Soldats congolais

Ça va faire un peu plus d’un mois qu’un général des FARDC (forces armées de la République démocratique du Congo) a aménagé près de chez moi. J’ai appris l’arrivée du nouveau voisin d’une manière assez particulière. En me ramenant chez moi il y a quelques jours, le taximan s’est fait battre par deux militaires commis à la garde du Général. Son péché : s’être arrêté devant la parcelle qu’occupe le chef pour me déposer.

Je me dirigeais déjà vers chez moi quand j’ai entendu du bruit derrière moi. En revenant sur mes pas pour voir ce qui se passait, l’un des deux soldats m’a crié : « Yo oyebi te que mokonzi avandaka awa, olingi kosala attentat? Soki omeki lisusu kotelemisa mutuka awa to ko tia yo na cachot…» Traduction: « Tu ne sais pas que c’est la résidence d’un chef? Tu veux faire un attentat ou quoi? Si tu oses encore stationner un véhicule ici, nous allons te jeter au cachot. »

Observant autour de moi, je n’ai vu aucun panneau ou indication mentionnant qu’il était interdit de s’arrêter à cet endroit. Je n’ai pas osé discuter, sachant très bien comment finissent ceux qui osent se mettre en opposition avec ces hommes forts armés.

Une interrogation se ballade dans ma tête : Devrions-nous déplacer les arrêts de bus à chaque fois qu’une autorité s’installe à proximité? N’étant jamais sortie de mon pays, je me demande si les choses se passent de la même manière ailleurs. Ici à Kinshasa, les habitations des officiers militaires sont des endroits interdits. Des rues entières sont parfois barricadées juste parce qu’une autorité politique y habite. Tout cela sans compter le spectacle habituel des cortèges des ministres, députés, leurs copines et leurs enfants qui obligent tout le monde à sortir des routes pour les laisser passer.

This article has 12 comments

  1. Musengeshi Katata Reply

    Il règne bien sûr à Kinshasa un état chaotique d’abus et d’irrégularités dûs notamment à la faiblesse et à l´incompétence du pouvoir, à la pauvreté et la misère amères et sans issue qui y sévit. Mais je suis d’avis que ces épopées individuelles n’apportent rien au moulin de ceux qui s’inquiètent et s´interrogent sur le fond du problème congolais. Et surtout de comment changer au mieux les chose un jour. Je suis persuadé qu’il y a certainement d’autres gens qui n’ont pas été battus ce jour-là à Kinshasa et qui ont malgré tout souffert du manque, de la pauvreté ou du chômage écrasant qui prévaut dans ce pays.

    Je crois donc qu’il faut aller plus loin que le momentané individuel. Certes on peut partir d´un fait individuel pour illustrer une carence ou un mal collectif á critiquer, j’en conviens; mais aller au fond de la problématique permet d’ouvrir au lecteur une vue plus large et plus élaborée de ce que cette situation esseulée signifie réellement pour ls société. Et ici pour la sécurité et le droit en tant que tel.

    Si je devais dire ce que j’ai vu au RDCongo lors de mon voyage passé, beaucoup de gens seraient choqués, surtout que je suis un observateur détaillé. Et je prétends que les maux dont souffrent les congolais aujourd’hui ont été engendrés par les congolais eux-mêmes parce qu´ils aiment trop le facile, et qu’ils ont le défaut d’acclamer un aspirant au pouvoir d’abord avant de s’enquérir de ses réelles capacités à répondre à leurs attentes et surtout d’être á la hauteur de sa tâche. Se plaindre après… Je me demande ce que cela peut changer à l’erreur fondamentale initiale. Il faut plutôt penser à l’avenir à ne plus refaire la même erreur qu´hier.

    Les prochaines élections législatives ou présidentielles viendront bien. Ce sera l’heure de celui qui a compris ce qui se passe et tiré des conclusions utiles. Mais si par hasard on refaisait les mêmes erreurs, à quoi cela sertt-il aujourd´hui de s´époumonner sur un cas individuel qui se reproduira encore demain parce qu´on a reconduit un régime incapable, corrompu et malfaisant ? A rien du tout à mon avis, or ne l´oublions pas: cette situation dure depuis plus de 10 ans en RDC. Et avec la crise économique, les choses ne vont pas s´améliorer, loin de là. Alors, n´est-il pas temps de dire: « assez, nous en avons marre ? ». Les élections, c´est la véritable arme du citoyen conscient et responsable; c´est là qu´on reconnait celui qui s´aime ainsi que les siens parce qu´il s´épargne le pire de celui qui se méprise et se livre aveuglement à son bourreau.

