Un Tolekiste dans une rue de Kisangani

Comme ailleurs dans le pays, le chômage touche bon nombre de jeunes Boyomais (habitants de Kisangani). Certains se tournent vers le Toleka (taxi-vélo) comme activité génératrice de revenus. Depuis plus d’une décennie, le « Toleka » (entendez « Passons », en lingala) s’est imposé comme le principal moyen de transport à Kisangani. Il y en a environ 2000 dans toute la ville.

Il ne faut pas grand chose pour transformer des vélos ordinaires en taxis-vélos. Des lanières, une petite mousse tapissée et bien serrée servant de siège pour les passagers sur le porte-bagage et le tour est joué. Le mot d’ordre est clair : avoir le plus beau vélo et attirer le plus grand nombre de clients. Des slogans, on peut en lire de tous les types sur ces vélos « Dieu voit tout, vélo 4×4 tout terrain, l’Eternel garde mon vélo, Yes we can,…».

Âgé de 17 ans, Junior Kenge est en 4ème année des humanités pédagogiques. Depuis près de trois années, il exerce comme Tolekiste les après-midis après ses cours. « Après la mort de mon père, mes oncles sont venus prendre tout ce qui revenait à leur frère. Ma mère s’est ainsi retrouvée dans l’incapacité de scolariser mes deux jeunes sœurs et moi. Pour ne pas rester à la maison, j’ai décidé de faire le Toleka », confie-t-il. Ne possédant pas de vélo, Junior a conclu un arrangement avec un voisin. Les clauses de leur contrat sont claires : Junior s’engage à verser chaque soir la somme de 1200 francs congolais (2 dollars américains) au propriétaire. Tous les jours, il se lance dans une course contre la montre, dans le but de faire plus que le minimum exigé et garder le surplus.

Généralement, Junior parvient à réunir entre 4500 et 5000 francs congolais (8 dollars américains) par jour. Il parvient ainsi à contribuer aux charges familiales. « Une partie de mes revenus journaliers sert à acheter la nourriture et l’autre est toujours mise de côté pour couvrir mes frais d’études » révèle-t-il.

Les tracasseries policières et les guet-apens de la brigade spéciale des recettes viennent comme pour gâcher l’enthousiasme de ce jeune homme. Pour protéger ses recettes contre les extorsions policières, Junior a trouvé une astuce. « En temps de soleil comme en temps de pluie, je porte toujours mon képi car, en dessous, je glisse mes recettes. Si les policiers m’arrêtent pour une quelconque raison, leurs mains vont immédiatement dans mes poches. Désormais, ils ne trouvent plus rien, sinon une modique somme. »

Malgré les obstacles, Junior reste confiant et garde espoir. Son plus grand souhait est de devenir autonome. « Comme tout tolekiste, je voudrais acquérir mon propre vélo. Je gagnerais alors assez pour payer les études pour mes deux sœurs qui chôment encore aujourd’hui ».

This article has 9 comments

  1. Rukia Reply

    J’encourage les jeunes qui se débrouillent comme Junior à Kisangani au lieu de se livrer au banditisme. Il est courageux et se bat contre les circonstances de la vie. Hélas! Les policiers sont là pour lui mettre des bâtons dans la roues par des extorsions intempestives.

    Pourquoi dévoile-t-il son astuce destinée à protéger ses recettes ? A-t-il d’autres cachettes ? Je l’espère.

    Joli article qui illustre la vie de tous les jours de plus d’un Boyomais. Bravo Congoblog-Baleki

  2. Cosinus De 90 Reply

    Voila un moyen le plus sur pour lutter contre la pollution. Il est temps que les grandes metropoles du monde puisse suivre cette exemple. Qui dit mieux?

  3. bony Reply

    Cosinus De 90

    Votre humour est « délicieux » mais il frise à la fois le mauvais goût et même le dégoût. Je ne crois pas qu’on puisse s’amuser de tout et de rien. L’article de Boyomais au délà du pittoresque que représente le mode de transport en bicyclette raconte une histoire comme il peut y en avoir des milliers à Kisangani et ses environs,celle d’un jeune homme qui trace son sillon à l’âge où ceux de son âge baigne plutôt dans l’insoucience les parents s’occupant de tout. Lui il est le parent à une période de sa vie où il doit rester enfant.
    C’est poignant et triste de se découvrir impuissant devant une information pareille.

