Livraison de pain à Kinshasa

Par un total hasard, je me retrouve un matin au parking de l’UPN pour prendre un taxi. Le décor habituel est bien planté : cris des « chargeurs », invitant les clients à prendre place à bord des taxis, commerçants ambulants et pickpockets attendant patiemment leur bonne affaire de la journée.

Sortant du décor, une voiture grise, vient se garer à quelques mètres de moi. Un homme en descend et commence à étaler des bâches par terre, derrière le véhicule. Une fois cette tâche achevée, il ouvre le coffre et commence à décharger du pain sur les bâches étendues dans la poussière.

Après quelques minutes, c’était une petite montagne de pain que j’avais devant moi. Regardant autour de moi, je me rends compte que je suis la seule à être impressionnée par ce spectacle.

Après une enquête rapide avec les habitués de ce lieu, j’apprends qu’il s’agit là d’une livraison normale. Une des grandes boulangeries de la capitale balance ainsi des quantités importantes de pain. Finissant sa livraison, le livreur referma le coffre de sa voiture, discuta quelques minutes avec ses clientes, quelques dames qui attendaient avec leurs bassines et s’en alla. A partir de ce moment, ces femmes débrouillardes prennent la relève et vont se charger de la distribution du pain dans les foyers du quartier.

Entre la livraison et la vente, l’hygiène n’a visiblement pas d’importance. C’est visiblement le bénéfice qui compte. Combien de microbes et de maladies circulent ainsi dans ces miches savoureuses ? Les sorciers étant considérés responsables de tous les malheurs, ceux qui ingurgiteront ces pains et qui se retrouveront avec une fièvre typhoïde n’iront pas voir un médecin mais plutôt un « pasteur » pour se faire exorciser…

This article has 5 comments

  1. franck baku Reply

    Un exemple parmi tant d’autres de l’inconscience des Kinois. Nous avons pris l’habitude de trop tolérer l’intolérable. Certains affirment même que le Noir ne meurt pas de microbes pour justifier des comportements anachroniques. Belle photo!

  2. lionel Reply

    bonjour Franck Baku! J’ai une anecdote concernant ce que tu dis , je cite
    « Certains affirment même que le Noir ne meurt pas de microbes pour justifier des comportements anachroniques »

    J’était en voyage et une tante qui travaillait dansun hopital nous a proposé de nous présenter ses collegue et de visiter cet hopital.Nous étions en train de visiter quand a ma grande surprise , nous voilà dans le bloc opératoire !!! Et la je dis: avons nous le droit de rentrer? c’est peut etre dangereux car des microbes peuvent entrer. Il se sont mise a rire et m’on dit: c’est en Europe que l’on meurt des microbes,ici ce n’est pas grave!!

  3. Alex Engwete Reply

    Bon travail, Maman Leki Elle : belle photo et thème du billet non-décaféiné. Je t’aurais suggéré de pénétrer dans l’enceinte de l’UPN pour voir dans quelles conditions antihygiéniques sordides se complaisent nos intellos : des ngadas dispensant de la bière dont les tenanciers sont des profs. Pis, ces bars de plein air jouxtent les auditoires et leurs WC sont des enclos de sans trous pour pisser… Mon frère Franck Baku parle du mythe du noir invulnérable aux microbes. J’ai rencontré à Kinshasa une déclinaison bizarre de ce mythe. J’ai vu un de mes petits ramasser et se fourrer dans la bouche un morceau de viande qui venait tomber par terre. Quand je lui reprochai ce comportement suicidaire en zone tropicale, il m’a rétorqué : « J’ai ramassé ma viande si vite que tous les microbes en sont restés baba ! »… Incroyable !

  4. gangoueus Reply

    Les populations doivent boycotter ce genre de commerce. Mais j’imagine que le pain vendu à la sauvette doit être moins cher.

    Il n’y a plus de limites, vu que l’état se refuse à les poser quand elles ne lui rapportent pas un écu. Pas de sanction, pas de limite, laisser-aller, c’est l’anarchie totale et surtout une population sans repère…

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