    Musengeshi Katata
    « Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »
    Forum Réalisance

  2. Alex Engwete Reply

    @ Mira :

    Belle photo, Mira… Pour répondre directement à votre question, les tracasseries perpétrées par les forces de l’ordre sont un phénomène spécifiquement africain et, en RDC, elles paralysent aussi l’activité économique. Il faut donc les combattre en s’organisant à la base. Vous pouvez par exemple organiser les riverains de votre avenue pour pétitionner les autorités publiques : bourgmestre, maire, gouverneur, etc. On peut porter plainte ou dénoncer cette situation auprès d’une ONG de la société civile. On peut poser le problème auprès des radios : je ne sais pas si « Radio Okapi » a encore l’émission appelée « Okapi Action » qui interpellait directement les autorités publiques pour ce genre de dérapage. Les tracasseries s’exacerbent quand les résidents se croisent les bras !

    @ Musengeshi :

    Vous condamnez ce billet de Mira en ces termes : « je suis d´avis que ces épopées individuelles n´apportent rien au moulin de ceux qui s´inquiètent et s´interrogent sur le fond du problème congolais ». Je ne vois pas où vous voulez en venir, mais je vous rappelle que Mira anime un « blog » et n’écrit pas une dissertation doctorale sur la façon de résoudre l’anomie congolaise. Or qu’est-ce qu’un blog ? Un « blog » est une contraction du mot anglais « weblog » formé par ces deux mots : « web » (Internet) et « log » (journal). Et le dictionnaire définit un « blog » (ou blogue) en ces termes : « Site Web personnel tenu par un ou plusieurs blogueurs qui s’expriment librement et selon une certaine périodicité, sous la forme de billets ou d’articles, informatifs ou intimistes, datés, à la manière d’un journal de bord, signés et classés par ordre antéchronologique, parfois enrichis d’hyperliens, d’images ou de sons, et pouvant faire l’objet de commentaires laissés par les lecteurs ». Notez les mots « personnel », « intimiste », « librement », « journal de bord » qui font justement d’un blog un recueil d’« épopées individuelles » pour reprendre vos mots. Avant de vous en prendre à Mira, il vous aurait fallu d’abord savoir ce qu’est un blog !

  3. Linca Reply

    Pour vous réconforter, à Paris aussi se garer devant le domicile d’une personne de pouvoir n’est pas toujours aisé… Se garer devant le palais de l’Elysée ou devant le domicile de Nicolas Sarkozy est impossible, et les policiers viendront vous en empêcher (de manière moins brutale, en général). De même, il est interdit de se garer devant une école de nos jours. On en est empéché par des barrière plutôt que des hommes armés…

  4. franck baku Reply

    C’est vrai ce que vous dites. Des officiers de l’armée ou de la police prennent les « civils » pour des moins que rien. Il en est de même pour des autorités politiques. Y a-t-il quelqu’un pour faire respecter les lois dans ce pays où n’importe qui peut bloquer la circulation sur une rue pour « raison de sécurité »?