  4. Kolmo Reply

    Bravo les gars! Chemin de fer, l’homme doit se battre, dixit Jean bedel Mpiana. Encourageons ces jeunes à tracer leurs voies, car pour le moment les opportunités manquent.

  5. Rich Reply

    Une fois de plus, le congo progrèsse dans la mauvaise direction! C’ est un grand pas en arrière que d’accepper l’ expension de ce type de moyen de locomotion. Il constitue un veritable probleme pour la securité routière voire même pour la santé publique. Junior ainsi que tout les autre tolekiste mettent leur vie en danger pour quelque cacahoutte. C’est terrible, le pouvoir devrait y mettre un terme!
    Pour votre information, à Kigali , les autorités urbaine les ont interdites!

    « IL FAUT SORTIR LES CONGOLAIS DU SOUS-DEVELOPPEMENT MENTAL »

  6. gangoueus Reply

    Bonjour Boyomais,

    Vous êtes aussi bon que votre aîné Cédric. Très belle chronique. J’espère découvrir le quotidien de Kisangani sous votre plume. Bon courage et à bientot.

  7. simon kwete Reply

    Bravo junior K., il ne faut rien attendre des gens qui parlent sans réagir. Junior tu es à l’abris des injures et de l’irrespect des hommes de la terre en faisant le toleka pour tes études. Les autres ont fait « le plonge » sans en avoir honte aujourd’hui. C’est ta dignité, encore une fois félicitations tout en sachant que tu ne passeras pas toute ta vie en faisant « le tolekiste ». Que le Tout Puissant te protège. Kigali n’est pas un modèle à copier!
    Courage baleki.

  8. Nidja Reply

    Comme dit Simon, « Courage » est le mot mérité qu’il faille adresser à ce jeunehomme de 17 ans qui est contraint d’affronter déjà la vie.

    En fait, si on lit attentivement cet article de Boyomais, on sent un sentiment de sacrifice et d’autoprise en charge de la jeunesse face à l’inexistence ou, du moins, à la quasi absence de l’Etat.

    En effet, il appartient à tout Etat civilisé d’accorder des emplois-jeunes à la jeunesse. Mais, en RDC, on peut beau crier, chanter, voire inscrire l’emploi comme un des 5 chantiers, mais tant qu’une réelle politique tournée vers la recherche des solutions ou des mécanismes pouvant réellement donnant emplois aux jeunes ou aux Congolais en général, tant que cette politique n’existera pas, le cycle de chômage continuera et les jeunes seront obligés de se jeter dans des métiers aussi rudes et deshumanisants.

    Lorsqu’un membre, je cite Cosinus, dit que « Voila un moyen le plus sur pour lutter contre la pollution. Il est temps que les grandes metropoles du monde puisse suivre cette exemple », je me sens tout à la fois scandalisé et révolté.

    Scandalisé de voir un compatriote saisir avec humour la souffrance de ce jeunehomme qui traduit fidèlement celle de la jeunesse congolaise.

    Révolté de constater qu’aujourd’hui encore, même devant la gravité de certains faits, les Congolais ne trouvent pas les mots justes. Pire, ils jouent les humouristes de mauvais goût.

    Quant au Leki qui a écris ce billet, pleins succès dans Congo Blog !

  9. simon kwete Reply

    Espèrons que Junior kenge fait l’exeption parceque je viens d’apprendre que les tolekistes réfusent de transporter les personnes vivant avec le VIH à Mbandaka en Equateur. Suivez ce que le potentiel à écrit à ce sujet:

    « La seconde PVVIH a souligné qu’être séropositif à Mbandaka, c’est une mort déclarée. « Outre le rejet de la famille, ce qui me révolte le plus, a-t-elle déclaré, c’est la stigmatisation dont les PVVIH sont victimes de la part des Tolekistes de cette ville. Les conducteurs de vélos de la ville de Mbandaka ne cessent de nous injurier chaque fois que nous sollicitons leur service. Avec leur influence dans la ville, les gens n’ont plus de respect envers nous. Il faut que les organisations comme ILDI nous aident à sensibiliser cette frange de la population ». »

    Junior kenge, il faut aider ces personnes à tenir pendant ce moment difficile de leur vie. Bonne fête de fin d’année à tous.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *