Un voleur menotté et assis à même le sol 

« … Tuons-le, brûlons-le… apprêtez un pneu… dix litres d’essence… voleur et sorcier sont pareils… la police n’en fera rien et va le libérer, mieux vaut en finir tout de suite… ». Tels sont généralement les cris que poussent les habitants de Lubumbashi se saisissant d’un voleur surpris en flagrant délit de vol.

Pas question de faire appel à la police, perçue comme complice des malfaiteurs. Cailloux, pillons, marteau, couteau, toute arme à portée de main peut servir pour « écraser le serpent ». Un voleur est un serpent dit une citation assez célèbre par ici. « Il faut l’écraser avant qu’il ne vous morde », renchérit-on. Pas besoin de se poser des questions sur le sort réservé à ceux qui sont surpris à dérober le bien d’autrui.

Il y a quelques jours, près de chez moi, s’est fait appréhender un certain Songo Bololo, voleur professionnel et apparemment réputé. Surpris essayant de pénétrer dans une habitation par le toit à 3 heures du matin, il a eu la vie sauve grâce à l’intervention du chef de quartier. Ce dernier a empêché la population d’exécuter la sentence de mort, épargnant le filou d’être brulé vif. Ce n’est 3 heures plus tard que la police s’est pointée pour embarquer le criminel.

« Notre justice est la meilleure, parce que nous savons que lorsque la police ouvre les portes des prisons et oublie de les fermer.  Quand les inciviques y entrent le matin et en sortent paisiblement le soir même, ayant ainsi la possibilité d’accomplir tranquillement leurs forfaits », me lance un des habitants du quartier. « Nous savons très bien que nous allons revoir bientôt ce voleur à l’oeuvre…, rajoute-t-il.

Un vrai problème de société dans mon pays. Une crise de confiance est bien perceptible entre la population et ceux qui sont censés maintenir l’ordre et veiller sur elle. J’espère juste que nous ne finirons pas comme dans certains pays où on est obligé de porter une arme sur soi pour se défendre face aux agressions.

This article has 4 comments

  1. Alex Engwete Reply

    Pauvre Songo Bololo !… Il n’est pas un serpent, il est plutôt du cyanure contenu dans le manioc amer. Pour les bloggeurs qui ne connaissent pas le lingala, le pseudo de notre petit voleur, « songo bololo », veut dire « manioc amer », à très forte teneur en cyanure, qui peut tuer s’il est consommé cru ou improprement cuit.

    La toxicité de certaines variétés de ce manioc est plus mortelle que le venin de certains serpents. J’ai personnellement assisté à trois morts subites par ingestion du manioc amer. C’est ce même type de manioc qu’on utilise pour faire de la chikwangue (ou la baguette de manioc, comme on l’appelle au Cameroun).

    La sagesse culinaire traditionnelle a fait découvrir à la femme africaine qu’il suffit de tremper ce manioc dans l’eau pendant une plus ou moins longue durée pour en éliminer toutes les toxines.

    J’achète ici du « yucca », manioc importé d’Amérique du sud. Chaque fois que j’en consomme j’ai des réactions violentes. Et je viens de découvrir pourquoi, grâce à l’association des idées occasionnées par ce billet de notre « leki » Le Lushois.

    Je me suis toujours demandé pourquoi ma mère et les autres congolaises râpaient le manioc doux avant de le plonger dans l’eau pour la cuisson. Eh bien, voici l’avertissement de l’Agence canadienne d’inspection des aliments aux consommateurs résidant au Canada :

    « Le manioc comporte deux grands types : doux et amer. Le premier possède une teneur en cyanure inférieure à 50 mg par kilogramme de poids frais, tandis que celle du manioc amer est supérieure à 50 mg par kilogramme. En cuisant le manioc doux, on en réduira la teneur en cyanure sous les niveaux jugés non toxiques. Toutefois, le manioc amer contient plus de toxines et doit être préparé et cuit adéquatement avant d’être consommé. En râpant la racine et en trempant les râpures dans l’eau pour une durée prolongée, il y aura lessivage du cyanure et réduction des teneurs en toxines. En plus du trempage, la cuisson servira à détoxifier davantage les racines avant leur consommation ».

    Pour faire de la chikwangue, nos mamans trempent ce manioc pendant près de 2 semaines, et aucune maman congolaise sensée ne va préparer le manioc amer frais !

    J’ai des réactions violentes après ma consommation de yucca pour la simple raison suivante : après en avoir enlevé la peau, je mets le manioc dans un four à microondes pour 6 ou 8 minutes — sans le râper ni le cuire à l’eau, comme le faisait ma mère !

    Crois-moi, Lushois, c’est ton billet qui m’a faire rebondir par cette tangente et je m’excuse d’avance pour cette tirade. Et pour revenir à notre ami Songo Bololo, je ne sais pas si le trempage dans l’eau (au lieu de la crémation) lui enlèvera sa toxicité dans le quartier.

  2. tongo etani Reply

    Personnellement, je suis contre cette justice aveugle et expéditive, plus on va brûler, plus les truands seront sans pitié comme aux USA, édifions une justice indépendante et une bonne formation des policiers et des agents de l’Etat.

    @ Alex: A kin, on dit aussi, Ba papa balobaaaa, komela mbondo bololo po na muasi téééé, noki te okoniata bikila

    TRADUCTION:

    Nos pères, nous disaient, ne buvez pas pas des trucs amers toxiques pour jurer de la fidélité d’une femme, si non tu auras des problèmes avec nos interdits.

    Prof.tongo etani

  3. Phil Reply

    Alex Engwete, merci beaucoup pout ta petite mise au point sur la toxicité du manioc, c’était très intéressant. Je pensais (et je continue quand même à le penser) que si nos mamans trempaient le manioc dans de l’eau c’était pour le ramollir afin de pouvoir le modéler. En tout cas je remercie bien Yahve DIEU pour n’avoir jamais rencontré cette espèce de manioc amer, moi qui aime bien consommer la tubercule crue après l’avoir épluchée.

  4. Alex Engwete Reply

    @ Phil, mon frère :

    S’il te plaît, arrête dès aujourd’hui de manger du manioc cru, on ne veut pas te perdre ! Moi aussi, j’étais friand de manioc cru jusqu’à ce que je ne découvre cette histoire de toxines dans le manioc — doux ou amer… Un petit ajout : dans la liste des mets congolais faits à base de manioc amer, j’avais oublié d’en ajouter plusieurs autres dont l’« iyoko » des Mongo et le « malemba » des Budja.

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