Bordel et fête à Kinshasa (mais pas que)

J’ai posé mes valises à Kinshasa il y a presque un an. C’est la première fois que j’y séjourne plus de dix jours. En fait, je n’ai jamais eu de bonnes raisons d’y rester longtemps. Et à chaque passage je détestais la ville. Je crois que j’avais tort. S’installer ici, honnêtement, c’est comme se glisser dans un lit connu avec des draps neufs. Un décor scintillant et assez brouillant, mais en quelques nuits on est comme chez soi.

Kinshasa est un univers assez particulier et paradoxal. Elle est à la fois agaçante, charmante et captivante. Pour ceux qui n’ont jamais foutu les pieds ici, il s’agit d’un melting-pot où se mêlent des gens d’origines et cultures très variées quoi qu’il y ait une catégorie complétement débile qui pense être plus kinois* que d’autres (J’y reviendrai plus tard).

« Madesu ya Bana** »
Kinshasa, c’est d’abord la chaleur qui désoriente. Débarquer à Kinshasa, c’est prendre en sortant de l’avion une claque de fougue humide dont l’odeur nauséabonde vous tétanise. A première vue, c’est le chaos. Un trafic dément, des routes défoncées et bondées, un concert de klaxons infernal, des vendeurs ambulants agressifs. Une ambiance tendue. Les gens sont nerveux et parlent fort. Ça fait peur. La rudesse de la vie est tangible. La débrouillardise a atteint un niveau abominable. Les policiers rackettent à tout vent. C’est incroyable mais certains agents de l’ordre en uniforme font la manche. Le peuple s’est adapté, c’est le sauve-qui-peut, l’essentiel est de trouver à manger à la nuit tombée. Peu importe les moyens déployés, il faut trouver le « madesu ya bana ».

Des 4X4 pimpant neufs côtoient des carrosseries délabrées de bout en bout sur le majestueux boulevard du 30 juin (l’une des altères asphaltées). Lorsque les agents de circulation s’embrouillent avec les chauffeurs de taxi-bus à propos du code de la route, on coupe les moteurs et tout est paralysé. Cela peut durer longtemps jusqu’à ce qu’arrive un cortège à vive allure, aux vitres teintées roulant à sens contraire qui chamboule tout. Ce côté de la ville vous donne l’impression de vivre dans une jungle.

La rumba est dans l’air
Il faut laisser venir la nuit pour constater comment la musique adoucit les mœurs. Kinshasa se métamorphose. La bière irrigue les terrasses, la rumba est à tous les coins de rues. Minijupes et décolletés, mèches cabbelo et talons hauts, l’élégance et l’hospitalité légendaires des Kinois refont surface. C’est paisible et c’est pacifique. Dans un tapage continu et parfois saoulant diffusé par des enceintes, on apprend beaucoup. Les coulisses du « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman, le concert de James Brown au théâtre de verdure ou l’existence de l’unique orchestre symphonique composé d’autodidactes en Afrique noire.

Enfin, on se rend compte que l’on vit dans un sanctuaire culturel et artistique incroyable, une sorte de New-York africain où des artistes explosent leurs talents à ciel ouvert avec des moyens très rudimentaires. Ils n’ont rien à part leur Kinshasa. Leur ville est la source de leur inspiration et motivation. Ils ont besoin de Kinshasa pour survivre. Ils sont profondément amoureux de leur capitale jusqu’au point d’oublier le reste du pays. C’est Kin ou rien. Ils vous en persuadent et vous finissez par aimer et vous attacher. Étonnamment.

Bouboul

*Habitants de Kinshasa
**Haricots des enfants (en Lingala)

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