article has 2 comments

  1. Blaise Ndola Reply

    Je croi que je dois aussi vister « Chez Flore » un de ces jours. Hereusement qu’elle ne vend pas encore les cornes et défenses de éléphants… Ministère de l’environnement etalela biso likambo oyo

  2. Herve-Greg MOKWABO Reply

    Des très bonnes questions.
    Au fait, la traque du braconnage se limite aux villages; tout ce qui sort de là a échappé au contrôle et on ne peut juger ceux qui se retrouvent avec. C’est la règle chez moi à Kinshasa.

    Et pour en rajouter les députés qui votent les lois anti-braconnages prennent également plaisir à manger sur ces mêmes tables, à cela il faut rajouter des responsables de la police et des grandes instances juridiques…

    La conscience est beaucoup trop malade à Kin!

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