  5. Musengeshi Katata Reply

    Cher Alex Engwete, il est inutile de faire de la polémique pour rien; ce n´est pas mon genre. Si on met un article sur Net et on invite les gens à le commenter librement, faut-il qu´ils le fassent ou faut-ils qu´ils attendent qu´un Alex Engwete vienne leur dire comment ils doivent voir les choses ? Jouer ici au petit Larousse lexique sur ce qu´est un Blog est aussi superflu. Notez que je suis aussi blogger.
    Ceci dit, tout le monde peut mettre ses petites histoires sur le Net, et beaucoup le font. Et cependant je pense qu´il faut faire la différence entre faits personnels et faits publics ayant une incidence plus large. Normalement c´est au lecteur commentateur de creuser et d´argumenter sur l´article et même de le critiquer autant dans sa présentation que dans son contenu. Je sais que l´Afrique n´a pas de vrai culture critique, mais peut-être faut-il commencer à la pratiquer. Dans mon commentaire je relevais seulement la valeur réelle de ce fait divers qui avait une consonnance plus large. Si cela dérange, tant pis; cela ne me dérange pas de me taire à l´avenir. Chacun, aprés tout est libre de voir les choses comme ceci ou comme cela. Et c´est peut-être un défaut de ma part de chercher le fond du problème. Défaut d´analyste, sans doute. Et il est vrai que je n´aime pas l´étalement individuel parce qu´à mon sens il ne mène qu´à une banale subjectivité notamment parce que tout le monde a ses petites histoires à raconter. Faut-il que les gens viennent vivre ou se distraire à lire ou écouter les histoires des autres ? Quelle valeur réelle objective ont ces histoires intimes ou personnelles pour les lecteurs ? Que fait-on dans la vie, du suivisme ou à la aide des petites images des autres comprendrions-nous mieux notre vie ou nos problèmes ? C´est mon avis, personne n´est obligé de l´adopter.

    Musengeshi Katata
    Forum Réalisance

  6. Alex Engwete Reply

    @ Musengeshi :

    C’est bizarre quand même, pour un analyste comme vous, d’affirmer que les histoires intimes n’ont aucune « valeur réelle objective ». Je vous rétorquerai que dans le domaine des expériences personnelles que saisit un blog, il serait paradoxal de vouloir parler d’« objectivité ». Même dans les sciences humaines, la valeur du témoignage individuel est d’une importance cruciale : de grandes études sociologiques ou anthropologiques ont été faites sur la base des biographies individuelles. L’anthropologue hollandais Johannes Fabian a par exemple fait une étude du régime Mobutu basée entièrement sur la vision personnelle d’un peintre de Lubumbashi ,Tshibanda Kanda Matulu, vision traduite à travers ses tableaux… Actuellement d’ailleurs, en anthropologie, l’« objectivité » est devenue un concept vide de sens, parce qu’il faut aussi faire entrer dans l’équation de la production de la connaissance le chercheur lui-même, qui est une individualité apportant dans son analyse sa perception personnelle et ses préjugés : au lieu d’objectivité, on parle aujourd’hui d’autoréflexivité du chercheur dans les sciences humaines ! De plus, avec la disparition des grandes idéologies, le narrateur omniscient et « objectif » a tout simplement disparu ! La « vérité » n’est plus une et objective, mais fragmentée et multiple ! Quelqu’un qui voudrait maintenant s’ériger en analyste omniscient prend le risque d’être ridiculisé par ses collègues analystes… C’est pourquoi d’ailleurs on assiste aujourd’hui à la montée en influence du bloggeur qui, comme le romancier ou le cinéaste, saisit un fragment de vie et nous donne sa vision individuelle qui a plus de force et transcende toutes les soi-disant « analyses objectives ». Mira vient de nous faire toucher du doigt, dans ce « fait-divers » rédigé à la première personne, le phénomène de tracasserie en RDC. Demander à Mira toute autre chose serait se tromper de genre et de lieu !

  7. simon kwete Reply

    Mira,
    Merci pour cette belle photo. Les militaires Congolais doivent comprendre, une fois pour toute que la population n’est pas leur énnemi, mais un groupe des personnes qu’ils ont l’obligation de protèger. Le code de la route ne se transmet pas de bouche à oreille, il y a des panneaux de signalisations pour celà. Je ne sais pas quelle institution qui a la charge de faire ces fameux panneaux chez nous, sinon le Général doit se présenter à cette dernière pour demander un panneau d’interdiction de stationnement devant sa porte. ça se fait partout dans le monde, ou bien les rivérains décident de le voir en personne pour lui exprimer leur indignation.
    Nous attendons que les chinois viennent poser aussi des panneaux sur nos soient disant route ou quoi.

