Vendeur d'eau dans une rue de Goma

Comment se faire de l’argent lorsqu’on habite la ville de Goma, qu’on est chômeur, que la compagnie chargée de la distribution d’eau potable tourne au ralenti et qu’il y a un lac à proximité ? Les jeunes Gomatraciens ont trouvé la réponse :

  • Un vélo,
  • Quelques bidons en plastique,
  • Une branche et des cordes pour attacher les bidons au vélo,
  • Une bonne dose de courage et la force d’aller puiser l’eau du lac Kivu,
  • Et enfin une bonne campagne marketing pour revendre l’eau ainsi récoltée à la population des quartiers privés d’eau.

C’est depuis l’éruption volcanique de 2002 que l’eau ne coule plus des robinets de certains quartiers. La Regideso ne dessert plus que des quartiers jugés « stratégiques ». Conséquence : le nombre de ces cyclistes vendeurs d’eau a galopé dans la ville. J’en croise partout dans les rues de mon quartier.

Le prix d’un bidon d’eau varie entre 100 et 150 francs congolais. Pour les cyclistes robustes, pouvant transporter plusieurs bidons par jour, le gain est assuré. Ils se retrouvent ainsi tous les jours avec une somme variant entre 2000 et 7500 (environ 3 et 12 dollars américains). Un budget suffisant pour nourrir une famille.

Dans le registre des difficultés rencontrées par ces jeunes débrouillards, un cycliste m’a laissé entendre que les militaires (marins) qui montent la garde sur les rives du lac Kivu font payer une taxe de 20 francs congolais par bidon d’eau puisé. Pas de quittance en échange, preuve que c’est une taxe totalement illégale.

Si on peut se réjouir des services rendus par ces vendeurs, il y a aussi lieu de s’interroger sur la qualité de l’eau provenant directement du lac et sur les risques liés aux maladies hydriques. Les vendeurs ont d’autres soucis que de désinfecter leur marchandise. Pour leur part, les consommateurs ne prennent pas toujours les précautions nécessaires pour débarrasser l’eau du lac des microbes qu’elle pourrait contenir.

This article has 3 comments

  1. Alex Engwete Reply

    Bouboul, quelle jolie photo ! Vous avez l’œil d’un grand photographe. Vous avez profité des éléments en dehors de votre contrôle pour parachever avec grande maîtrises deux choses que certains professionnels arrivent rarement à réaliser : la création d’un avant-plan et d’une ligne de fuite de grande profondeur de perspective à l’aide du brouillard. Au fait, je ne sais si ce brouillard est naturel ou tout simplement de la poussière. Je crois que c’est du brouillard naturel car je vois des enfants bien emmitouflé –Goma a un climat frais de montagne après tout … Vous parvenez ainsi à dégager l’espace pourtant serré tout en brouillant le fond, ce qui paradoxalement obtient une multiplication des détails et des choses : j’y dénombre au moins 19 ou 20 personnes. Assez bizarrement, pas de tas de plastic sur la route et le sol volcanique !… Une belle photo qu’on pourrait agrandir, encadrer et afficher sur un mur ou reproduire sous forme de cartes postales (ici je me moque : on n’a plus de postes chez nous)… Je m’excuse de risquer par mon commentaire de casser votre spontanéité, mais comme vous avez la photographie dans le sang… A part la valeur artistique de la photo, il y a aussi son aspect documentaire : grand merci de nous ouvrir, par vos photos, une fenêtre sur la ville meurtrie de Goma.

  2. simon kwete Reply

    Bouboul,
    Jolie photo, merci bcp! Pour les éloges, je m’aligne derrière Alex Engwete. Je souhaiteriais que tu nous flanque une photo du quartier Himbi il y a trois ans j’était là avec ma petite famille en vacances. Un beau climat qui ressemble à celui de la Suisse. Ma femme était très contente.
    L’eau du lac kivu est impropre à la consommation, je ne sais pas ce que nos débrouillards de vendeurs donnent comme explication aux clients.

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