  8. gangoueus Reply

    Chère Mira,

    Merci pour cet article très édifiant. Juste pour apporter une réponse à ta dernière question, en France c’est un phénomène rarissime. Mais certains politiciens abusent quelques fois de leur privilège comme Sarkozy lorsqu’il a installé son QG de campagne présidentielle, il y a deux ans, dans un arrondissement de Paris et qu’il a encombré la rue de son état major de dizaine de fourgons de police. Menace terroriste oblige… Mais, ce qui est intéressant, c’est le fait que les riverains aient râlé et exprimé leur mécontentement.

    @+

  9. lionel Reply

    Cet article illustre un problème. Les forces de l’ordre ne sont pas là pour aider et protéger la population mais plutôt pour les rançonner!! J’ai croisé durant mon séjour à Kinshasa des policiers qui se servaient gratuitement sur des étals. Certains, lorsqu’ils arrêtaient notre taxi, tendaient la main à la fenêtre sans un mot, comme si le chauffeur savait ce qu’il avait à faire, il préparait d’ailleurs les billets dès qu’il le voyait. Mais où est le vrai problème ?

    J’ai plutôt eu l’impression que faute d’être payés par l’état, ils se servaient à la source… et c’est comme d’habitude le plus faible qui en pâtit.

  10. Pour1congomeyer Reply

    Vous avez vraiment raison de vous inquiéter de cette situation malheureuse. Le trafic d’influences atteint un niveau exagéré dans notre pays. On dirait que tout le monde doit avoir des épaules galonnées pour régner en maitre dans l’espace qu’on occupe. c’est vraiment déplorable.
    Ceux qui se croient être au sommet de la montagne connaissent le plus souvent une chute chaotique.
    Personne n’est éternel sur cette terre pour qu’un groupe maltraite un autre.

  11. guy Reply

    je vis en europe dépuis plusieurs années, et je n’ai jamais vu des soldats(l’armée) se promener en plein centre ville, au milieu de civils, armés jusqu’au dents prêt à bondir!!! ici en europe, d’aileurs dans tous ces pays qui la compose c’est partout à peu près pareil. les militaires sont polis, respectueux, et courtois. toujours un petit bonjour repectueux, avant de faire quoi que ce soit, et à la fin, un petit au revoir curtois. et s’il faut qu’ils vous arrêtent, ils vous font connaître vos droits, et vous conseillent sur ce que vous devez faire. et les militares n’habitent pas avec les civils, mais ils travaillent au milieu de civils. où est la liberté de circulation des biens et des personnes, qu’ils sont sensés connaître, par ce que cela est dans la constitution!!! ils sont capable d’intimider les pauvres gents qui vaquent à leurs occupation quotidiène, mais n’arrivent pas à chasser les méchants rébeles qui térrorisent le peuple congolais à l’est du pays. ils ne font pas leurs boulots; laissant la population à la merci de briguants, ils ne veulent pas bouger de kinhasa, avec des bijoux dans tout le corp, ils oublient leurs serment: notre sang doit couler pour le sol et le peuple congolais. ils sont là pour défendre le peuple, et non le combattre. s’il aime tellement sa vie, pourquoi ce pseudo générale s’est-il engagé dans l’armée? il y a quelques decènies, pendant la guère, ce sont les hauts gradés qui étaient au front, maintenant ce sont les récruts sans éxpérience qui vont au front; comment voulez-vous qu’on gagne? que celui qui porte les armes se battent avec celui qui a les armes comme lui. et l’arme n’est pas un outil pour intimider. à qui la faute, s’il y a ces bavures? mobutu est parti, mais pas son système. vive la liberté. c’est possible que les choses changent; courage mon frère, nous faisons mention de vous dans nos pière. ne vous confiez jamais dans l’homme, car l’homme c’est la déception; confiez-vous à Dieu. courage!

  12. pappy kumbu Reply

    ce phenomene est presque partout en afrique, mais au congo ,il a atteint un niveau exceptionnel.
    moi, j’ai deja vu dans l’un des pays d’afrique un chef militaire respecter le fil pour retirer de l’agent a la banque, chose qui ne peut se faire au congo.
    c’est au peuple congolais lui-meme d’essayer de conscientiser les hommes en uniforme de pouvoir respecter les civils et la voie publique,ne pas transformer les voies publiques a des voies privees; et cela a travers des emmissions radiophoniques et televisees.

    thanks,

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